Publié le 26 février 2026 14:55:00. La maladie rénale chronique (MRC) touche près de 800 millions de personnes dans le monde, et les progrès thérapeutiques récents pourraient bientôt justifier un dépistage à grande échelle, suscitant toutefois des débats sur la pertinence et la faisabilité d’une telle approche.
- La MRC est un problème de santé mondial majeur, en constante augmentation, et souvent diagnostiquée tardivement.
- De nouveaux traitements, comme les inhibiteurs du SGLT2 et les ARM non stéroïdiens, ralentissent la progression de la maladie.
- Le dépistage universel de la MRC est envisagé, mais soulève des questions de coût, de surdiagnostic et de capacité du système de santé.
Longtemps considérée comme une maladie difficile à dépister efficacement, la maladie rénale chronique (MRC) pourrait bientôt bénéficier d’une approche de dépistage plus proactive. Historiquement, pour qu’une maladie soit éligible à un dépistage de masse, elle doit présenter un problème de santé important, être détectable à un stade précoce et disposer de traitements efficaces. La MRC coche désormais les deux premières cases depuis un certain temps, mais c’est l’émergence de nouvelles thérapies qui relance le débat sur un dépistage universel.
La MRC est un fardeau mondial croissant. Selon une étude récente publiée dans The Lancet, près de 800 millions d’adultes dans le monde en sont atteints, un chiffre qui a plus que doublé depuis 1990. Elle représente la neuvième cause de décès et la douzième cause d’invalidité. Trop souvent, les patients ne sont diagnostiqués qu’à un stade avancé, où les options de traitement se limitent à la dialyse ou à la transplantation rénale.
Le diagnostic précoce est possible grâce à des analyses simples et peu coûteuses de sang et d’urine. Cependant, l’élément clé qui pourrait faire basculer la balance en faveur d’un dépistage à grande échelle réside dans les avancées thérapeutiques récentes. Outre les changements de mode de vie éprouvés, les médecins disposent désormais d’inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose-2 (SGLT2) et d’antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes (ARM) non stéroïdiens. Des études ont démontré que ces médicaments ralentissent significativement la progression de la MRC et réduisent les taux d’insuffisance rénale, de décès cardiovasculaires et d’hospitalisations.
Ces progrès ont conduit de nombreux professionnels de la santé à plaider pour un dépistage universel de la MRC, intégré à une stratégie globale visant à améliorer la santé cardiovasculaire, rénale et métabolique. Cependant, cette proposition n’est pas sans susciter des interrogations.
Certains experts s’inquiètent du risque de surdiagnostic et de surtraitement, ainsi que des coûts associés à un dépistage à grande échelle. Ils se demandent s’il est pertinent de dépister systématiquement toute la population, ou si les ressources ne devraient pas être concentrées sur les populations à haut risque, telles que les personnes diabétiques, hypertendues ou ayant des antécédents familiaux de maladie rénale.
Actuellement, la plupart des directives nationales et internationales recommandent le dépistage de la MRC chez les patients présentant des facteurs de risque. Ce dépistage repose généralement sur la mesure du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) et sur le rapport albumine/créatinine urinaire (UACR). Cependant, même ce dépistage ciblé est sous-utilisé : seulement 40 % des patients diabétiques et 23 % de ceux souffrant d’hypertension bénéficient chaque année d’un test UACR recommandé.
« La plupart des gens subissent des analyses de sang chaque année, et il s’agit d’un bilan métabolique de base. Cela nous indique dans une certaine mesure votre fonction rénale, car la créatinine et le DFGe nous indiquent si vos reins nettoient votre sang de manière appropriée. Mais ceux-ci ne sont pas très sensibles pour détecter une MRC précoce. »
Anna Gaddy, néphrologue et professeure agrégée au Medical College of Wisconsin
Pour le dépistage de la MRC, le Dr Gaddy préfère l’analyse urinaire, qui permet de détecter les lésions précoces du rein.
Des initiatives comme celle de Carna Health visent à développer des approches de dépistage basées sur des facteurs de risque traditionnels et non traditionnels, afin de rendre le dépistage plus accessible et ciblé.
Le dépistage universel a été mis en œuvre avec succès pour d’autres maladies, mais une approche populationnelle de la MRC est plus complexe. Des questions subsistent quant à la compréhension de la physiologie de l’interaction entre l’hypertension et la MRC, ainsi qu’à la nécessité d’un système de santé capable de gérer l’afflux potentiel de nouveaux patients.
L’un des principaux obstacles reste la question de la rentabilité. Si le dépistage peut être rentable pour les patients à haut risque, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer son rapport coût-efficacité à l’échelle de la population. Une analyse récente a suggéré qu’un dépistage à partir de 55 ans, combiné à l’utilisation d’inhibiteurs du SGLT2, pourrait être une stratégie rentable. PMC10356008
Malgré les défis, de nombreux experts restent optimistes quant à l’avenir du dépistage de la MRC. Ils estiment que l’identification précoce de la maladie peut motiver les patients à adopter des changements de mode de vie bénéfiques et à prévenir la progression vers des stades plus graves.
« Nous nous tordons souvent les mains et disons : ‘J’aurais aimé avoir cette personne plus tôt’. Nous y arrivons définitivement. Dans 5 ans, nous pourrions amener les gens à faire un test d’urine à chaque visite », conclut le Dr Gaddy.