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En Cisjordanie occupée, la guerre continue | Conflit israélo-palestinien

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Une semaine après l’annonce d’un cessez-le-feu à Gaza, la Cisjordanie occupée vit une réalité parallèle où la violence quotidienne ne faiblit pas. Si la trêve a suscité un espoir de fin du « génocide », pour les Palestiniens de Cisjordanie, elle ne signifie en rien un allègement de la pression et de la brutalité de l’occupation, qui s’est intensifiée depuis le 7 octobre 2023, rendant la vie quasi impossible.

La petite fille d’un ami, joyeuse à l’annonce du cessez-le-feu, rêvait d’aller cueillir des olives avec ses grands-parents. La réponse de son père fut déconcertante : « Ce sera difficile ». Comment expliquer à un enfant que la fin des combats à Gaza ne permet pas aux familles palestiniennes d’accéder à leurs terres ? L’armée israélienne érige des barrages, tandis que la peur des attaques de soldats et de colons paralyse les agriculteurs. La récolte des olives, tradition ancestrale, est devenue un parcours du combattant, voire impossible pour beaucoup.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis le 7 octobre 2023, on dénombre 7 154 attaques menées par des colons israéliens contre la population et les biens palestiniens, certaines ayant entraîné la mort. L’armée israélienne et des groupes de colons ont causé la mort de près de 1 000 Palestiniens, dont 212 enfants, et plus de 10 000 personnes ont été déplacées. Plus de 37 000 oliviers ont été détruits par des colons et des soldats durant cette période.

L’étouffement de l’occupation se ressent jusque dans la vie urbaine. Pour les habitants de Rawabi, ville située au nord de Ramallah, tout déplacement extérieur est une épreuve. Le trajet, qui devrait durer dix minutes, peut se transformer en une attente interminable devant les multiples points de contrôle : quatre portes en fer, une tour militaire et une barrière séparent Rawabi de Ramallah. Au total, 916 barrières, postes de contrôle et portes en fer entravent la circulation en Cisjordanie, dont 243 installées après le 7 octobre 2023. Leur ouverture et fermeture dépendent du bon vouloir de l’armée israélienne, perturbant gravement la vie quotidienne : visites familiales, accès aux soins d’urgence, scolarité et transport de marchandises sont constamment menacés.

L’accès à Jérusalem, et par conséquent à des lieux saints comme la mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre, est également restreint. Les permis spéciaux sont rares, et cela fait plus de vingt ans que la majorité des Palestiniens n’ont pas pu accéder à la ville. Une génération entière de jeunes n’a donc connu Jérusalem qu’à travers les récits de leurs aînés.

Même la nuit n’offre pas de répit. Les raids de l’armée israélienne dans les habitations palestiniennes sont fréquents. Les soldats peuvent pénétrer de force, terroriser les familles et arrêter des personnes sans inculpation. Les voisins sont également victimes de tirs de grenades lacrymogènes, semant la peur et la détresse.

Le droit fondamental à une vie normale – pouvoir pratiquer sa religion, passer du temps en famille, se déplacer librement, accéder à l’éducation et aux soins – est nié aux Palestiniens de Cisjordanie.

L’annexion, une menace persistante, prend une nouvelle dimension. Depuis 1967, Israël contrôle près de la moitié de la Cisjordanie, notamment par la construction de colonies et la confiscation de terres déclarées « terre d’État » ou « zone militaire ». Cette appropriation s’est accélérée depuis le 7 octobre 2023, avec la saisie d’au moins 4 978 hectares. Ces terres sont souvent utilisées pour étendre des colonies existantes ou créer de nouveaux avant-postes, stratégiquement placés pour encercler les villages palestiniens et fragmenter le territoire, rendant ainsi le projet d’un État palestinien viable de plus en plus improbable.

Le contrôle des ressources naturelles, et notamment de l’eau, est une autre facette de cette politique. Israël s’est accaparé la quasi-totalité des ressources hydriques, assurant un approvisionnement abondant pour les colonies. Pour les Palestiniens, la dépendance vis-à-vis de la compagnie israélienne « Mekorot » est source de pénurie. Les quotas d’eau sont très limités dans les zones palestiniennes, tandis que les colons bénéficient d’une allocation par habitant considérablement plus élevée. Chaque été, les Palestiniens sont contraints d’acheter de l’eau à prix d’or, tandis que leurs propres puits et citernes sont fréquemment détruits.

Depuis le 7 octobre 2023, les efforts d’annexion s’intensifient. La saisie de la Zone C, sous contrôle civil et sécuritaire israélien total selon les accords d’Oslo, semble imminente. Cela impliquerait la destruction de villages palestiniens et l’expulsion de leurs habitants vers la Zone A, qui ne représente que 18 % de la Cisjordanie. La Zone B suivrait. L’expulsion forcée de communautés bédouines dans ces zones a d’ores et déjà commencé.

La réalité vécue en Cisjordanie est celle d’un harcèlement constant, d’intimidation, de dépossessions et de violences, malgré les annonces de paix. Pendant des décennies, Israël a privilégié une politique de contrôle territorial, humain et des ressources, prolongeant la guerre par d’autres moyens. Une paix véritable, conclut l’auteur, ne sera possible qu’avec la reconnaissance et la fin de l’occupation.

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