Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une équipe de chercheurs a mis en évidence le potentiel de la diméthyltryptamine (DMT), une substance psychédélique contenue dans l’ayahuasca, pour soulager rapidement les symptômes de la dépression sévère chez l’adulte, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques dans le traitement de ce trouble mental.
- L’administration intraveineuse de DMT, associée à un accompagnement psychothérapeutique, a permis une amélioration significative des symptômes dépressifs chez les participants à un essai clinique.
- L’intensité de l’expérience vécue, notamment les sensations de type « mystique », semble corrélée à une réduction plus importante de la dépression.
- Ce traitement présente un profil de sécurité acceptable, avec des effets secondaires légers, et pourrait être plus rapide et efficace que les approches conventionnelles.
Des scientifiques ont publié les résultats d’un essai clinique prometteur concernant l’utilisation de la diméthyltryptamine (DMT) dans le traitement de la dépression sévère. Cette molécule psychédélique, naturellement présente dans l’ayahuasca, a démontré une capacité à atténuer les symptômes dépressifs chez des adultes souffrant de cette pathologie, et ce, dans un délai relativement court.
L’étude, menée sur 34 adultes diagnostiqués avec une dépression modérée à sévère, a consisté à administrer à la moitié des participants du DMT par voie intraveineuse, tandis que l’autre moitié a reçu un placebo. Les résultats, publiés dans la revue Nature Medicine, indiquent que le traitement par DMT, combiné à une psychothérapie, surpasse significativement le placebo en termes d’efficacité et de rapidité d’action.
Plus précisément, une perfusion de 21,5 milligrammes de DMT, administrée sur une période de 10 minutes sous la supervision d’un professionnel de santé, a entraîné une réduction moyenne de 11 à 13 points sur l’échelle MADRS (Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale), un outil standardisé pour mesurer la gravité de la dépression (l’échelle allant de 0 à 60). En comparaison, le groupe ayant reçu le placebo a connu une diminution de seulement 2 à 4 points de son score.
Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés ont été des douleurs au site d’injection, des nausées et une anxiété passagère. Ces effets secondaires sont considérés comme légers et gérables.
La « molécule de Dieu » et son mécanisme d’action
Le DMT est un psychédélique à action rapide. Il agit en activant les récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A dans le cerveau, en particulier dans les régions impliquées dans la perception et la conscience de soi. Cette activation modifie temporairement la manière dont le cerveau traite les informations sensorielles et émotionnelles, ce qui explique les expériences visuelles et auditives intenses souvent associées à l’utilisation de l’ayahuasca ou du DMT.
La variante la plus puissante du DMT, la 5-MeO-DMT, est parfois surnommée « la molécule de Dieu » en raison de sa capacité à induire des expériences mystiques et profondes.
Dans le cadre de la recherche clinique, le DMT est étudié pour son potentiel antidépresseur rapide, qui serait lié à la modulation de la sérotonine. Bien que des études préliminaires et quelques essais cliniques chez l’homme aient été menés, les preuves actuelles restent limitées et des recherches plus approfondies sont nécessaires pour confirmer son innocuité et son efficacité thérapeutique.
Des perspectives encourageantes, mais nécessitant des études complémentaires
L’utilisation du DMT comme traitement psychologique en est encore à un stade précoce de développement. Les spécialistes soulignent que l’échantillon de l’étude est relativement petit et peu représentatif de la diversité de la population. Les composés présents dans l’ayahuasca restent des substances expérimentales qui nécessitent des investigations plus poussées.
« L’étude s’inscrit dans la lignée des preuves croissantes concernant les psychédéliques classiques tels que la psilocybine ou le LSD, qui ont démontré des effets antidépresseurs rapides et significatifs dans les cas de dépression résistante. L’originalité réside dans le profil temporel extrêmement court du DMT, avec des effets intenses mais de courte durée, ce qui ouvre la voie à des interventions thérapeutiques plus efficaces en termes de temps et de ressources. »
Elisabet Domínguez, docteure en pharmacologie et présidente de la Société espagnole de médecine psychédélique, Centre des Médias Scientifiques Espagne
« Cela pourrait transformer la faisabilité clinique de la thérapie psychédélique, car une séance de psilocybine peut durer entre six et huit heures, tandis que le DMT intraveineux induit un état altéré de conscience pendant quelques minutes seulement. Toutefois, il reste à déterminer si une expérience aussi brève peut générer des changements psychologiques aussi durables que ceux observés avec d’autres psychédéliques », ajoute Elisabet Domínguez.
La prochaine étape consistera à mener des essais de phase III, à grande échelle, afin de confirmer ces résultats. Si ces essais sont concluants, une réglementation concernant l’utilisation du DMT en accompagnement thérapeutique pourrait être envisagée. « Les résultats sont encourageants et justifient un optimisme prudent », conclut l’experte en psychédéliques.