Des voix s’élèvent au Congrès américain pour exiger une réponse ferme de l’administration Trump face aux récentes avancées des Forces de Soutien Rapide (FSR) au Soudan, accusées d’atrocités contre des civils, y compris dans des établissements de santé.
Face à la violence qui ravage le Soudan, des sénateurs américains, issus des deux bords politiques, ont récemment pressé l’administration du président Donald Trump d’agir avec vigueur. Ces appels surviennent alors que les Forces de Soutien Rapide (FSR), un groupe paramilitaire, ont intensifié leur offensive en s’emparant de nouveaux territoires et en étant soupçonnées d’attaques contre des civils. Le chef des Nations Unies, Antonio Guterres, a quant à lui réitéré son appel à la cessation immédiate des hostilités, après des informations alarmantes sur des centaines de morts dans une maternité de la ville d’El-Fasher.
Le sénateur républicain Jim Risch, président de la Commission des relations étrangères du Sénat, a publiquement demandé que les États-Unis désignent officiellement les FSR comme organisation terroriste étrangère. Dans un communiqué diffusé sur la plateforme X, M. Risch a déclaré que « les horreurs commises à El-Fasher, au Darfour, ne sont pas le fruit du hasard : elles ont toujours été le plan de RSF ». Il a ajouté que les FSR « ont semé la terreur et commis des atrocités indescriptibles, notamment un génocide, contre le peuple soudanais », soulignant ainsi la nécessité d’une action pour mettre un terme à ces violences.
La sénatrice démocrate Jeanne Shaheen, membre éminente de la même commission, a indiqué qu’elle soutenait « probablement » une telle mesure. Interrogée par des journalistes sur la possibilité d’une telle désignation, elle a répondu par l’affirmative, tout en précisant vouloir étudier le dossier plus en profondeur. Par ailleurs, Mme Shaheen a vivement critiqué le rôle des Émirats arabes unis, accusés par l’armée soudanaise de fournir un soutien militaire aux FSR, accusations que les Émirats arabes unis rejettent. « Les Émirats arabes unis ont été un acteur irresponsable qui a contribué à l’une des pires crises humanitaires que nous connaissions actuellement sur la planète », a-t-elle affirmé.
Un rapport récent de l’ONU a pointé du doigt les actions des FSR, suggérant qu’elles pourraient être « compatibles avec des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». Les Émirats arabes unis, dans un communiqué envoyé par voie électronique, ont fermement nié ces allégations, réaffirmant leur engagement en faveur d’un cessez-le-feu et de la protection des civils. Ils ont cité le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU, stipulant qu’« il n’existe aucune preuve concrète que les Émirats arabes unis aient apporté un quelconque soutien à RSF ou soient impliqués dans le conflit ».
La guerre au Soudan a éclaté en avril 2023, suite à une lutte de pouvoir entre l’armée régulière et les FSR. Ce conflit a engendré des violences ethniques massives, déclenchant la pire crise humanitaire mondiale et plongeant plusieurs régions dans la famine. Les Nations Unies estiment que des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie et que près de 13 millions ont été déplacées. L’agence onusienne pour les migrations rapporte que plus de 36 000 personnes auraient fui El-Fasher depuis dimanche dernier.
Des récits poignants de violence émergent d’El-Fasher depuis que les FSR en ont pris le contrôle. Des survivants ayant atteint la ville voisine de Tawila ont décrit des scènes de terreur, fuyant une ville privée de nourriture, de médicaments et d’aide pendant un siège de 18 mois. L’une des survivantes, mère de cinq enfants, a raconté que des combattants des FSR avaient fait irruption chez elle et tué son fils de 16 ans. « Sur la route entre El-Fasher et Garni (un village au nord-ouest de la ville), nous avons vu de nombreux cadavres gisant sur le sol et des blessés abandonnés à l’air libre parce que leurs familles ne pouvaient pas les porter », a-t-elle témoigné, ajoutant que leur groupe avait été cambriolé et que des jeunes hommes avaient été arrêtés sans que l’on sache leur sort.
D’autres témoins font état de « cadavres dans les rues et personne pour les enterrer ». Un homme, qui a fui la ville samedi matin, a déclaré que lui et sa famille étaient partis avec seulement « les vêtements que nous portions ». Un autre survivant a décrit avoir été volé lors de sa fuite et avoir vu « des cadavres, certains déjà transformés en ossements » sur la route.
Les Forces de Soutien Rapide sont accusées d’avoir exécuté plus de 2 000 civils non armés depuis qu’elles ont pris le contrôle d’El-Fasher. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rapporté que l’hôpital de la ville avait été attaqué pour la quatrième fois en un mois dimanche, entraînant la mort d’une infirmière et blessant trois autres agents de santé. Deux jours plus tard, « six agents de santé, quatre médecins, une infirmière et un pharmacien ont été enlevés » et « plus de 460 patients et leurs accompagnateurs auraient été tués par balle à l’hôpital », selon l’OMS. Ces informations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante par les agences de presse en raison du chaos ambiant et des difficultés de communication.
Mohammad Hamdan Daglo, dit Hemedti, chef des FSR, a récemment promis que le pays serait unifié « par la paix ou par la guerre ». La prise d’El-Fasher, dernier bastion de l’armée dans le Darfour, survient après plus de 18 mois de siège et ravive les craintes d’un retour aux atrocités ethniquement ciblées qui avaient marqué la région il y a 20 ans. En janvier dernier, l’administration de l’ancien président Joe Biden avait déterminé que des membres des FSR et de milices alliées avaient commis un génocide au Soudan et avait imposé des sanctions à Hemedti.