Publié le 2025-10-07 09:56:00. L’histoire de la profession de sage-femme au Pérou, riche de près de deux siècles d’institutionnalisation, trouve ses origines bien avant l’époque précolombienne. Ce parcours, jalonné par la création d’écoles et la formation universitaire, continue de façonner la prise en charge de la santé maternelle et reproductive dans le pays.
- La profession de sage-femme au Pérou est ancrée dans des pratiques ancestrales remontant à la période précolombienne.
- L’institutionnalisation de la santé maternelle a débuté après l’indépendance, menant à la création de la première maternité et école de sages-femmes en 1826.
- La formation universitaire des sages-femmes est devenue officielle en 1856, évoluant continuellement pour répondre aux défis actuels.
Le cheminement de la profession de sage-femme au Pérou s’étend sur près de deux siècles d’histoire institutionnelle, mais ses racines plongent profondément dans les pratiques ancestrales. Avant même l’arrivée des colons, des femmes accompagnaient les accouchements, utilisant des plantes médicinales et s’appuyant sur des croyances traditionnelles liées à la maternité. Ces pratiques ont perduré, parfois dans des conditions précaires pour les mères et les nouveau-nés, jusqu’à ce que l’État péruvien, après son indépendance, prenne en main la santé maternelle.
Une étape décisive fut franchie le 10 octobre 1826 avec la création de la première maternité (aujourd’hui l’Institut Materno Péritatal) et de la première école de naissances (devenue l’École professionnelle de sages-femmes de l’Université Nationale de San Marcos, UNMSM). Ces institutions, fondées par le président Andrés de Santa Cruz, ont marqué un tournant majeur pour la profession non seulement au Pérou mais dans l’ensemble des Amériques, en instaurant un modèle d’hôpital doté de sa propre école de formation.
À la tête de ces nouvelles institutions, la sage-femme française Benita Cadeau de Fessel a joué un rôle pionnier. Diplômée avec la plus haute distinction de la Maternité Port Royal de Paris, elle a consacré dix ans de sa vie au Pérou pour y jeter les bases d’une profession scientifique et humaine. Inspirée des modèles européens, elle a œuvré à former des sages-femmes aussi qualifiées et dévouées qu’elle, soulignant son désir d’accompagner les femmes dans l’un des moments les plus importants de leur vie.
L’évolution académique s’est poursuivie : le 9 septembre 1856, sous le gouvernement provisoire de Ramón Castilla, le département de sages-femmes a été officiellement intégré à l’École de médecine de l’UNMSM. Cette intégration a officialisé la formation universitaire des sages-femmes, leur confiant la responsabilité des soins prénatals, postnatals et des nouveau-nés. L’UNMSM, surnommée le « Doyen de l’Amérique », célèbre cette année son 474e anniversaire, témoignant de la longue tradition d’excellence académique au Pérou.
Aujourd’hui, le profil des diplômées en sage-femme péruviennes est axé sur des compétences générales telles que le leadership, le travail d’équipe et la recherche critique, ainsi que des compétences spécifiques en sciences fondamentales, gestion des services et santé publique. La formation spécialisée couvre les soins complets tout au long de la vie reproductive des femmes, en intégrant une approche basée sur les droits humains, le genre et l’interculturalité.
Le programme de formation, mis à jour en 2024, met l’accent sur la pratique clinique, la recherche, la responsabilité sociale et la santé sexuelle et reproductive, visant particulièrement à réduire la mortalité maternelle et infantile. Au Pérou, 34 universités proposent désormais cette formation, préparant les futures sages-femmes aux secteurs public et privé.
La reconnaissance formelle de la profession s’est concrétisée avec la création du Collège péruvien des sages-femmes le 15 juillet 1975, une entité dotée de sa propre personnalité juridique et dont l’adhésion est obligatoire pour exercer.
La carrière de sage-femme aux Amériques partage des similarités avec l’expérience péruvienne, notamment l’influence des modèles européens et l’organisation des maternités. De nombreux pays d’Amérique latine ont institutionnalisé la formation des sages-femmes au cours du XIXe et au début du XXe siècle, avec la création d’écoles au Chili, en Argentine, en Équateur, en Uruguay, au Paraguay et au Brésil, entre autres.
Alors que la profession s’approche de son bicentenaire, l’École professionnelle de sages-femmes de San Marcos s’engage à garantir l’accès à des sages-femmes qualifiées pour toutes les femmes, y compris les populations autochtones, en promouvant une approche interculturelle. Les priorités incluent la formation continue, la recherche, l’adoption de pratiques axées sur les droits et l’égalité, l’utilisation des technologies comme la télémédecine, le renforcement des liens intersectoriels et la promotion de politiques publiques en faveur de la santé des femmes.
Près de deux siècles après la fondation de l’École professionnelle de sages-femmes de San Marcos le 10 octobre 1826, cet établissement continue d’être un centre de formation de référence, formant des leaders reconnus dans la profession. Il demeure un pilier éthique et un acteur de changement. Les sages-femmes péruviennes se tournent vers le passé pour reconnaître le chemin parcouru et les sacrifices consentis, abordent le présent avec un engagement d’amélioration constante, et regardent l’avenir avec espoir, perpétuant la mission initiée par Madame Fessel il y a près de deux siècles.