Publié le 2025-11-05 06:59:00. Alors que Washington intensifie sa présence militaire dans les Caraïbes face au Venezuela, la question d’une intervention similaire contre les cartels mexicains se pose avec acuité. Si certains experts évoquent un risque réel, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum campe sur une position défensive, privilégiant la souveraineté nationale.
- Une démonstration de force américaine dans les Caraïbes, ciblant le trafic de drogue, ravive les craintes d’une intervention militaire au Mexique.
- Malgré les pressions et les accusations de la DEA, le Mexique défend sa souveraineté et écarte l’option d’une ingérence armée étrangère.
- L’efficacité de la stratégie de sécurité de Claudia Sheinbaum est remise en question, notamment après de récents assassinats, tandis que Washington maintient une pression diplomatique et économique.
Une présence militaire américaine qui suscite des interrogations
Ces dernières semaines, la région des Caraïbes a été le théâtre d’une démonstration de force de l’administration Trump, visant spécifiquement les opérations de trafic de drogue menées depuis le Venezuela. Plus de soixante personnes ont perdu la vie dans des affrontements avec les forces américaines contre ce que la source décrit comme des « narcolanchas », des embarcations rapides utilisées pour le transport de stupéfiants. Cette offensive, menée au large des côtes vénézuéliennes, soulève des interrogations quant à une potentielle extension de cette stratégie au Mexique.
Gary Hale, chercheur au Baker Institute de l’université Rice, ne cache pas ses inquiétudes : « Il existe un risque élevé que l’administration Trump prenne des mesures militaires contre les cartels de la drogue mexicains, en particulier contre ceux qui exploitent des navires sans pavillon dans les eaux internationales et transportent ouvertement des cargaisons de drogue, des fûts de produits chimiques ou des fûts de carburant. » Il précise que les côtes mexicaines servent de point d’arrivée principal pour ces embarcations venues d’Amérique du Sud ou centrale, avant que la marchandise ne soit acheminée par voie terrestre vers les États-Unis.
Le Mexique défend sa souveraineté
Malgré ces avertissements, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a fermement rejeté toute idée d’intervention armée sur le sol mexicain. Elle insiste sur le respect absolu de la souveraineté nationale, une position qui contraste avec les désignations de certains cartels mexicains comme organisations terroristes par Washington, qui n’a jamais exclu des incursions terrestres.
Sur le plan opérationnel, une coopération existe déjà entre les deux nations. David Saucedo, expert en sécurité, souligne que les navires américains peuvent être ravitaillés dans les ports mexicains et que la marine mexicaine est prête à intervenir pour intercepter les embarcations qui échapperaient aux forces américaines.
Une coopération sous haute tension
Nathan Jones, professeur à la Sam Houston State University, estime que le gouvernement mexicain, sous la pression américaine, agit déjà de manière décisive contre les cartels, s’appuyant notamment sur le renseignement américain. Il écarte l’idée d’une intervention militaire américaine coûteuse et potentiellement contre-productive : « Pour quoi faire ? Envoyer un missile Tomahawk pour détruire un laboratoire de fentanyl ? Cela n’a pas de sens. » Il rappelle que Claudia Sheinbaum a déjà facilité le transfert de 26 trafiquants de drogue vers les États-Unis en août dernier, suggérant une volonté de coopération qui rendrait une escalade militaire illogique.
Cependant, Jones pointe une subtilité : ces transferts pourraient être des expulsions sans restriction légale, ouvrant la porte à d’éventuelles pressions américaines pour obtenir la peine de mort contre ces individus en échange d’informations. De son côté, David Saucedo évoque une autre raison qui dissuaderait le Pentagone d’intervenir directement au Mexique : la crainte de l’infiltration de ses propres forces par les réseaux de narcotrafiquants, soulignant que « l’armée nord-américaine n’est pas insensible à la corruption ».
L’efficacité de la stratégie Sheinbaum remise en cause
La stratégie de sécurité mise en place par le gouvernement de Claudia Sheinbaum, axée sur l’intelligence, la recherche et les causes sociales, semble porter ses fruits sur le papier avec une baisse des homicides. Les chiffres officiels montrent une diminution significative entre septembre 2024 et septembre 2025.
Néanmoins, des événements récents, tels que l’assassinat du président municipal d’Uruapan, Carlos Manzo, et celui de Bernardo Braco, leader des producteurs de citrons dans le Michoacán, jettent un doute sur l’efficacité réelle de cette approche. Pour David Saucedo, le jugement le plus pertinent n’est pas celui de l’opinion publique mexicaine, mais celui de Washington : « Washington a une opinion très négative de ce qui se fait au Mexique en matière de lutte contre le trafic de drogue. » Il affirme que les « décisions stratégiques et à long terme pour le Mexique sont prises à la Maison Blanche ».
Gary Hale conclut en soulignant que l’assassinat de Carlos Manzo marque un échec de l’approche « non conflictuelle » du gouvernement mexicain. Il suggère que la présence accrue des navires de guerre américains, tant sur la côte Pacifique que dans le golfe du Mexique, pourrait contraindre Claudia Sheinbaum à réévaluer sa politique antidrogue pour s’aligner sur les attentes américaines, sous peine de sanctions commerciales et de possibles menaces militaires sur son propre territoire.