Publié le 2025-10-22 17:01:00. Des chercheurs écossais ont développé des porcs génétiquement modifiés capables de résister à la peste porcine classique (PPC), une maladie virale dévastatrice. Cette avancée pourrait considérablement renforcer la biosécurité dans l’élevage porcin à l’échelle mondiale.
- Des porcs modifiés en laboratoire se sont révélés totalement immunisés lors d’une exposition au virus mortel de la peste porcine classique.
- Cette technologie, basée sur l’édition génomique, cible un gène clé dans la réplication du virus.
- Cette percée intervient alors que plusieurs pays assouplissent leur réglementation concernant les organismes génétiquement modifiés dans l’agriculture.
Des scientifiques du Roslin Institute d’Édimbourg ont réussi à créer des porcs résistants à la peste porcine classique (PPC), une maladie virale hautement contagieuse et souvent fatale pour les animaux. Les animaux génétiquement modifiés sont restés en parfaite santé lorsqu’ils ont été exposés au virus, alors que leurs congénères non modifiés ont rapidement montré des signes de la maladie.
La PPC, bien que éradiquée au Royaume-Uni en 1966, continue de représenter une menace sérieuse pour l’industrie porcine mondiale. Les épidémies passées ont eu des conséquences économiques et sanitaires désastreuses, entraînant l’abattage de milliers de têtes de bétail. Dans les pays où la maladie est endémique, comme la Chine ou la Russie, le contrôle de la PPC repose sur des campagnes de vaccination coûteuses et des restrictions commerciales internationales.
« La peste porcine classique est une maladie dévastatrice pour le bétail et les agriculteurs », a souligné Helen Crooke, responsable adjointe de la virologie des mammifères à l’Agence de santé animale et végétale (APHA), où l’essai a été mené. « Espérons que cette avancée puisse contribuer à renforcer la résilience du secteur de l’élevage face à la maladie. »
La PPC provoque notamment fièvre, lésions cutanées, convulsions et diarrhées, conduisant fréquemment à la mort dans les quinze jours. Le Dr Christine Tait-Burkard, chef de groupe à l’Institut Roslin, a rappelé que « ce virus a de graves effets sur le bien-être et la productivité des animaux ».
L’étude novatrice a consisté à modifier précisément un gène essentiel à la production d’une protéine, DNAJC14, indispensable à la réplication des pestivirus – la famille de virus à laquelle appartient la PPC – une fois qu’ils ont infecté une cellule. Des travaux antérieurs avaient démontré que des modifications mineures du code génétique suffisaient à bloquer cette réplication.
Les chercheurs ont ainsi créé une lignée de porcs présentant ces altérations génétiques ciblées. Lors des essais réalisés dans des installations biosécurisées de l’APHA, quatre porcs modifiés ont été inoculés avec le virus, aux côtés de quatre porcs témoins. Une semaine plus tard, les animaux témoins étaient symptomatiques et présentaient des taux viraux élevés, tandis que les porcs génétiquement modifiés demeuraient sains, sans aucun signe d’infection. Des observations sur plusieurs générations de ces porcs modifiés n’ont révélé aucun effet indésirable notable sur leur santé ou leur fertilité.
Ce mécanisme de résistance pourrait également s’appliquer à d’autres pestivirus affectant les bovins et les ovins, bien que ces maladies soient moins sévères. Les chercheurs étudient actuellement cette piste. Cette avancée survient dans un contexte de débat croissant autour des technologies d’édition génomique dans l’agriculture. Le Royaume-Uni, par exemple, a récemment adopté la loi sur l’élevage de précision, favorisant ainsi les cultures génétiquement modifiées. D’autres pays comme les États-Unis, le Japon et le Brésil ont déjà donné leur feu vert au bétail génétiquement modifié. L’entreprise Genus, basée à Basingstoke, a d’ailleurs déjà développé des porcs résistants à un autre virus porcin, dont la commercialisation est attendue aux États-Unis en 2026.
« Dans mon esprit, il y a un impératif moral : si nous pouvons créer des animaux résistants aux maladies, nous devrions probablement le faire. »
Dr Simon Lillico, chercheur à l’Institut Roslin et co-auteur de l’étude
« Des décennies de recherche génomique ont permis d’identifier et de modifier avec précision les gènes impliqués dans la résistance aux maladies. Une recherche comme celle-ci contribue à créer des animaux en meilleure santé, à réduire les pertes pour les agriculteurs dans les zones touchées par la peste porcine et marque une avancée majeure dans l’utilisation de l’innovation basée sur la génomique pour renforcer la résilience des populations de bétail face aux maladies. »
Dr Emily Clark, Institut européen de bioinformatique de l’EMBL (non impliquée dans la recherche)
Les conclusions de cette recherche ont été publiées dans la revue Trends in Biotechnology.