Publié le 7 novembre 2025. Une avancée majeure dans la lutte contre le cancer colorectal métastatique : des chercheurs espagnols lèvent enfin le voile sur les mécanismes qui rendent cette forme agressive de la maladie résistante à l’immunothérapie, l’une des pistes thérapeutiques les plus prometteuses.
- Une nouvelle étude révèle une « double barrière » tumorale qui bloque l’action des lymphocytes T, les soldats du système immunitaire.
- La molécule TGF-β joue un rôle central dans l’activation de cette défense tumorale, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
- Ces découvertes pourraient mener à la conception de thérapies combinées pour les patients aujourd’hui sans options efficaces.
L’immunothérapie, qui consiste à stimuler le propre système immunitaire du patient pour qu’il attaque les cellules cancéreuses, a révolutionné le traitement de nombreux cancers. Cependant, dans le cas du cancer colorectal métastatique, son efficacité reste limitée. Une équipe de recherche dirigée par les docteurs Eduard Batlle et Alejandro Prados de l’Institut de recherche biomédicale (IRB Barcelone) et membres du CIBERONC, aux côtés du Dr Holger Heyn du Centre national d’analyse génomique (CNAG), et financée par l’Association espagnole contre le cancer, a enfin élucidé les raisons de cette résistance. Les résultats de leur étude ont été publiés ce vendredi dans la prestigieuse revue ‘Nature Genetics’.
Le cancer colorectal est le cancer le plus diagnostiqué en Espagne, avec plus de 44 000 nouveaux cas chaque année. Malheureusement, les métastases demeurent la principale cause de décès. La présente recherche, menée à l’aide de modèles animaux et d’échantillons de patients, démontre que la tumeur développe une stratégie de défense sophistiquée. Elle érige une double barrière pour déjouer le système immunitaire : d’une part, elle empêche l’arrivée des lymphocytes T, des cellules immunitaires clés, dans la zone tumorale ; d’autre part, elle limite la prolifération et l’action des rares lymphocytes qui parviennent à s’infiltrer.
Les chercheurs ont identifié la molécule TGF-β comme le chef d’orchestre de cette double stratégie anti-immunitaire. Plus encore, des expériences en laboratoire ont confirmé que le blocage de cette molécule permet aux lymphocytes T d’accéder à la tumeur et renforce leur capacité à l’attaquer. Bien qu’il existe des médicaments capables d’inhiber le TGF-β, leur utilisation est actuellement restreinte par des effets secondaires significatifs et leur déploiement reste confiné à des essais cliniques. L’étude ouvre également la piste à d’autres approches ciblant les molécules activées par le TGF-β pour déclencher cette barrière, des voies qui devront également faire l’objet de validations futures.
Ces avancées ouvrent des perspectives prometteuses pour le développement de thérapies combinées, associant l’immunothérapie à d’autres traitements, afin d’offrir de nouvelles options aux patients atteints de cancer colorectal métastatique, pour qui les alternatives thérapeutiques sont aujourd’hui encore insuffisantes.