Publié le 10 février 2026 à 22h42. Contre toute attente, une sénatrice démocrate et un sénateur républicain s’unissent pour dénoncer la concentration excessive du secteur de la santé et proposer une loi visant à démanteler les géants de l’industrie, une initiative qui pourrait remodeler l’accès aux soins et les prix des médicaments.
- La sénatrice Elizabeth Warren et le sénateur Josh Hawley présentent un projet de loi pour briser ce qu’ils qualifient de « grande médecine », ciblant les conglomérats qui, selon eux, manipulent le système.
- Le texte vise à interdire aux entreprises de santé de posséder à la fois des prestataires de soins et des intermédiaires financiers, comme les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBM).
- Cette alliance improbable intervient à l’approche des élections de mi-mandat, où le coût des soins de santé est une préoccupation majeure pour les électeurs.
Washington – Dans un geste rare de convergence bipartisane, la sénatrice Elizabeth Warren du Massachusetts et le sénateur Josh Hawley du Missouri ont annoncé mardi une proposition législative audacieuse visant à lutter contre la concentration du pouvoir dans le secteur de la santé. Cette initiative, qui s’attaque aux géants de l’industrie, est présentée comme une réponse à la flambée des coûts des soins et à un manque de concurrence jugé préjudiciable aux consommateurs.
Le projet de loi vise spécifiquement les entreprises qui contrôlent plusieurs maillons de la chaîne d’approvisionnement des soins de santé, des cabinets médicaux aux pharmacies, en passant par les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBM) – ces intermédiaires qui négocient les prix des médicaments avec les fabricants et les assureurs. L’objectif est d’empêcher une même entreprise de détenir des intérêts contradictoires, c’est-à-dire d’être à la fois payeur et fournisseur de soins.
« Il ne fait aucun doute que les grandes entreprises de soins de santé ont créé des niveaux de complexité pour faire grimper le prix de tout, des médicaments sur ordonnance à la visite chez le médecin », a déclaré la sénatrice Warren dans un communiqué. « La seule façon de rendre les soins de santé plus abordables est de démanteler ces conglomérats. »
Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts
Le sénateur Hawley partage ce constat, soulignant que les Américains paient de plus en plus cher pour des soins de moins en moins performants. Il dénonce une logique où les profits priment sur les besoins des patients, et où les grandes entreprises absorbent les acteurs indépendants du secteur.
« Les Américains paient de plus en plus pour leurs soins de santé alors que la qualité des soins se dégrade de plus en plus », a affirmé le sénateur Hawley. « Les grandes sociétés pharmaceutiques et les compagnies d’assurance continuent d’engloutir tous les prestataires de soins de santé indépendants et toutes les pharmacies qu’elles peuvent trouver. Les travailleurs américains méritent mieux. »
Josh Hawley, sénateur du Missouri
Le projet de loi s’inspire de la loi Glass-Steagall des années 1930, qui avait séparé les banques commerciales et d’investissement après le krach boursier. Les partisans de cette nouvelle réglementation espèrent obtenir un effet similaire en limitant la puissance des conglomérats de la santé. Des entreprises comme UnitedHealthcare et CVS Health, qui possèdent à la fois des assureurs, des PBM et des pharmacies, seraient particulièrement concernées.
Selon les législateurs, la loi interdirait à une société mère de posséder simultanément un prestataire de soins ou une organisation de gestion de services et un PBM ou une compagnie d’assurance. Elle empêcherait également une société mère détenant un grossiste de médicaments ou de dispositifs médicaux de posséder un prestataire de soins ou une organisation de gestion de services. Des sanctions financières et des poursuites judiciaires seraient prévues en cas de non-conformité.
Cette initiative intervient alors que le secteur de la santé est déjà sous le feu des critiques, notamment en ce qui concerne le rôle des PBM. Ces intermédiaires, qui gèrent près de 80 % des réclamations pour médicaments sur ordonnance, selon la société d’études KFF (rapport de KFF), sont accusés de gonfler les prix des médicaments et de manquer de transparence.
Les deux sénateurs, connus pour leurs positions populistes au sein de leurs partis respectifs, ont déjà collaboré sur d’autres dossiers, comme la législation sur le droit à la réparation et le plafonnement des taux d’intérêt des cartes de crédit. Cette alliance inattendue témoigne d’une volonté croissante de s’attaquer aux problèmes économiques qui préoccupent les Américains, à l’approche des élections de mi-mandat.