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Épidémiologie en évolution du streptocoque invasif du groupe A en soins intensifs

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Publié le 2025-09-01 00:00:00. Une étude menée par des chercheurs espagnols et français met en lumière l’évolution des infections invasives à streptocoque du groupe A (iGAS), soulignant la persistance de la souche M1 mais rassurant sur l’absence d’aggravation du pronostic chez l’adulte gravement malade, tandis que la précocité de la clindamycine s’affirme comme un facteur clé de survie.

  • La souche M1 reste prédominante, mais une diversité d’autres sérotypes circule, potentiellement à l’origine de changements dans la dynamique des épidémies.
  • La variante M1uk, bien que préoccupante à l’international pour son rôle dans la scarlatine pédiatrique, n’entraîne pas une mortalité accrue chez les adultes en soins intensifs.
  • Une administration rapide de clindamycine, associée aux bêtalactamines, est associée à une réduction significative de la mortalité.

Le streptocoque pyogène, également connu sous le nom de streptocoque invasif du groupe A (iGAS), représente une préoccupation médicale majeure en raison de sa capacité à déclencher des affections potentiellement mortelles comme la fasciite nécrosante, le choc septique et la pneumonie. Ces dernières années, une évolution dans la prévalence de diverses souches pathogènes a été observée. Si la souche Em1 dominait en Europe occidentale avant la pandémie de COVID-19, une variante potentiellement plus virulente, M1uk, a émergé ces cinq dernières années dans plusieurs pays européens, soulevant la question d’une adaptation des stratégies de santé publique.

Pour mieux comprendre ces dynamiques épidémiologiques, une équipe de recherche hispano-française a mené une étude rétrospective sur 68 patients admis en soins intensifs pour des infections à iGAS à l’hôpital universitaire de Donostia entre 2010 et 2024. Dirigée par les docteurs Milagrosa Montes, Loreto Vidaur et Jordi Rello, dans le cadre du projet interdisciplinaire sur la pneumonie du Centro de Investigacion Biomedica en Red de Enfermedades Respiratorias (CIBERES) en Espagne, cette recherche, publiée le 1er septembre 2025, anticipe une parution dans le Journal of Intensive Medicine.

L’étude a mis en évidence des vagues d’infections, avec des pics observés en 2014, 2019 et 2023, entrecoupés de baisses marquées en 2020-2021, coïncidant avec les mesures de restriction liées à la COVID-19. Un constat essentiel concerne la distribution des sérotypes. Bien que le sérotype emm1 soit le plus fréquemment isolé, l’étude a également identifié une diversité de sérotypes associés aux infections respiratoires et des tissus mous. La surveillance de cette diversité s’avère cruciale, car des changements dans les souches dominantes pourraient affecter l’efficacité de futurs vaccins ciblant des groupes de sérotypes limités.

« Bien que emm1 reste le plus courant dans notre population de soins intensifs, la présence d’autres sérotypes souligne la nécessité d’une vigilance continue. La diversité des sérotypes est importante car elle peut influencer non seulement la dynamique des épidémies, mais aussi affecter l’efficacité des vaccins candidats ciblant un groupe limité de sérotypes. »

Dr Milagrosa Montes

Dans la lignée des observations internationales, la souche M1uk, connue pour sa haute toxicité, a gagné en prévalence ces dernières années, étant retrouvée chez 85 % des patients traités pour iGAS en 2023. Si cette variante a suscité des inquiétudes à l’échelle mondiale en raison de son implication dans les épidémies de scarlatine chez les enfants, l’équipe de recherche a néanmoins constaté que M1uk n’aggravait pas le pronostic chez les adultes atteints de formes graves.

« Les patients atteints de M1uk avaient tendance à être plus âgés, mais leurs taux de mortalité étaient similaires à ceux infectés par d’autres souches. Cette découverte rassure à la fois les cliniciens et les décideurs politiques : la montée de M1uk ne se traduit pas par des taux de mortalité plus élevés en soins intensifs. »

Dr Loreto Vidaur

L’un des résultats les plus significatifs de l’étude concerne l’usage de la clindamycine. L’administration précoce de cet antibiotique, en association avec les bêtalactamines, s’est avérée efficace pour supprimer la production de toxines streptococciques et a été associée à une amélioration notable des résultats cliniques. Cette pratique s’est généralisée après la pandémie de COVID-19, réduisant le délai médian d’administration de la clindamycine de 24 heures à seulement 1 heure après l’admission, ce qui s’est traduit par une baisse des taux de mortalité.

À l’inverse, les patients n’ayant pas reçu rapidement de clindamycine ont présenté un risque de mortalité jusqu’à cinq fois plus élevé en soins intensifs. « Veiller à ce que la clindamycine fasse partie du traitement d’urgence de première intention en cas de suspicion d’iGAS devrait être une priorité », a insisté le Dr Rello.

Ces améliorations dans les protocoles thérapeutiques ont permis de ramener la mortalité globale de 25,5 % dans la période pré-pandémique à 10 % après 2022, et ce, malgré les changements observés dans la distribution des sérotypes. Ces données soulignent l’importance de maintenir une surveillance épidémiologique rigoureuse des souches circulantes et de privilégier une prise en charge thérapeutique rapide et basée sur les preuves. Si la diversité des sérotypes de S. pyogenes peut potentiellement réduire l’efficacité des vaccins en développement, la surveillance continue et l’administration immédiate de clindamycine demeurent les interventions les plus efficaces pour contrôler la propagation et réduire la mortalité.

« Cette recherche rappelle que la vigilance doit être double. Il faut continuer à surveiller l’évolution des sérotypes pour des raisons de santé publique, mais au niveau des patients, la rapidité et l’adéquation du traitement restent les facteurs déterminants. »

Dr Loreto Vidaur

En alliant une conscience épidémiologique accrue à une action thérapeutique prompte, les cliniciens peuvent continuer à améliorer les chances de survie face à l’une des infections bactériennes les plus dangereuses en médecine de soins intensifs.

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