Publié le 24 février 2026, 05h33. Des chercheurs de la Charité de Berlin explorent une approche novatrice pour pallier la pénurie mondiale d’organes : la création d’organes artificiels à partir de structures animales revitalisées avec des cellules humaines.
La pénurie d’organes disponibles pour les transplantations est un problème de santé publique majeur. Fin 2025, 1 325 personnes en Suisse figuraient sur la liste d’attente nationale pour un organe vital, tandis que seulement 185 personnes avaient fait don de leurs organes après leur décès. Malheureusement, 67 personnes sur liste d’attente sont décédées en 2025.
Au service de chirurgie expérimentale de la Charité de Berlin, Eriselda Keshi mène des recherches dans le domaine de l’ingénierie tissulaire, avec l’ambition de développer des organes artificiels compatibles avec le corps humain. Son approche consiste à utiliser des structures animales, en l’occurrence le foie de rat, comme base pour la création de ces organes.
Le foie de rat transformé en « organe fantôme »
Le foie de rat est choisi pour sa forme idéale. L’objectif est de le « reprogrammer » en éliminant toutes ses cellules pour faire place à des cellules humaines. Ce processus se déroule dans un système de tuyaux où le foie est inondé de produits chimiques qui dissolvent les cellules d’origine.
Selon Igor Sauer, directeur adjoint de la clinique, ce processus transforme le foie de rat en ce qu’il appelle un « organe fantôme » : « Il s’agit essentiellement de certains savons qui éliminent les cellules. Cela rend l’organe de plus en plus vitreux et transparent. »
Cette structure de base est ensuite revitalisée avec des cellules humaines dans l’espoir de la transformer en un organe transplantable, comme un pancréas.
Remplacement du pancréas : des résultats encourageants
Eriselda Keshi travaille actuellement à implanter des « cellules insulaires » provenant d’un pancréas humain dans un ancien foie de rat. Elle a déjà obtenu des résultats positifs lors de tentatives précédentes. Elle se souvient : « C’était une très bonne journée lorsque cela a fonctionné pour la première fois, nous étions heureux. Au début, nous n’y croyions pas. »
L’étape suivante consiste à évaluer l’efficacité de cet organe de laboratoire dans un organisme vivant, par exemple en l’implantant dans un porc. Si le nouveau pancréas fonctionne avec succès dans un modèle animal, cela constituerait une avancée significative.
Vers une application chez l’homme ?
Bien que cette recherche soit encore à un stade expérimental et nécessite de nombreuses étapes supplémentaires avant de pouvoir être appliquée chez l’homme, Eriselda Keshi reste optimiste quant à son potentiel pour sauver des vies : « Je travaille chaque jour avec des patients qui attendent un organe et je vois combien d’espoir la perspective d’un nouvel organe crée chez les personnes touchées. »
Même si les résultats actuels ne représentent qu’une étape dans la recherche, ils pourraient contribuer à faire progresser la médecine de la transplantation. « Alors quelqu’un d’autre pourra continuer ce que je découvre maintenant », conclut la chercheuse.