Publié le 2025-11-01 11:41:00. L’Institut international d’études stratégiques (IISS) a tenu à Bahreïn la 21e édition de son dialogue de Manama, un forum essentiel pour aborder les défis de sécurité régionale et mondiale. Des représentants de nombreux pays y ont échangé sur la complexité des crises actuelles, de Gaza au Soudan, en passant par l’Ukraine, soulignant l’urgence d’une coopération internationale renforcée.
- Le dialogue de Manama réunit des acteurs internationaux pour discuter des solutions aux problèmes régionaux ayant un impact global.
- La situation à Gaza, la crise humanitaire au Soudan et la guerre en Ukraine ont été au cœur des préoccupements, mettant en lumière l’interconnexion des enjeux de sécurité.
- Le Royaume-Uni réaffirme son engagement à contribuer à la paix durable, en particulier à Gaza et au Soudan, par le biais d’aides et de propositions concrètes.
C’est avec un grand plaisir que je me retrouve aujourd’hui à Bahreïn, aux côtés d’amis et de collègues, pour participer à ce dialogue crucial. Je tiens tout d’abord à exprimer ma profonde gratitude à Sa Majesté le Roi Hamad bin Isa Al Khalifa, à Son Altesse Royale le Prince Salman bin Hamad Al Khalifa, Prince héritier et Premier Ministre, ainsi qu’à l’Institut international d’études stratégiques (IISS), pour avoir rendu possible ce rassemblement à l’occasion du 21e dialogue de Manama.
Ce forum est une opportunité inestimable pour échanger sur les solutions aux défis régionaux qui résonnent à travers le monde entier. Des efforts visant à contenir le programme nucléaire iranien dans le contexte du conflit syrien, à la guerre à Gaza, en passant par la lutte contre le terrorisme et la cybersécurité, les enjeux sont d’une importance capitale. La sécurité, dans toutes ses dimensions, n’a jamais été aussi interconnectée. Les attaques contre le commerce maritime en mer Rouge ont des répercussions mondiales, l’invasion de l’Ukraine par la Russie affecte la sécurité et les économies de l’Europe et du Moyen-Orient, et la crise au Soudan menace de déstabiliser toute une région et au-delà.
La séance de ce matin, axée sur la gouvernance de la sécurité mondiale, intervient à un moment où les conflits régionaux ont une influence directe sur la sécurité globale. Les cadres multilatéraux sont certes remis en question, mais la coopération internationale demeure la clé pour bâtir la sécurité et la paix que nous appelons de nos vœux. Il est donc essentiel de réfléchir aux défis régionaux les plus pressants qui pèsent sur notre sécurité collective. Ces défis exigent à la fois un leadership individuel fort et une approche partenariale, mutuellement renforcée, par le biais de cadres multilatéraux modernisés et agiles.
Alors que nous nous réunissons aujourd’hui, un cessez-le-feu est en vigueur à Gaza depuis près d’un mois. Cette trêve fragile intervient après deux années de souffrances inimaginables, qui ont provoqué des ondes de choc déstabilisatrices à l’échelle planétaire. Elle a permis la libération de nombreux otages, le début d’une augmentation de l’aide d’urgence, et représente un succès que beaucoup, y compris peut-être certains d’entre nous ici présents, pensaient ne jamais voir aboutir.
La conclusion de cet accord de cessez-le-feu est un hommage significatif au leadership des États-Unis et du président Trump, qui ont œuvré de concert avec le Qatar, l’Égypte et la Turquie dans les négociations. Ce succès a également bénéficié du soutien de nombreux autres pays, dont la Jordanie, l’Arabie Saoudite, la Ligue arabe, et de multiples partenaires en Europe et dans le monde. Ce processus s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large, qui a vu cet été le travail sur la Déclaration de New York rejetant le Hamas, la reconnaissance historique de l’État de Palestine par le Royaume-Uni, la France, l’Australie, le Canada, le Portugal et d’autres nations, ainsi que des propositions ambitieuses pour un plan de paix global, allant au-delà d’un simple cessez-le-feu. Ces efforts ont culminé avec le plan décisif en 20 points proposé par le président Trump et les États-Unis.
Cependant, la situation demeure extrêmement précaire. Nous avons assisté à de nouvelles attaques, l’aide humanitaire peine encore à devenir un flot continu, et les familles d’otages attendent des nouvelles de leurs proches. Toutes les parties doivent honorer leurs engagements. Nous devons agir pour garantir que l’élan et les progrès se maintiennent afin d’atteindre une paix durable, et non une simple trêve. Gaza ne peut rester indéfiniment dans une zone grise entre la paix et la guerre ; des avancées concrètes sont urgentes. Le Royaume-Uni est déterminé à jouer un rôle actif dans cette démarche.
Je partage l’avis de Johann quant à l’importance capitale d’augmenter le volume de l’aide. L’aide humanitaire ne doit pas être soumise à des conditions. Nous ne pouvons tolérer que des enfants soient toujours confrontés à la famine, ni que des familles manquent désespérément de soutien médical et de soins de santé. Des progrès sont nécessaires concernant les propositions de gouvernance pour une Gaza libérée du Hamas, et rendue possible par une Autorité palestinienne réformée. De nouvelles dispositions en matière de sécurité, via une force de stabilisation et une police palestinienne, seront également indispensables. Le Royaume-Uni apportera son soutien en s’appuyant sur son expertise en coordination civilo-militaire, en matière de désarmement, et en planifiant la reconstruction à long terme, tout en contribuant à débloquer des financements privés. Ces efforts devraient être soutenus par une série de résolutions de l’ONU plutôt que par une seule. Nous savons qu’il n’existe qu’une seule voie vers une paix juste et durable : la solution à deux États, où Israël et la Palestine vivraient en paix, côte à côte.
Les défis à venir seront sans doute plus ardus que ceux déjà surmontés. Il serait tentant, à ce stade, pour certains individus ou nations, de se retirer face à la complexité des enjeux. Cependant, nous ne pouvons pas compromettre les progrès réalisés jusqu’à présent. Il est plus crucial que jamais de renforcer notre coopération internationale et de mobiliser tous les acteurs. À Gaza, une perspective d’espoir, bien que fragile, se dessine. Au Soudan, le désespoir prévaut actuellement. De la même manière que la combinaison du leadership et de la coopération internationale a permis des avancées à Gaza, elle fait actuellement défaut pour répondre à la crise humanitaire et au conflit dévastateur au Soudan.
Les rapports en provenance du Darfour ces derniers jours font état d’atrocités horribles : exécutions massives, famine, et l’utilisation dévastatrice du viol comme arme de guerre, touchant particulièrement les femmes et les enfants. Il s’agit de la plus grande crise humanitaire du 21e siècle. Pendant trop longtemps, ce conflit effroyable a été négligé, tandis que les souffrances n’ont cessé de s’aggraver. Nous avons vu des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU exiger un accès humanitaire, mais celles-ci ont été opposées par un veto russe il y a plus d’un an. Il y a six mois, la conférence de Londres n’a pas permis d’atteindre l’objectif d’une approche commune pour mettre fin à cette guerre.
Aujourd’hui, je suis en mesure d’annoncer, au nom du gouvernement britannique, une aide humanitaire supplémentaire de 5 millions de livres sterling (environ 5,8 millions d’euros) en réponse aux violences à El Fasher. Cette somme s’ajoute aux 120 millions de livres sterling (environ 139 millions d’euros) que le Royaume-Uni fournit déjà cette année pour l’ensemble du Soudan. Cependant, aucune aide ne peut résoudre une crise de cette ampleur tant que les armes ne se tairont pas. Le monde doit donc agir davantage. Cela implique de lancer une nouvelle initiative internationale pour mettre fin à la guerre au Soudan, à l’instar de l’initiative de paix du président Trump à Gaza. Il nous faut un cessez-le-feu capable de stopper le bain de sang, avec le soutien non seulement du Soudan, mais du monde entier, par le biais du Quad, de l’ONU et de tous les forums pertinents.
Que ce soit au Soudan, à Gaza ou en Ukraine, où l’offensive continue de la Russie menace la sécurité européenne, personne ne souhaite une paix juste plus ardemment que l’Ukraine elle-même. Nous continuerons à imposer des sanctions économiques jusqu’à ce que Poutine renonce à sa guerre ratée et se résolve à négocier la paix. Dans chacun de ces contextes, la coopération internationale a été et demeure fondamentale. Parfois, elle a pris une nouvelle vigueur grâce à la Coalition des volontaires, ou à travers les partenariats établis pour la conclusion de l’accord de cessez-le-feu à Gaza. Dans chaque cas, le leadership dépend de partenariats solides. C’est pourquoi nous devons constamment moderniser notre architecture mondiale pour garantir sa capacité à agir lorsqu’elle est nécessaire, afin d’assurer la sécurité et la paix dont nous avons tous besoin.