Home Santé Entre vulnérabilité et culpabilité : pourquoi beaucoup d’hommes se sentent-ils tristes après l’orgasme ? | ICÔNE

Entre vulnérabilité et culpabilité : pourquoi beaucoup d’hommes se sentent-ils tristes après l’orgasme ? | ICÔNE

0 comments 62 views

Publié le 24 février 2026 à 05h30. Une mélancolie inattendue peut parfois suivre l’intimité : des études récentes et des réflexions philosophiques mettent en lumière un phénomène de dysphorie post-coïtale, plus fréquent chez les hommes qu’on ne le pense.

« Même les chiens deviennent tristes après avoir éjaculé », chante Nacho Vegas dans sa chanson La sed mortelle, faisant ainsi référence à ce qu’on appelle la dysphorie postcoïtale. Ce terme désigne l’apparition d’émotions perçues comme négatives après un rapport sexuel, même s’il a été satisfaisant. Selon Antonio José Sánchez Barbosa, sexologue à Boston Medical Malaga, ce phénomène s’explique par les fluctuations hormonales qui accompagnent l’orgasme.

En effet, pendant l’activité sexuelle, les substances favorisant un état de bien-être, comme la dopamine, l’ocytocine et les endorphines, augmentent considérablement. Après l’orgasme, ces substances diminuent brutalement. « Ce choc brutal est ce qui, chez certaines personnes, génère un malaise », explique-t-il. Il souligne également que des conditionnements historiques et culturels peuvent pousser les hommes à réprimer leurs sentiments, rendant l’expérience de la dysphorie post-coïtale d’autant plus déstabilisante.

Des recherches confirment que ce sentiment n’est pas rare. Une étude publiée dans le Journal de thérapie conjugale sexuelle a révélé que 41 % des hommes ont ressenti le « blues post-coïtal » au moins une fois dans leur vie, et environ 3 % l’éprouvent après chaque orgasme. Une autre étude, parue dans la Revue internationale de santé sexuelle, indique qu’un tiers des femmes connaissent au moins un épisode de dysphorie post-coïtale, mais les chiffres sont plus élevés chez les hommes.

Le psychologue et sexologue Andrés Suro précise que cet état n’implique pas nécessairement un problème dans la relation ou une mauvaise expérience sexuelle. Il s’agit plutôt d’une réponse émotionnelle complexe, résultant d’une combinaison de facteurs neurochimiques, psychologiques, culturels et de vulnérabilité individuelle.

« Beaucoup d’hommes ont appris à vivre leur sexualité comme un champ d’action et de performance, mais très peu à partir de l’émotion. C’est pourquoi, chez les hommes, on peut l’observer plus fréquemment, car après l’éjaculation, il y a un changement physiologique plus marqué (ce qu’on appelle la période réfractaire) et parce que socialement on leur a moins appris à identifier ou à exprimer ce qu’ils ressentent après un rapport sexuel. »

Andrés Suro, psychologue et sexologue

La dysphorie post-coïtale n’est pas un concept nouveau. Des philosophes comme Schopenhauer, qui écrivait que « directement après l’accouplement, on entend le rire du diable », et Baruch Spinoza, qui affirmait qu’« après cette jouissance vient une grande tristesse qui, bien qu’elle n’empêche pas de penser, trouble et engourdit l’esprit », s’y sont déjà intéressés. Au Japon, le terme Kenjataimu est même utilisé pour décrire l’état que ressentent certains hommes juste après l’éjaculation.

Du point de vue physiologique, ce phénomène s’explique par une baisse de la dopamine et une augmentation de la prolactine et de l’ocytocine après l’orgasme, entraînant un changement soudain d’activation. Le corps passe de l’excitation à la relaxation en quelques secondes. Cependant, lorsque cet état s’accompagne de culpabilité, de regret ou de haine de soi, des facteurs psychologiques et culturels entrent en jeu. « Des préjugés sexistes liés au Kenjataimu présentent le désir comme quelque chose d’irrationnel dont l’homme s’éveille, suggèrent que le sexe obscurcit le jugement et que la clarté ne vient que plus tard, et renforcent une vision instrumentale de la rencontre sexuelle », explique Andrés Suro.

Pour éviter que cette soudaine tristesse ne perturbe le couple, Antonio José Sánchez Barbosa insiste sur l’importance de la responsabilité émotionnelle. Si ce phénomène se produit régulièrement, il est essentiel d’en parler ouvertement avec son partenaire. « Il est important de communiquer avec son partenaire et de l’aider à comprendre que ce n’est pas quelque chose de personnel ou dirigé contre lui, et que cela se produit involontairement. » Il recommande de créer un moment de régulation partagée, basé sur le contact physique calme, le respect des espaces personnels, la validation émotionnelle et la réintégration émotionnelle.

Le besoin de connexion post-coïtale est souvent associé aux femmes, mais une étude a montré que ce besoin d’affection est réciproque et que les câlins et les marques d’affection après un rapport sexuel augmentent la satisfaction relationnelle et sexuelle chez les hommes comme chez les femmes. « En réalité, lorsque cette tristesse post-coïtale apparaît, ce qui émerge généralement, c’est la vulnérabilité. Après la libération de la tension, le système nerveux baisse sa garde et les émotions qui étaient en arrière-plan peuvent surgir », conclut Andrés Suro. Et, comme il le souligne, beaucoup d’hommes craignent par-dessus tout de montrer leur vulnérabilité, ce qui peut engendrer cette tristesse.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.