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Des Kiwis à la porte d’embarquement révèlent pourquoi ils partent

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Publié le 2025-11-08 12:44:00. Alors que la Nouvelle-Zélande avait promis de réduire l’écart de revenus avec l’Australie, de plus en plus de Néo-Zélandais font leurs valises pour traverser le détroit. Quelles sont les raisons qui les poussent à quitter leur pays natal ? L’enquête a mené notre journaliste aux portes d’embarquement de l’aéroport de Wellington.

  • Le fossé de revenus entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie s’est légèrement réduit, passant de 32 % à 24 % en 16 ans, mais l’exode des Néo-Zélandais vers l’Australie s’est intensifié.
  • Les motivations principales incluent de meilleures opportunités d’emploi, des salaires plus élevés, une qualité de vie perçue comme supérieure et des liens familiaux.
  • Les experts soulignent que la faible productivité et l’absence de politiques économiques fortes sont des freins au retour des Néo-Zélandais.

L’objectif fixé en 2008 par l’ancien Premier ministre John Key de combler l’écart de revenus avec l’Australie d’ici 2025 semble s’éloigner. Si, selon les chiffres du Trésor, les revenus australiens sont désormais supérieurs de 24 % à ceux des Néo-Zélandais, contre 32 % il y a 16 ans, l’hémorragie de cerveaux et de compétences ne fait qu’empirer. Une tendance de fond qui pousse de nombreux « Kiwis » à chercher fortune outre-mer.

Parmi ceux qui s’apprêtent à quitter Wellington, Shayne Amner, 35 ans, ancien policier, est en quête d’un avenir plus prometteur. Il espère trouver du travail dans une mine d’or près de Perth, où un poste bien rémunéré attend potentiellement son jeune beau-frère de 21 ans. « Il gagne 130 000 dollars australiens par an », confie Shayne, qui n’a jamais dépassé les 100 000 dollars néo-zélandais durant ses six années dans la police. L’obtention d’un prêt hypothécaire est également un facteur décisif pour lui.

Caroline Webb, une infirmière urgentiste de 31 ans, témoigne des difficultés à trouver un emploi correspondant à ses dix années d’expérience en Nouvelle-Zélande. Après avoir postulé sans succès à quatre offres d’emploi, elle a finalement trouvé une opportunité en Tasmanie. « Là-bas, les conditions sont meilleures », explique-t-elle. « Les ratios infirmiers-patients sont plus favorables, ce qui améliore la sécurité des patients et réduit la charge de travail. On peut même prendre une pause déjeuner ! »

Le phénomène touche également les retraités. Ivan et Bronwyn Bratina, après trois ans passés dans la région de Wairarapa, retournent sur la Gold Coast où ils ont vécu 23 ans. Leur motivation principale ? « Voir nos cinq petits-enfants, nés en Australie », confie Bronwyn, ajoutant avec humour que « le temps y est meilleur ».

Pour Sach, responsable marketing, Melbourne offre une dynamique plus attractive que sa ville natale de Wellington. Après un séjour à Londres, elle a trouvé que l’Australie présentait davantage d’opportunités. « Wellington est une ville formidable, mais nous avons vu une diminution des activités et des lieux où sortir, nos restaurants préférés ont fermé », déplore-t-elle, contrastant cette situation avec l’effervescence de Melbourne où « tout est encore bien vivant et ouvert ».

En 2024, la Nouvelle-Zélande a enregistré une migration nette de 30 000 personnes vers l’Australie, le chiffre le plus élevé depuis 2012. Mark Berger, qui accompagne les Néo-Zélandais dans leur projet de relocalisation depuis 12 ans, observe une tendance nette : il ne s’agit plus de simples allers-retours, mais d’installations permanentes. « Cela se reflète dans les transferts massifs de fonds KiwiSaver vers l’Australie, et nous voyons de plus en plus de seniors rejoindre leurs enfants », constate-t-il.

Selon le professeur Francis Collins, sociologue à l’Université d’Auckland, les quelque 600 000 Néo-Zélandais déjà installés en Australie, auxquels s’ajoutent près de 100 000 expatriés nés à l’étranger, constituent un formidable pôle d’attraction. La présence de liens sociaux et familiaux renforce cette tendance migratoire.

L’objectif de John Key de réduire l’écart de revenus était ambitieux, mais les réformes économiques qu’il avait envisagées, notamment une réduction des dépenses publiques et une réforme de l’aide sociale, avaient été jugées trop impopulaires et écartées. « John Key a trouvé les recommandations difficiles à avaler d’un point de vue politique », analyse le commentateur économique Michael Reddell, suggérant que le Premier ministre n’a pas mis en place un programme concret pour atteindre cet objectif.

L’émigration est devenue un enjeu politique récurrent. Francis Collins parle d’un « sport politique ritualisé » où les partis d’opposition ne manquent jamais de pointer du doigt l’incapacité du gouvernement à retenir ses citoyens. Des figures comme David Shearer ou Christopher Luxon ont successivement utilisé ce levier avant de se retrouver au pouvoir, où le dossier semble moins prioritaire. « Soit il y a une décision de ne rien faire, soit la relation avec l’Australie au niveau gouvernemental est trop importante pour tenter de la perturber », conclut le professeur Collins.

Si l’écart de revenus s’est effectivement resserré sur le papier, passant de 32 % à 24 %, Michael Reddell nuance ces chiffres. Selon lui, les données de l’OCDE, bien qu’utiles pour une photographie à un instant T, ne permettent pas de suivre une tendance durable. Il affirme que la Nouvelle-Zélande n’a fait « aucun progrès durable » en matière de réduction de l’écart, notamment en ce qui concerne la productivité. « L’Australie elle-même n’est pas un pays très productif, mais nous avons fait un peu moins bien qu’eux », précise-t-il.

Michael Reddell suggère une réduction significative de l’immigration comme levier pour améliorer la compétitivité des entreprises néo-zélandaises. Une politique moins ouverte, représentant environ un tiers des chiffres actuels, pourrait conduire à des taux d’intérêt plus bas et à un taux de change plus favorable pour les exportations.

Pour Ganesh Nana, ancien président de la Commission de la productivité, l’amélioration des revenus est intimement liée à l’augmentation de la productivité. « C’est tirer le meilleur parti de ce que nous avons : les ressources naturelles, le capital humain, les opportunités commerciales », explique-t-il. Sans progrès concrets dans ce domaine, la Nouvelle-Zélande risque de rester le « cousin pauvre » de l’Australie.

Si la réduction de l’écart est une bonne nouvelle, le défi de retenir les Néo-Zélandais est complexe et nécessite une approche globale. « Tous ces éléments réunis, s’ils sont correctement mis en œuvre, permettraient d’augmenter les revenus de tous. Mais cela ne serait pas rapide », avertit Ganesh Nana. Il plaide pour une approche à long terme, loin des « interventions politiques cloisonnées » qui attendent des résultats immédiats.

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