Publié le 2024-05-16 10:00:00. La gestion de l’anémie chez les patients complexes a été au cœur d’un débat lors de la XIIe Réunion sur les patients chroniques complexes. Plusieurs spécialistes ont présenté les approches thérapeutiques adaptées aux cas d’hémorragies digestives, de syndromes myélodysplasiques et d’angiodysplasies.
- L’anémie, caractérisée par une diminution des globules rouges, est une condition particulièrement critique chez les patients pluripatologiques.
- La prise en charge varie selon le type de patient, incluant les personnes sous anticoagulants, celles atteintes de syndromes myélodysplasiques, et celles présentant des angiodysplasies.
- Une approche personnalisée est essentielle, considérant les risques individuels, les comorbidités et les préférences du patient.
Lors de la XIIe Réunion sur les patients chroniques complexes, organisée par la Société espagnole de médecine interne (SEMI) et soutenue par Boehringer Ingelheim, plusieurs aspects cruciaux de la gestion de l’anémie chez les patients pluripatologiques ont été abordés. L’anémie, une baisse du nombre de globules rouges essentiels au transport de l’oxygène, représente un défi majeur pour ces patients dont l’état de santé est souvent fragilisé par de multiples pathologies.
La table ronde dédiée à la « Gestion de l’anémie chez le patient pluripatologique ou chronique complexe » a permis d’examiner en détail trois profils de patients distincts. Irene Casado, médecin interniste à l’hôpital universitaire Infanta Cristina, a présenté les stratégies pour les patients sous anticoagulants, en particulier ceux présentant des hémorragies digestives aiguës et chroniques. Elle a souligné l’importance d’une évaluation individuelle des risques hémorragiques, arguant que tous les anticoagulants ne présentent pas le même niveau de danger.
« Les guides de pratique clinique préconisent de lutter contre les facteurs de risque de manière individuelle chez ce type de patients. Tous les anticoagulants n’entraîneront pas le même risque d’hémorragie gastro-intestinale. »
Irene Casado, médecin interniste
Dans le cas des anticoagulants directs, Irene Casado a relevé qu’ils pourraient offrir un meilleur profil de sécurité pour les patients ayant déjà subi une hémorragie digestive. Concernant la gestion des saignements digestifs, elle a précisé que l’anticoagulation ne doit être interrompue qu’en cas d’hémorragies potentiellement mortelles, rappelant que la vitamine K est un antidote efficace dont l’usage est bien documenté.
L’endoscopie est un outil diagnostique primordial dans ces situations et son recours ne doit pas être différé. « Chez les patients instables, elle doit être immédiate, tandis que chez les patients stables, elle pourrait être réalisée dans les 24 heures », a-t-elle précisé.
Une fois l’anticoagulation initiée, sa reprise peut être envisagée lorsque le risque hémorragique est faible. Une évaluation complète incluant l’hémostase, le risque de saignement, l’indication du traitement, la fonction rénale et la réévaluation de la situation de base est nécessaire. Irene Casado a également évoqué le risque associé aux procédures endoscopiques chez les patients souffrant d’hémorragies digestives chroniques, illustrant son propos par le cas d’un patient nécessitant des transfusions répétées.
« Il faut analyser la raison de l’anticoagulation, réviser les autres médicaments ou mécanismes prédisposants qui favorisent les saignements, et se demander si la cause de l’hémorragie peut être traitée ou quelles seraient les récidives. Bien sûr, il faut prendre en compte les préférences du patient pour réaliser une évaluation globale correcte, telle que le Profund-IC. »
Irene Casado, médecin interniste
Gloria Alonso, médecin interniste à l’hôpital universitaire de Salamanque, a ensuite abordé le diagnostic et la prise en charge du syndrome myélodysplasique (SMD). Il s’agit d’un groupe de troubles sanguins caractérisés par des cellules anormales, peu fréquentes dans la population générale mais plus communes chez les personnes âgées. La prévalence est estimée entre 4 et 5 cas pour 100 000 personnes, avec un âge médian de 70 ans. 25% des patients atteints ont plus de 80 ans.
« 25 % des patients ont plus de 80 ans et sont confrontés à l’anémie et à la comorbidité. »
Gloria Alonso, médecin interniste
Les complications possibles des SMD incluent les infections, le syndrome anémique, les hémorragies ou la leucémie myéloïde aiguë. Un diagnostic précis repose sur une anamnèse approfondie, un examen physique et des tests ciblés pour établir un diagnostic différentiel. L’évaluation des comorbidités du patient est primordiale, car le SMD n’a pas de remède définitif, sauf dans de rares cas de greffe de moelle osseuse. Le traitement varie selon l’état du patient et la présence ou non de comorbidités.
Enfin, José Luis Peña Somovilla, interniste à l’hôpital San Pedro de la Rioja, a présenté l’approche de l’anémie due aux angiodysplasies, la malformation vasculaire digestive la plus fréquente. Un diagnostic endoscopique est nécessaire, complété si besoin par des angiographies. Cette pathologie est principalement observée dans le côlon droit.
« Le traitement initial doit être endoscopique. Le second est la thérapie avec des sels de fer. »
José Luis Peña Somovilla, médecin interniste
Il a souligné que les sels de fer devraient être le traitement de première intention pour l’anémie ferriprive due à une hémorragie digestive. Par ailleurs, il a rappelé que 60% des patients, en dehors des saignements, souffrent d’insuffisance cardiaque. Il est crucial d’éviter toute inertie thérapeutique chez ces patients.