Publié le 2025-10-25 17:28:00. Une équipe pluridisciplinaire a reçu une subvention majeure des National Institutes of Health (NIH) pour cartographier le système sensoriel interne du corps humain, ouvrant la voie à une meilleure compréhension de la santé et des maladies.
- Une subvention de 14,2 millions de dollars sur cinq ans a été accordée à des chercheurs de Scripps Research et de l’Allen Institute pour développer la première carte complète de l’intéroception.
- Ce projet, dirigé par le lauréat du prix Nobel Ardem Patapoutian, vise à décrypter comment le système nerveux surveille les signaux internes du corps pour maintenir des fonctions vitales.
- L’objectif est de mieux comprendre la connexion cerveau-corps et de potentiellement développer de nouveaux traitements pour des affections liées à la perturbation de ces voies sensorielles.
Le corps humain est doté d’un réseau complexe de surveillance interne, souvent méconnu, qui assure le bon fonctionnement de nos fonctions vitales, de la respiration à la régulation de la tension artérielle. Ce système, appelé intéroception, détecte les signaux physiologiques venant de l’intérieur du corps et est essentiel au maintien de l’homéostasie, cet équilibre interne fondamental pour notre santé. Contrairement aux cinq sens classiques qui nous connectent au monde extérieur, l’intéroception opère en coulisses, traitant des informations vitales de manière souvent inconsciente.
C’est dans ce contexte que les National Institutes of Health (NIH) ont récompensé par un prix de recherche translationnelle une équipe collaborative de Scripps Research et de l’Allen Institute. Cette distinction, accompagnée d’un financement de 14,2 millions de dollars sur cinq ans, vise à soutenir un projet ambitieux : la création de la première carte complète du système sensoriel intrinsèque du corps. Ce projet est piloté par des figures de proue de la recherche biomédicale, dont le neuroscientifique Ardem Patapoutian, prix Nobel, aux côtés de Li Ye et Bosiljka Tasic. Jin Xin, professeur agrégé à Scripps Research, agira en tant que co-chercheur.
Ce financement majeur s’inscrit dans le cadre des Transformative Research Awards, des bourses créées en 2009 pour soutenir des projets interdisciplinaires novateurs qui transcendent les frontières scientifiques traditionnelles et qui, sans ce type de soutien, pourraient rencontrer des difficultés à obtenir des financements via les canaux classiques. Il fait partie de l’initiative à haut risque et haute récompense du NIH Common Fund, destinée à encourager des idées avant-gardistes susceptibles de révolutionner notre compréhension de la santé humaine.
« Mon équipe est honorée que le NIH soutienne la science collaborative nécessaire à l’étude de systèmes aussi complexes », a déclaré Ardem Patapoutian, qui applique son expertise, déjà récompensée par le prix Nobel de physiologie ou médecine 2021 pour la découverte de capteurs cellulaires détectant le toucher, à la compréhension de l’intéroception. Li Ye a ajouté : « Nous espérons que nos résultats pourront aider d’autres scientifiques à soulever de nouvelles questions sur la manière dont l’intestin et le système nerveux sont coordonnés. »
Contrairement à l’odorat, la vue ou l’ouïe, qui dépendent d’organes sensoriels spécialisés pour capter des stimuli externes, l’intéroception mobilise un vaste réseau de neurones disséminés dans des organes tels que le cœur, les poumons, l’estomac et les reins. Ces neurones surveillent en permanence des processus fondamentaux comme la circulation sanguine, la digestion et le fonctionnement du système immunitaire. La difficulté de cette recherche réside dans la complexité et la superposition des signaux émis par ces neurones, ainsi que dans leur répartition anatomique, rendant leur isolement et leur cartographie particulièrement ardus.
Le projet entrepris par les chercheurs de Scripps et de l’Allen Institute consiste à cartographier précisément les connexions entre ces neurones sensoriels et les différents organes internes. L’objectif est de dresser des cartes anatomiques et moléculaires détaillées, révélant l’organisation de ces voies neuronales. Pour ce faire, une partie de la recherche utilisera l’étiquetage des neurones sensoriels couplé à l’imagerie du corps entier afin de retracer le cheminement des signaux de la moelle épinière vers les organes. Une autre approche s’appuiera sur la cartographie génétique pour distinguer les différents types de cellules neuronales, qu’elles proviennent de l’intestin, de la vessie ou du tissu adipeux. L’ensemble de ces données formera ainsi la première référence standardisée pour la compréhension des systèmes de détection internes du corps humain.
Le décryptage de ce « sixième sens caché », comme il est parfois surnommé, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques. En effet, des perturbations de ces voies sensorielles internes ont été associées à diverses pathologies, notamment les maladies auto-immunes, la douleur chronique, les maladies neurodégénératives et l’hypertension artérielle. « La conscience intéroceptive est essentielle à presque tous les aspects de la santé. Mais elle reste un domaine largement inexploré des neurosciences », a souligné King. « En créant la première carte de ce système, nous visons à jeter les bases d’une meilleure compréhension de la manière dont le cerveau maintient l’homéostasie, comment cet équilibre est perturbé en cas de maladie, et comment nous pouvons le restaurer. »