Le président Dina Boluarte a franchi le seuil de la neutralité électorale en appelant directement les citoyens à ne pas soutenir certains candidats lors des prochaines élections générales de 2026. Cette déclaration, considérée comme une violation de son devoir constitutionnel, place la cheffe de l’État au cœur de la bataille politique plutôt que dans un rôle de garante impartiale.
- Le président Boluarte a appelé les électeurs à la prudence face aux candidats qu’elle a qualifiés de « déniistes » et de « loup déguisés en agneaux ».
- Cette prise de position intervient alors que plusieurs ministres envisagent de quitter le gouvernement pour se présenter aux élections de 2026.
- Des experts, dont l’ancien directeur de l’ONPE, dénoncent une violation de la loi et appellent à des sanctions.
Lors d’une intervention officielle, Dina Boluarte a exhorté les Péruviens à faire preuve de discernement lors des élections générales de 2026. Elle a mis en garde contre les « voix dénioristes » qui, selon elle, « se déguisent en agneaux » pour tromper la population par de fausses promesses. La présidente a également insisté sur la nécessité d’un vote « conscient », sans se laisser influencer par des discours prônant des solutions immédiates. Ces déclarations, bien que formulées avec des mises en garde, marquent une prise de position claire contre une partie de l’opposition, dans un processus électoral déjà entamé.
Cette ingérence présidentielle n’est pas un fait isolé. En septembre dernier, l’exécutif avait déjà critiqué la décision du procureur de la Nation de demander l’exclusion du parti Fuerza Popular, une prise de position interprétée comme un soutien au fujimorisme. Cette intervention du président du Conseil des ministres (PCM) avait été vivement critiquée comme une approbation gouvernementale sans précédent envers un parti politique, rompant ainsi avec le principe d’impartialité.
La situation actuelle est d’autant plus sensible que plusieurs ministres du gouvernement Boluarte envisagent de quitter leurs fonctions pour se présenter aux élections populaires de 2026. Si l’exécutif assure vouloir garantir des conditions équitables pour tous les concurrents, il se retrouve de fait à jouer un rôle accru dans la campagne électorale. Cette dynamique risque de discréditer le processus électoral et d’éroder la confiance démocratique.
Fernando Tuesta, ancien chef de l’ONPE : « La présidente viole la loi et doit être sanctionnée »
Fernando Tuesta, ancien directeur de l’Office national des processus électoraux (ONPE), a fermement dénoncé les déclarations de Dina Boluarte, les qualifiant d’infraction directe à la loi sur la neutralité électorale. « La présidente doit s’abstenir de faire des déclarations sur le processus électoral, en particulier lorsqu’elle se prononce sur qui devrait voter ou non. Elle viole la loi et le Jury électoral spécial de Lima doit sanctionner le cas échéant », a-t-il déclaré.
M. Tuesta rappelle également la précédente violation de neutralité constatée lors de la déclaration du PCM en défense de Fuerza Popular. Selon lui, « il n’y a eu aucun précédent au cours de ce siècle où des présidents soient intervenus de manière aussi ouverte dans des processus électoraux ». Il estime que Dina Boluarte « se discrédite en tant que présidente et aggrave la situation, alors que plusieurs ministres s’apprêtent à devenir candidats l’année prochaine ».
« Il y a déjà eu une violation de la neutralité lorsqu’une déclaration du PCM a été publiée en faveur de Fuerza Popular », a-t-il rappelé, ajoutant que « des présidents n’avaient jamais autant interféré dans les processus électoraux ». Il considère que « le comportement de la présidente est préjudiciable », surtout dans le contexte où plusieurs de ses ministres ont l’intention de se présenter aux élections de 2026.
Dina Boluarte et son historique d’interférences électorales
Ces dernières déclarations ne sont pas isolées. En septembre, lors d’un événement officiel, Dina Boluarte avait déjà appelé à un « vote conscient » pour les élections de 2026, conseillant à la population de ne pas se laisser tromper par des promesses faciles. Bien qu’elle n’ait pas nommé de partis spécifiques, son message avait été interprété comme une prise de distance avec l’opposition et une tentative d’influencer l’échiquier électoral depuis le palais présidentiel.
L’exécutif avait également publié un communiqué en défense du parti politique Fuerza Popular, après que le bureau du procureur eut demandé son exclusion des élections. Ce soutien avait été perçu comme un signe politique d’affinité avec le fujimorisme, dans un contexte de campagne électorale déjà en cours.
Ces faits dessinent une trajectoire claire : la présidente ne se limite plus à sa fonction institutionnelle et diffuse des messages qui favorisent ou attaquent certaines formations politiques. Ce faisant, elle affaiblit la confiance dans l’impartialité du gouvernement et compromet le bon déroulement de la compétition démocratique en vue de 2026.