Publié le 13 février 2026 à 12h03. Des chercheurs ont franchi une étape prometteuse dans la lutte contre la paralysie due aux lésions de la moelle épinière, en obtenant des résultats encourageants sur des modèles de tissus humains cultivés en laboratoire.
- Une nouvelle thérapie, basée sur des peptides supramoléculaires, a permis de réduire significativement la formation de cicatrices et de favoriser la repousse des axones dans des organoïdes de moelle épinière humaine.
- Ces résultats confirment l’efficacité observée précédemment sur des modèles animaux et ouvrent la voie à de futurs essais cliniques.
- L’utilisation d’organoïdes, des structures tridimensionnelles cultivées à partir de cellules souches, permet de tester des traitements sur des tissus humains de manière plus pertinente que les modèles animaux seuls.
Les lésions de la moelle épinière constituent un défi majeur en médecine, entraînant souvent une paralysie durable. La capacité limitée du système nerveux central à se régénérer est due en partie à la formation de cicatrices gliales, qui empêchent la repousse des axones, les prolongements des neurones essentiels à la transmission des signaux.
L’équipe du professeur Samuel Stupp, à l’Université Northwestern, travaille depuis plusieurs années sur une approche innovante pour surmonter ces obstacles. Ils ont développé un matériau appelé IKVAV-PA, composé de peptides thérapeutiques supramoléculaires, surnommés « molécules dansantes ». Ces molécules ont la capacité de suivre le mouvement des récepteurs présents à la surface des cellules nerveuses, stimulant ainsi la repousse des axones.
« Étant donné que les cellules elles-mêmes et leurs récepteurs sont en mouvement constant, on peut imaginer que les molécules se déplaçant plus rapidement rencontrent ces récepteurs plus souvent »,
Samuel Stupp, ingénieur biomédical
Des études antérieures avaient déjà démontré l’efficacité de ce traitement sur des souris atteintes de lésions graves de la moelle épinière. Pour confirmer ces résultats et se rapprocher d’une application chez l’homme, les chercheurs ont décidé de tester leur thérapie sur des organoïdes de moelle épinière humaine.
Ces organoïdes, d’environ 3 millimètres de diamètre, ont été cultivés à partir de cellules souches pluripotentes induites provenant d’un donneur adulte. Au cours de plusieurs mois, ils ont développé une structure cellulaire complexe, reproduisant les principales caractéristiques de la moelle épinière humaine, notamment les neurones, les astrocytes et l’organisation des différentes couches de tissus.
Les organoïdes ont ensuite été soumis à deux types de lésions : une coupure nette et une compression, simulant les traumatismes observés lors d’accidents de la route. Dans tous les cas, les chercheurs ont constaté une mort cellulaire immédiate, la formation de cicatrices gliales et une inflammation, des phénomènes similaires à ceux qui se produisent lors de véritables lésions de la moelle épinière.
L’application du liquide IKVAV-PA sur les zones lésées a permis de gélifier le matériau et de libérer les molécules actives, qui ont encouragé chimiquement et physiquement la repousse des axones. Les résultats ont été spectaculaires : les organoïdes traités ont présenté beaucoup moins d’inflammation et de cicatrices que les organoïdes témoins, et une repousse nerveuse significativement plus importante.
« Nous pourrions faire la distinction entre les astrocytes qui font partie du tissu normal et les astrocytes de la cicatrice gliale, qui sont grands et très densément emballés. Nous avons également détecté la production de protéoglycanes de sulfate de chondroïtine, des molécules du système nerveux qui réagissent aux blessures et aux maladies. »
Samuel Stupp, ingénieur biomédical
Bien qu’il faille encore plusieurs années de recherche avant de pouvoir tester cette thérapie sur des patients humains, ces résultats sont très encourageants. L’utilisation d’organoïdes permet de tester de nouvelles approches thérapeutiques sur des tissus humains de manière plus fiable que les modèles animaux, et représente une étape cruciale vers le développement de traitements efficaces contre la paralysie.
Cette recherche a été publiée dans la revue Nature Biomedical Engineering.