Publié le 2024-07-21. Huit ministres de l’Éducation nationale en huit ans, un rythme effréné qui interroge sur la stabilité de la politique éducative française. Alors que le ministère de l’Éducation nationale bat des records de rotation, un rapport de 2018 sur l’enseignement des mathématiques, pourtant bien accueilli, peine à voir ses recommandations concrétisées.
- La France a connu huit ministres de l’Éducation nationale en huit ans, un renouvellement inédit sous la Ve République.
- Un rapport de 2018 sur l’enseignement des mathématiques, salué par la communauté éducative, n’a pas engendré les changements attendus.
- Les enseignants expriment leur incompréhension face à cette instabilité ministérielle, qui nuit à la planification à long terme de l’éducation.
Le paysage politique français semble marquer le pas en matière de continuité éducative. En seulement huit ans, pas moins de huit personnalités se sont succédé à la tête du ministère de l’Éducation nationale, un chiffre qui dépasse largement le rythme de renouvellement observé précédemment sous la Ve République. Cette valse des ministres, dont Jean-Michel Blanquer, Pap Ndiaye, Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castéra, Nicole Belloubet, Anne Genetet, Élisabeth Borne et Édouard Geffray, suscite des interrogations quant à la vision à long terme de l’éducation dans le pays.
L’auteur du texte se remémore la publication en 2018 d’un rapport sur l’enseignement mathématique, auquel il avait participé aux côtés de l’inspecteur général Charles Torossian. Ce travail s’inscrivait dans une tradition d’expertise française, rappelant les travaux antérieurs de figures illustres telles que Jean-Pierre Kahane, André Lichnerowicz ou Émile Borel, qui avaient déjà présidé des commissions sur ce sujet au cours du XXe siècle. Le rapport, intitulé « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques », avait suscité un enthousiasme généralisé. Accueilli favorablement par la communauté éducative et de recherche, ainsi que par le ministre de l’époque et les parlementaires, il semblait augurer une prise en compte sérieuse de ses propositions.
Les recommandations du rapport portaient sur des axes clairs : un soutien accru au corps enseignant par la formation et la revalorisation, l’ajustement des méthodes pédagogiques vers plus d’explicitation et de démonstration, ainsi que le développement d’activités périscolaires innovantes (clubs, laboratoires, utilisation de logiciels, programmation). Pourtant, l’optimisme initial s’est vite heurté à la lenteur de la mise en œuvre. Des rapports ultérieurs, notamment celui de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) et une étude sénatoriale, ont souligné un manque de moyens alloués. Parallèlement, une succession de réformes majeures (baccalauréat, baccalauréat professionnel, instruction en famille, rythmes scolaires) a contribué à noyer les initiatives dans un climat d’instabilité.
Ce cycle d’alternance ministérielle et de réformes incessantes engendre un sentiment de lassitude chez les enseignants. Pour ceux dont le métier exige une vision à long terme, voire pluriannuelle, l’absence de continuité à la tête de leur ministère est perçue comme un signe de « désinvolture suprême au sommet de l’État », aggravant un malaise déjà palpable. L’auteur rappelle qu’un système éducatif performant repose davantage sur la confiance et la valorisation des enseignants que sur la simple formulation des programmes. Il salue au passage les efforts persistants de ceux qui œuvrent à faire avancer le plan sur l’enseignement des mathématiques, malgré ce « grand chaos stérile ».