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Des fragments d’ADN sauteurs déstabilisent le génome du cancer

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Publié le 27 février 2026 00:59:00. Une nouvelle étude révèle que des éléments génétiques mobiles, longtemps considérés comme de simples parasites, jouent un rôle bien plus important que prévu dans le développement du cancer, notamment en modifiant l’architecture même du génome tumoral dès les premiers stades de la maladie.

Des chercheurs ont découvert que l’activité des éléments LINE-1 (L1), des fragments d’ADN capables de se copier et de s’insérer à différents endroits du génome, est impliquée dans des modifications génomiques à grande échelle qui favorisent l’évolution du cancer et sa résistance aux traitements.

L’étude, publiée dans la revue Science, remet en question l’idée que l’activité L1 ne serait qu’un effet secondaire des génomes cancéreux déjà instables. Au contraire, les résultats suggèrent que ces éléments génétiques mobiles contribuent activement à la déstabilisation du génome et à la formation des tumeurs, et ce, dès les premières étapes du processus.

« Les génomes des cancers sont plus influencés par ces fragments sauteurs d’ADN que nous ne le pensions », explique le professeur José Tubio, chercheur au Centre de recherche en médecine moléculaire et maladies chroniques (CiMUS) de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle (USC) et coordinateur de l’étude.

Les éléments L1, également appelés « parasites à ADN », sont des séquences d’ADN qui se sont multipliées au fil de l’évolution des mammifères. On en trouve environ 500 000 copies dans le génome humain, représentant 17 % de notre ADN. Bien que la plupart soient inactifs, une petite fraction (entre 150 et 200 par individu) conserve la capacité de se déplacer et de s’insérer dans de nouveaux emplacements génomiques par un processus appelé rétrotransposition.

Les chercheurs ont analysé les séquences génomiques de dix tumeurs présentant une activité L1 élevée – cinq carcinomes épidermoïdes de la tête et du cou, quatre carcinomes épidermoïdes du poumon et un adénome colorectal – en utilisant une technologie de séquençage à lecture longue. Cette technique, plus performante que les méthodes traditionnelles, leur a permis de visualiser l’ensemble des changements induits par les éléments L1 dans la structure du génome, notamment des délétions, des translocations et d’autres réarrangements.

Ils ont identifié un total de 6 418 événements de rétrotransposition, avec des variations selon les types de cancer. Parmi ces événements, 152 ont entraîné des réarrangements structurels à grande échelle, avec un taux d’incidence d’environ 1 sur 40 pour les tumeurs à activité L1 élevée. Ces modifications architecturales sont considérées comme des moteurs potentiellement puissants du développement du cancer.

« Sur le papier, 152 ne semble peut-être pas un nombre énorme. Mais quand on considère seulement dix tumeurs, c’est extraordinairement élevé. »

Dr Bernardo Rodriguez-Martin, chercheur indépendant au Centre de régulation génomique de Barcelone et l’un des principaux auteurs de l’étude

L’étude a également révélé que l’activité L1 précède souvent un événement de doublement du génome entier, une étape fréquente dans la formation des tumeurs. Cela suggère que la rétrotransposition pourrait contribuer au chaos génomique qui précède le développement du cancer.

Les chercheurs soulignent que le séquençage à lecture longue pourrait devenir un outil précieux pour comprendre les mécanismes complexes du cancer, en particulier dans les cas où les tests standards ne parviennent pas à expliquer le comportement d’une tumeur. Ils s’attendent à ce que le coût de cette technologie diminue considérablement dans les prochains mois, la rendant plus accessible aux chercheurs et aux cliniciens. Plus d’informations sur le Centre de régulation génomique.

Le prochain défi consistera à déterminer quand et où l’activité L1 devient déterminante dans le développement du cancer, et à identifier des stratégies thérapeutiques pour cibler ces éléments génétiques mobiles.

« Le prochain objectif devrait être de comprendre quand et où l’activité L1 fait pencher la balance et comment cibler cela sur le plan thérapeutique. »

Dr Bernardo Rodriguez-Martin, chercheur indépendant au Centre de régulation génomique de Barcelone

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