Erevan, Arménie – L’Arménie et les États-Unis ont officialisé un partenariat stratégique majeur dans les domaines de l’énergie nucléaire civile et de la défense, marquant un tournant décisif pour le pays et redéfinissant les équilibres géopolitiques dans le Caucase du Sud.
- Un accord dit « 123 » permet aux États-Unis d’exporter de la technologie nucléaire vers l’Arménie, dans le but de remplacer la centrale de Metsamor, vieillissante.
- Une première vente militaire américaine à l’Arménie comprend des drones de reconnaissance pour un montant de 11 millions de dollars (environ 10,2 millions d’euros).
- Un projet d’infrastructure régionale, la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP), vise à créer un corridor commercial et énergétique reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie via l’Arménie.
La visite du vice-président américain JD Vance à Erevan a scellé cet accord historique, qui se traduit par un investissement initial de 5 milliards de dollars (environ 4,6 milliards d’euros) pour la construction d’une nouvelle centrale nucléaire, ainsi qu’un contrat de maintenance et de fourniture de combustible de 4 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d’euros) sur le long terme. L’Arménie, actuellement dépendante de la centrale nucléaire de Metsamor, héritée de l’ère soviétique et approchant de la fin de sa durée de vie, cherche à diversifier ses sources d’énergie et à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie et de l’Iran.
Dans le domaine de la défense, les États-Unis ont également annoncé la vente de drones de type V-BAT à l’Arménie, pour un montant de 11 millions de dollars. Le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, a souligné l’importance de cette acquisition pour renforcer les capacités de défense de son pays :
« Ces drones apporteront une contribution significative au renforcement de nos capacités de défense. »
Nikol Pashinyan, Premier ministre arménien
. Parallèlement, Washington a accordé à Erevan une licence d’exportation pour des puces Nvidia, destinées à moderniser l’infrastructure technologique du pays et à alimenter de nouveaux centres de données.
L’un des éléments les plus ambitieux de cet accord est la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP), un projet d’infrastructure visant à relier l’Azerbaïdjan à la Turquie via le sud de l’Arménie, en passant par le Nakhitchevan. Signé le 8 août 2025 à la Maison Blanche entre le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et Nikol Pashinyan, ce corridor est censé créer un axe commercial et énergétique Est-Ouest, contournant la Russie et l’Iran. JD Vance a insisté sur le potentiel transformateur de ce projet pour la région, tandis que Nikol Pashinyan a affirmé que le processus de paix avec l’Azerbaïdjan avait atteint un « point de non-retour ».
Cette rapprochement entre Erevan et Washington suscite l’inquiétude de Moscou. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galuzine, a réaffirmé que Rosatom restait « l’option la plus fiable et la meilleure » pour la construction d’une nouvelle centrale nucléaire en Arménie. La Russie considère ces initiatives américaines comme une ingérence directe dans sa sphère d’influence traditionnelle dans le Caucase du Sud.
La visite de JD Vance à Erevan a également été l’occasion d’intégrer l’Arménie dans les discussions sur la crise à Gaza. Nikol Pashinyan a annoncé avoir reçu une invitation du président américain Donald Trump à participer à la réunion du « Conseil de paix à Gaza » le 19 février, invitation qu’il a acceptée. Il a également déclaré que les relations entre l’Arménie et les États-Unis étaient « au niveau le plus fort de l’histoire », soulignant que sa récente rencontre avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev à Abou Dhabi avait renforcé les perspectives de paix.
Cet ensemble de mesures marque un changement de cap stratégique majeur pour l’Arménie, qui s’éloigne de son traditionnel allié russe pour se rapprocher des États-Unis, tant sur le plan sécuritaire et énergétique que sur la scène diplomatique internationale.