Publié le 2025-10-25 07:53:00. L’économie thaïlandaise s’achemine vers une période de croissance ralentie, marquée par une faible inflation et des inquiétudes sur la consommation privée. Les exportations, particulièrement exposées aux tensions commerciales internationales, devraient elles aussi subir un coup de frein.
- Une croissance économique modeste est anticipée pour cette année et la suivante, potentiellement sous la barre des 1 % durant le second semestre de cette année et le premier semestre 2026.
- Les exportations font face à un risque de contraction, accentué par les mesures tarifaires américaines et la faiblesse de la demande mondiale.
- La consommation privée reste une source de préoccupation majeure, plombée par un endettement élevé des ménages et une confiance en berne.
Selon les projections de SCB EIC, la Thaïlande devrait connaître une croissance de 1,8 % cette année, suivie de 1,5 % l’année prochaine. Un risque de contraction sous la barre des 1 % est même envisagé pour la période allant du second semestre 2025 au premier semestre 2026. Cette tendance s’explique en partie par le ralentissement des exportations, déjà fragilisées par des taxes américaines et dont les chiffres d’août, bien qu’en hausse de 5,8 %, marquent un net tassement par rapport au mois précédent. SCB EIC anticipe même un risque de contraction des exportations jusqu’en 2026, ce qui pèserait lourdement sur la croissance globale du royaume.
La consommation privée n’est pas épargnée par ce climat d’incertitude. Le ratio dette des ménages/PIB demeurait à un niveau élevé de 86,8 % au second trimestre 2025. Bien que la proportion de cette dette ait diminué, le phénomène s’explique davantage par une baisse de la demande de crédits, conséquence d’une capacité de remboursement affaiblie et de conditions de prêt plus strictes face au risque de créances douteuses. L’indice global de confiance des consommateurs reste, lui aussi, atone, malgré un léger mieux attendu à court terme grâce aux mesures du nouveau gouvernement.
L’inflation générale devrait rester en territoire négatif pendant plusieurs mois encore, ne réintégrant pas la cible d’inflation cette année ni l’année prochaine. Cette situation est principalement attribuée à la baisse des prix mondiaux de l’énergie et aux politiques gouvernementales visant à alléger le coût de la vie. Le prix du diesel à la pompe pourrait ainsi passer sous la barre des 30 bahts le litre en moyenne l’année prochaine. L’inflation moyenne annuelle pour 2025 est estimée à -0,1 %, marquant un retour en territoire négatif pour la première fois en quatre ans. En 2026, elle pourrait redevenir positive mais resterait faible, à 0,2 %, bien en deçà de la fourchette cible de 1 à 3 %.
SCB EIC alerte sur le risque croissant de déflation, soulignant que l’inflation générale est négative depuis six mois et devrait le rester jusqu’au premier trimestre 2026. La proportion de produits dont les prix ont baissé atteint 43 % du panier d’inflation, et cette tendance commence à s’étendre au-delà de l’énergie et des produits frais pour toucher les biens de consommation courante. La lente reprise des revenus des ménages et la persistance d’un endettement élevé, conjuguées à une contraction du crédit, constituent un frein majeur à la demande intérieure. Parallèlement, le secteur des entreprises subit la pression de la concurrence des produits chinois importés et peine à répercuter les hausses de prix dans un contexte de demande faible, ce qui comprime les marges, l’investissement et l’emploi.
Les nouvelles politiques gouvernementales, notamment le programme « Quick Big Win », visent à soutenir l’économie à court terme, mais leur impact sur le PIB est jugé limité. Bien que des mesures comme le dispositif « moitié-moitié plus » aient été annoncées pour stimuler la consommation, une partie des dépenses pourrait échapper à l’économie nationale, notamment pour les biens importés ou via des circuits moins formels.
SCB EIC anticipe une baisse du taux directeur à 1,25 % lors de la réunion de décembre et une nouvelle réduction début 2026, portant le taux à 1,0 %. Cette politique monétaire accommodante vise à atténuer la fragilité des secteurs des entreprises et des ménages, ainsi qu’à soutenir une demande intérieure en berne. La situation financière du pays, contrastant avec un potentiel de croissance sous-exploité, justifie cette approche.
Sur la scène internationale, l’économie mondiale devrait connaître un ralentissement au quatrième trimestre 2025 et en 2026, sous l’effet des mesures tarifaires américaines. Une diminution des nouvelles commandes à l’exportation et un ralentissement de l’emploi sont déjà observés. Cette perspective est partagée par des organisations comme l’OCDE et le FMI, qui, bien qu’ayant légèrement revu à la hausse leurs prévisions pour 2025, anticipent une croissance mondiale inférieure à celle de 2024 et une nouvelle décélération en 2026. Les tensions géopolitiques et politiques mondiales, notamment les menaces de taxes douanières accrues entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l’incertitude politique aux États-Unis et au Japon, ajoutent des risques supplémentaires.
Concernant les grandes banques centrales, une tendance à l’assouplissement monétaire est observée, à l’exception du Japon. La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait ainsi abaisser ses taux d’intérêt, tout comme la Banque Centrale Européenne (BCE) qui devrait clore son cycle de baisses. La Banque populaire de Chine (PBOC) est également attendue sur des baisses de taux pour soutenir son économie, tandis que la Banque du Japon (BOJ) devrait maintenir ses taux pour le reste de l’année avant de les relever potentiellement en 2026.