Home Santé Des marges au grand public : comment l’amplification peut donner une nouvelle portée à la désinformation

Des marges au grand public : comment l’amplification peut donner une nouvelle portée à la désinformation

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Dans la lutte contre la désinformation, les professionnels de la communication sanitaire sont confrontés à un dilemme délicat : comment corriger les fausses informations sans risquer de leur donner une audience qu’elles n’auraient jamais atteinte autrement ? Ce défi, souligné par Drew Altman, président-directeur général de KFF, prend tout son sens face à la propagation rapide des fausses nouvelles, notamment sur les réseaux sociaux.

L’affaire de la vidéo promue par Donald Trump illustre parfaitement cette tension. L’ancien président américain avait brièvement diffusé sur Truth Social une vidéo générée par intelligence artificielle vantant les mérites supposés de « lits médicaux », une technologie fictive issue d’une théorie du complot promettant de guérir toutes les maladies et d’inverser le vieillissement. Bien que rapidement supprimée et démentie par de nombreux médias comme ABC, CNN, MSNBC et Forbes, la couverture médiatique engendrée par cette affaire a involontairement amplifié cette allégation, exposant de nouveaux publics à cette fausse promesse et contribuant à sa diffusion.

L’amplification involontaire : un risque majeur

Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi la simple mention ou la critique d’une fausse allégation peut paradoxalement en accroître la portée et la persistance :

  • La dynamique de l’engagement : Les contenus qui suscitent des réactions fortes, qu’elles soient positives ou négatives, génèrent de l’interaction (clics, commentaires, partages). Les algorithmes des plateformes sociales, conçus pour maximiser l’attention, tendent à amplifier ces contenus. Ainsi, une publication critiquant ou ridiculisant une fausse information peut connaître une diffusion aussi large, voire plus large, que celle qui la propage initialement. Les médias traditionnels ne sont pas épargnés, les reportages générant des émotions comme la peur, le dégoût ou la surprise étant plus susceptibles d’être partagés.
  • La répétition renforce la crédibilité : L’exposition répétée à une fausse information, qu’elle provienne de divers articles ou de publications récurrentes sur les réseaux, peut créer un sentiment de familiarité et accroître la perception de sa véracité – c’est l’ « effet de vérité illusoire ». Des études suggèrent même que ni la vérification des faits ni l’éducation aux médias ne parviennent toujours à neutraliser complètement l’impact de cette répétition.
  • La durée de vie prolongée : Toute mention d’une fausse allégation, même pour la corriger, maintient celle-ci sous les projecteurs plus longtemps que si elle avait été ignorée. Cela lui donne une seconde vie et la possibilité de resurface, influençant les perceptions sur la durée.

La désinformation, un poison pour la confiance

La désinformation prospère particulièrement en période d’incertitude et de faible confiance envers les institutions. Dans de tels contextes, même lorsque des allégations spécifiques sont réfutées, des récits comme celui des « lits médicaux » peuvent persister, car ils nourrissent le scepticisme envers les autorités officielles et s’alignent sur des visions du monde préexistantes. C’est notamment le cas dans un paysage médiatique où la confiance est fragmentée. Selon une enquête de KFF, une part significative des républicains fait davantage confiance aux informations de santé relayées par Donald Trump qu’à celles émanant du CDC, de la FDA ou des services de santé locaux.

Dans cet environnement, même des affirmations infondées peuvent avoir des répercussions indirectes. L’exposition à ces fausses informations, suivie de leur démenti, peut éroder davantage la confiance dans les autorités sanitaires et gouvernementales en renforçant le scepticisme général, indépendamment de l’adhésion à la théorie du complot spécifique. Ainsi, si les individus peuvent rejeter l’existence littérale des « lits médicaux », ils pourraient néanmoins être amenés à croire que de puissantes institutions dissimulent des remèdes, ou bien avoir plus de mal à faire confiance aux informations véridiques à l’avenir.

Vers une communication proactive et stratégique

Si signaler trop tôt une désinformation peut avoir des conséquences imprévues, l’ignorer peut également laisser des vides informationnels. La communication face à la désinformation exige donc de trouver un équilibre subtil entre transparence et risque d’amplification. Pour limiter la propagation involontaire, il est crucial de se concentrer sur les faits vérifiés, de minimiser la répétition des fausses affirmations et d’éviter les discours sensationnalistes ou moqueurs.

La recherche et la pratique offrent des stratégies complémentaires :

  • Renforcer la résilience du public par le pré-bunking : Cette approche consiste à exposer le public à des informations factuelles et à expliquer les mécanismes de propagation de la désinformation *avant* que de fausses allégations n’apparaissent. Cela renforce la résistance, comble les lacunes de connaissance, met l’accent sur des faits exacts sans répéter de fausses affirmations, et souligne les tactiques de manipulation. Le pré-bunking est particulièrement utile pour les récits à risque faible ou moyen et peut compléter une démystification ultérieure si une affirmation gagne du terrain.
  • Démystifier de manière stratégique : S’il existe des raisons de croire qu’une désinformation a atteint une large part d’un public incertain, parfois qualifié de « zone grise », une démystification peut s’avérer nécessaire. La Public Health Communication Collaborative suggère de commencer par un fait clair, d’apporter un contexte sur la désinformation et les tactiques utilisées, et de conclure par un fait consolidant. Cette méthode aide le public à retenir l’information précise tout en limitant l’amplification des fausses allégations.
  • Établir la confiance pour une meilleure réception des corrections : La persistance de la désinformation est en partie due à une méfiance sous-jacente. Le renforcement des liens communautaires, la valorisation des messagers de confiance et une communication cohérente sont plus efficaces pour contrer les théories du complot que les seules actions correctives.

La désinformation ne se limite pas à ce qui est dit, mais aussi à la manière dont cela se propage. En anticipant les faux récits, en utilisant le pré-bunking et la démystification de manière stratégique, en communiquant de manière responsable et en priorisant l’instauration de la confiance, les communicateurs peuvent limiter la portée des fausses affirmations tout en contribuant à un public mieux informé et plus résilient.

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