Publié le 21 février 2026 à 23h15. L’ancien président philippin Rodrigo Duterte a subi deux revers juridiques devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, à quelques jours de l’audience cruciale de confirmation des charges pour crimes contre l’humanité. Ces décisions concernent l’accès aux preuves et la représentation des victimes.
- La Chambre préliminaire I de la CPI a rejeté les demandes de la défense de Duterte visant à obtenir des informations supplémentaires sur les témoins à charge et à limiter la divulgation de documents clés.
- La CPI a également refusé de disqualifier les avocats représentant les victimes de la guerre contre la drogue de Duterte, estimant qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêts justifié.
- L’audience de confirmation des charges, qui débutera le 23 février, déterminera si les preuves sont suffisantes pour engager un procès.
La défense de Rodrigo Duterte a essuyé ces revers alors que se rapproche l’audience de confirmation des charges devant la CPI, prévue du 23 au 27 février à La Haye. L’ancien président philippin est accusé de crimes contre l’humanité en lien avec les milliers de morts survenus lors de sa campagne antidrogue, menée lorsqu’il était maire de Davao City puis président des Philippines.
La Chambre préliminaire I, composée de la juge présidente Iulia Antoanella Motoc et des juges Reine Alapini-Gansou et Maria del Socorro Flores Liera, a statué à l’unanimité sur ces deux points. Elle a estimé que les expurgations déjà appliquées aux documents et aux témoignages – visant à protéger l’identité des victimes et des témoins – constituaient un équilibre approprié entre la publicité des débats et la nécessité d’assurer la sécurité des personnes impliquées. Les juges ont précisé que le droit à un procès public n’implique pas un accès illimité à tous les détails d’une affaire, surtout si cela pouvait compromettre l’intégrité de la procédure ou mettre en danger des individus.
Les procureurs de la CPI avaient argumenté en faveur du maintien de ces expurgations, soulignant la sensibilité des informations relatives à la sécurité des victimes et des témoins. Les représentants légaux communs des victimes ont également soutenu cette position, tout en plaidant pour un accès public aussi large que possible afin de permettre aux victimes de suivre l’évolution de la procédure.
Parallèlement, la CPI a rejeté la demande de la défense d’obtenir des informations sur le lieu et la disponibilité des témoins à charge, estimant qu’il n’y avait aucune base légale pour justifier une telle requête. En revanche, les juges ont accédé aux demandes de la défense et du Bureau du Procureur d’élargir leurs listes de preuves respectives. La Chambre préliminaire I a approuvé l’ajout de 108 éléments à la liste de la défense et de 14 éléments à celle de l’accusation, considérant que ces ajouts étaient limités, pertinents et n’avaient pas fait l’objet d’objections.
L’équipe juridique de Duterte, dirigée par l’avocat Nicholas Kaufman, a salué l’admission de ces nouveaux éléments de preuve, affirmant qu’ils étaient essentiels pour étayer sa défense.
« Ces documents sont d’une pertinence capitale dans le cadre de l’affaire de crimes contre l’humanité contre l’ancien président. »
Nicholas Kaufman, avocat de Rodrigo Duterte
Kaufman a précisé que six de ces éléments avaient déjà été divulgués en février 2025 et qu’ils étaient devenus indispensables depuis. Il a également souligné le volume modeste de ces ajouts, la plupart étant des preuves à charge ou des transcriptions de documents audio-vidéo déjà fournis par l’accusation.
Rodrigo Duterte, âgé de 80 ans, ne sera pas présent à l’audience, en personne ou par visioconférence. Il a renoncé à son droit d’y assister, invoquant son rejet de la compétence de la CPI et son état de santé. L’ancien président est détenu au centre de détention de la CPI à La Haye depuis mars 2025 et fait face à trois chefs d’accusation de crimes contre l’humanité liés aux décès survenus pendant la guerre contre la drogue entre 2011 et 2019.
La CPI enquête sur des exécutions extrajudiciaires présumées qui auraient eu lieu à partir de novembre 2011, lorsque Duterte était maire de Davao City, jusqu’en mars 2019, date du retrait officiel des Philippines du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour. Les statistiques officielles philippines font état d’au moins 6 000 morts lors d’opérations de police liées à la campagne antidrogue, baptisée « Oplan Tokhang ». Cependant, les organisations de défense des droits de l’homme estiment que le nombre réel de victimes pourrait atteindre 30 000, incluant les assassinats commis par des justiciers.
Enfin, la Coalition travailliste de Nagkaisa a salué ces développements, soulignant que la responsabilité en matière de crimes contre l’humanité est une obligation juridique et morale partagée par toutes les nations.
« Les crimes contre l’humanité violent les normes les plus élevées du droit international et créent des obligations envers toute l’humanité. »
Sonny Matula, président de Nagkaisa