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Étude : une carence en vitamine D pourrait aggraver les acouphènes

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Publié le 11 février 2026 07:46:00. Des chercheurs mettent en lumière un lien possible entre de faibles niveaux de vitamine D et la sévérité des acouphènes, ces bourdonnements d’oreilles persistants qui affectent des millions de personnes. Une étude observationnelle suggère que la carence en vitamine D pourrait non seulement être plus fréquente chez les patients souffrant d’acouphènes, mais également influencer la durée et l’intensité des symptômes.

  • Plus de la moitié des patients souffrant d’acouphènes (53,2 %) présentaient une carence en vitamine D, contre 31,7 % dans le groupe témoin.
  • La carence en vitamine D était associée à un risque accru d’acouphènes modérés à sévères, mesurés par le Tinnitus Handicap Inventory.
  • La vitamine D joue un rôle dans le système nerveux et l’oreille interne, au-delà de son rôle bien connu dans le métabolisme osseux.

Les acouphènes, ces sifflements, bourdonnements ou vrombissements perçus dans une ou les deux oreilles sans source sonore externe, constituent l’une des plaintes les plus courantes en ORL. Souvent déroutants pour les patients et les professionnels de santé, ils peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie. Une nouvelle étude observationnelle relance le débat sur les facteurs de risque potentiels et met en avant un élément souvent négligé : la vitamine D.

L’étude, publiée dans la revue Frontières en neurologie, ne propose pas de traitement direct, mais souligne un lien qui pourrait être pertinent pour les audioprothésistes, les médecins ORL et l’ensemble du secteur de la santé auditive. Dirigée par Ágnes Molnár, l’étude a analysé les données de 350 patients atteints d’acouphènes subjectifs primaires (acouphènes sans cause externe identifiable) et de 347 sujets témoins ne présentant pas de symptômes.

Tous les participants ont subi un examen ORL et audiologique complet, complété par des analyses sanguines, notamment la mesure de la 25-hydroxyvitamine D3. Cette forme de vitamine D, stockée dans l’organisme, est le marqueur le plus fiable pour évaluer le statut en vitamine D.

Les résultats de l’étude sont significatifs : les patients souffrant d’acouphènes avaient des niveaux de vitamine D en moyenne plus faibles que les sujets témoins. Ce lien restait statistiquement significatif même après ajustement pour l’âge et le sexe, suggérant que de faibles niveaux de vitamine D3 pourraient être un facteur prédictif de l’apparition d’acouphènes.

Plus précisément, la carence en vitamine D était corrélée à un risque plus élevé d’acouphènes modérés à sévères, évalués à l’aide du Tinnitus Handicap Inventory, un questionnaire standardisé. Les acouphènes chroniques, définis comme des symptômes durant plus de trois mois, étaient également plus fréquents chez les patients présentant des taux de vitamine D bas.

Une analyse statistique (méthode ROC) a révélé que les niveaux de vitamine D pouvaient prédire la présence d’acouphènes avec une sensibilité d’environ 76 %. Cependant, l’étude n’a pas trouvé de lien entre le niveau de vitamine D et l’intensité perçue des bourdonnements, ni avec l’oreille affectée, ce qui souligne la complexité du phénomène des acouphènes.

La vitamine D est désormais reconnue pour ses fonctions bien au-delà du métabolisme osseux. Elle joue un rôle crucial dans le système immunitaire, le système nerveux et la régulation vasculaire. Des récepteurs de la vitamine D sont présents dans tout le corps, y compris dans le cerveau et dans les structures délicates de l’oreille interne.

L’équilibre biochimique au sein de l’oreille interne est essentiel. La cochlée (responsable de la perception des sons) et l’organe vestibulaire (impliqué dans l’équilibre) dépendent de rapports d’ions et de fluides finement régulés. Des études antérieures ont confirmé la présence de récepteurs de la vitamine D dans ces structures, suggérant que des perturbations du métabolisme de la vitamine D pourraient affecter leur fonctionnement.

Un lien entre la carence en vitamine D et la surdité neurosensorielle (perte auditive due à des lésions de l’oreille interne ou du nerf auditif) est déjà établi. Des modifications subtiles de la fonction cochléaire, comme une réduction des émissions otoacoustiques (ondes sonores générées par l’oreille interne), peuvent survenir avant même qu’une perte auditive ne soit détectable.

Dans le domaine de l’équilibre, les données sont encore plus probantes : la carence en vitamine D est considérée comme un facteur de risque de récidive dans les vertiges positionnels paroxystiques bénins (VPPB), des crises de vertiges provoquées par des cristaux déplacés dans l’oreille interne. Plusieurs études suggèrent qu’une supplémentation ciblée en vitamine D pourrait réduire le taux de récidive. Il est donc plausible que les acouphènes fassent également partie d’une interaction plus large entre le métabolisme, le système nerveux et le système vestibulaire.

Bien que l’étude ne puisse établir de lien de causalité direct, les auteurs avancent plusieurs hypothèses biologiques. La vitamine D influence les processus neuroinflammatoires, le métabolisme du calcium et la production de facteurs neurotrophiques, des protéines essentielles à la protection et à la croissance des cellules nerveuses.

Aujourd’hui, les acouphènes sont considérés comme un trouble du traitement central du cerveau, et non plus uniquement comme un problème d’oreille. Des phénomènes tels que le gain neuronal (amplification du signal dans le cerveau) et la plasticité neuronale inadaptée (adaptation défavorable des réseaux neuronaux) jouent un rôle important. Une carence en vitamine D pourrait exacerber ces processus, que ce soit au niveau de l’oreille interne, du nerf auditif ou des voies auditives centrales.

Les chercheurs insistent sur la nécessité de prudence : en tant qu’étude observationnelle, elle ne permet pas de conclure à une relation de cause à effet. Il est impossible de déterminer si une carence en vitamine D favorise les acouphènes, si les comportements associés aux acouphènes (manque d’exposition au soleil, troubles du sommeil) réduisent les niveaux de vitamine D, ou si d’autres facteurs sont en jeu. L’étude ne prend pas non plus en compte l’exposition au soleil, la saison, l’alimentation, la prise de compléments alimentaires et les comorbidités psychologiques, qui peuvent tous influencer à la fois le taux de vitamine D et la perception des acouphènes.

Néanmoins, cette étude apporte un nouvel éclairage sur le rôle potentiel des facteurs métaboliques et nerveux dans les acouphènes. Des études randomisées seront nécessaires pour déterminer si une supplémentation en vitamine D pourrait réellement apporter un bénéfice aux patients.

La vitamine D ne constitue pas une solution miracle pour les acouphènes, car le tableau clinique est trop complexe et individualisé. Cependant, cette nouvelle étude souligne l’importance de considérer l’oreille comme faisant partie d’un système interconnecté, où le métabolisme, le système immunitaire et le système nerveux interagissent étroitement.

Étude : Molnár, András et al. (2026) 25-hydroxyvitamin D3 levels in individuals with primary subjective tinnitus and their associations with tinnitus occurrence and severity. Frontières en neurologie.

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