Publié le 2025-10-26 05:01:00. Dans un monde où les sollicitations numériques sont omniprésentes, la capacité de concentration semble s’effriter, suscitant des inquiétudes quant à son lien avec le vieillissement. Des experts en neurologie éclairent la question, distinguant les changements naturels liés à l’âge des pathologies plus graves, et proposent des pistes pour renforcer notre attention.
- Les distractions constantes et l’excès de stimuli numériques fragmentent notre attention et affectent notre mémoire.
- Une diminution normale de la concentration avec l’âge est observée, principalement due à une réduction de l’attention sélective, mais cela ne signifie pas une perte de mémoire.
- Le multitâche, bien qu’il donne un sentiment d’efficacité, réduit la profondeur du traitement de l’information et augmente la fatigue cognitive.
Dans notre quotidien saturé de notifications et de plateformes numériques, maintenir une concentration soutenue est devenu un véritable défi. Les messages WhatsApp, les réseaux sociaux et les e-mails rivalisent pour capter notre attention, fragmentant notre esprit et impactant potentiellement notre mémoire. Selon le psychologue William James, l’attention est définie comme « la prise de possession par l’esprit, d’une manière claire et vivante, d’un parmi plusieurs objets ou chaînes de pensées simultanément possibles ». La concentration, quant à elle, est la capacité de focaliser ses ressources cognitives sur une tâche spécifique, en écartant les distractions.
Face à une potentielle baisse de ces facultés, la question se pose : s’agit-il d’un signe de vieillissement ? Le Dr Ricardo Allegri, neurologue spécialisé, explique que le vieillissement normal s’accompagne d’une diminution de l’attention sélective, rendant plus difficile la recherche spontanée d’informations. Cependant, il souligne une différence cruciale : « Dans le vieillissement normal, ce mécanisme de récupération peut ralentir, mais les informations sont bien enregistrées. C’est pourquoi on oublie un mot et il réapparaît plus tard. Ceci est différent de l’oubli dans la maladie d’Alzheimer, où les informations récentes ne sont pas correctement stockées. »
L’attention, fonction cognitive essentielle à notre vigilance, se divise en deux types : sélective et soutenue. La première permet de se concentrer sur des informations pertinentes, tandis que la seconde est la capacité à maintenir cette concentration sur la durée. « Avec le vieillissement, des changements normaux surviennent dans l’efficacité de certains réseaux cérébraux, notamment frontaux et pariétaux, qui interviennent dans l’attention soutenue et le contrôle exécutif », précise le Dr Guido Dorman, neurologue. Cela peut se traduire par une lenteur accrue à rester concentré ou à passer d’une tâche à l’autre.
Le Dr Dorman insiste sur l’importance de distinguer le vieillissement sain des troubles cognitifs. « Un peu plus de distraction ou un besoin de temps accru pour se concentrer font partie du vieillissement en bonne santé ; en revanche, lorsque la perte d’attention interfère avec les activités quotidiennes ou s’accompagne d’oublis fréquents, cela peut être le signe précoce d’un trouble neurocognitif et doit être évalué », prévient-il.
Les problèmes d’attention ne touchent cependant pas uniquement les seniors. Les nouvelles générations semblent également en souffrir, en partie à cause d’une habitude à l’attention partagée. « Les nouvelles générations jouent davantage avec une attention partagée, c’est-à-dire la capacité de s’occuper ou de se concentrer sur plusieurs tâches en même temps », explique le Dr Allegri. Il précise que si l’une des tâches retient plus notre attention, les autres deviennent plus automatiques, ce qui est à la base du multitâche. « Notre cerveau n’est pas conçu pour gérer simultanément plusieurs flux d’informations ; ce que nous faisons, c’est changer rapidement d’une tâche à l’autre, en perdant de la précision et en affectant la mémoire de ce que nous faisons », ajoute-t-il.
L’environnement actuel d’hyperstimulation numérique amène les jeunes esprits à développer une attention plus fragmentée et plus sensible à la nouveauté, moins tolérante à l’ennui. Le multitâche, bien que donnant une impression d’efficacité, « réduit la profondeur du traitement et augmente la fatigue cognitive », selon le Dr Dorman. Les cerveaux s’adaptent à un flux constant de stimuli qui privilégie l’immédiateté plutôt que la concentration durable.
Lorsque des doutes surviennent, une consultation médicale est conseillée, surtout si les changements observés sont significatifs par rapport à la moyenne d’âge et de niveau d’éducation. « Si c’est le cas, nous devons consulter notre médecin », recommande le Dr Allegri.
Pour maintenir une santé cognitive optimale et se protéger contre les maladies neurodégénératives, la stimulation de l’attention est cruciale. « En exerçant régulièrement notre capacité d’attention, nous renforçons les réseaux de neurones responsables du traitement de l’information et de la prise de décision, ce qui peut aider à préserver la fonction cognitive en vieillissant », indique le neuropsychologue Martin Grané. Une attention aiguisée et ciblée permet d’être dans l’instant présent, d’améliorer l’efficacité, de réduire les risques d’erreurs et de mieux gérer le stress.
Comme toute fonction cognitive, l’attention peut être améliorée grâce à des exercices d’entraînement. Bien qu’il n’existe pas de solution miracle, certaines habitudes et un entraînement structuré peuvent avoir un impact positif. Les experts recommandent de garder le cerveau activement stimulé et socialement connecté : apprendre une nouvelle langue, jouer d’un instrument, participer à des activités de groupe ou pratiquer régulièrement une activité physique aérobie. Ces stimulations activent divers réseaux neuronaux et favorisent la réserve cognitive.
Voici quelques pistes pour renforcer son attention :
- Dormir suffisamment : Le sommeil, entre 7 et 8 heures par nuit, est un modulateur clé de l’attention et de la mémoire.
- Réduire les distractions : Désactiver les notifications et établir des plages horaires dédiées à la consultation des e-mails et des réseaux sociaux peut améliorer significativement la concentration.
- Pratiquer la méditation ou la pleine conscience : Ces pratiques améliorent l’autorégulation et la capacité à maintenir la concentration.
- Faire de l’exercice physique régulièrement : L’activité physique favorise l’oxygénation et la connectivité des réseaux attentionnels.
- Contrôler l’usage du téléphone portable : La désactivation des notifications est primordiale.
- Établir des routines cognitives : Organiser son environnement et hiérarchiser ses tâches sur de courtes périodes favorise une concentration soutenue.
- Prendre des « pauses actives » : Des pauses d’environ 30 minutes, impliquant une activité physique ou mentale autre que l’usage passif du téléphone, comme la technique Pomodoro (25 minutes de travail, 5 minutes de pause), aident à renouveler l’attention.
- Maintenir un espace de travail rangé : Un environnement ordonné limite les distractions et facilite la concentration.
- Lire pendant une période prolongée : Se concentrer sur un livre ou un article pendant 20 à 30 minutes, en cherchant à comprendre et retenir l’information, renforce l’attention soutenue.
- Jouer à des jeux de réflexion : Des activités comme le sudoku, les échecs ou les mots croisés stimulent la concentration et la mémoire.