Publié le 24 février 2026 à 05:05:00. En 2018, Facebook envisageait de lancer une application dédiée aux adolescents, baptisée « Bell », afin de créer un réseau social centré sur les établissements scolaires. Ce projet, révélé par des documents judiciaires, illustre la stratégie de l’entreprise pour fidéliser les jeunes utilisateurs à long terme.
Des documents judiciaires récemment rendus publics révèlent que Facebook, aujourd’hui Meta, a secrètement développé une application nommée « Bell » en 2018. L’objectif était de créer un espace numérique spécifique aux lycéens, axé sur leur vie scolaire et leurs centres d’intérêt.
Selon une présentation interne datée d’avril 2018, « Bell » devait permettre aux élèves de discuter de sujets liés à leur école – équipes sportives, événements, potins – au sein de forums dédiés. L’application prévoyait également des groupes de discussion organisés par classes ou clubs, et même une section « Confessions » anonyme, rappelant l’application YikYak. L’intégration avec des outils éducatifs comme Google Classroom était également envisagée, afin de faire de « Bell » un espace central pour la vie scolaire et sociale des étudiants.
La stratégie sous-jacente était de « gagner » les utilisateurs avant leur 18e anniversaire, afin de les fidéliser et de les inciter à rejoindre la plateforme Facebook principale une fois diplômés. La présentation interne soulignait l’importance de la communication au lycée pour les adolescents :
« La communication au lycée est importante pour les adolescents et importante pour nous pour gagner. »
Bien que l’application n’ait jamais été lancée, ces plans démontrent l’importance que Facebook accordait à l’acquisition de jeunes utilisateurs. Un porte-parole de Meta a déclaré que « Bell » avait été développé comme une idée exploratoire et qu’elle aurait nécessité une modération importante du contenu. Il n’a pas précisé les raisons de l’abandon du projet.
Ces informations ont été révélées dans le cadre d’un procès intenté par des centaines de familles, de districts scolaires et 33 procureurs généraux contre Meta, Google, ByteDance et Snap. Les plaignants accusent ces entreprises d’avoir conçu des produits de médias sociaux addictifs et de les avoir promus auprès des mineurs, en connaissance des risques pour leur santé mentale.
Sacha Haworth, directeur exécutif du Tech Oversight Project, un groupe de défense, a déclaré :
« Les procès pour dépendance aux médias sociaux jettent un regard derrière le rideau et prouvent que le statu quo était encore pire que ce que nous imaginions. Nous devons simplement faire davantage pour protéger les enfants. »
Meta et les autres entreprises concernées contestent l’existence d’un lien direct entre l’utilisation des médias sociaux et les problèmes de santé mentale, et affirment qu’elles n’ont pas l’obligation d’avertir le public des dangers potentiels. Dans un communiqué, Meta a déclaré :
« Nous sommes fortement en désaccord avec ces allégations et sommes convaincus que les preuves démontreront notre engagement de longue date à soutenir les jeunes. Depuis plus d’une décennie, nous avons écouté les parents, travaillé avec des experts et les forces de l’ordre, et mené des recherches approfondies pour comprendre les problèmes les plus importants. »
Mark Zuckerberg, PDG de Meta, a récemment témoigné devant un tribunal à Los Angeles, affirmant que les utilisateurs restent sur les plateformes de l’entreprise parce qu’ils les trouvent utiles pour communiquer avec leurs pairs. Meta affirme avoir amélioré ses systèmes de vérification de l’âge afin d’empêcher les enfants de moins de 13 ans d’accéder à ses plateformes.
Meta a également mis en avant les fonctionnalités de ses Comptes pour adolescents, conçues pour donner aux parents un meilleur contrôle sur l’utilisation des médias sociaux par leurs enfants et encourager les jeunes utilisateurs à faire des pauses et à désactiver les notifications la nuit.
Il est important de noter que Meta a déjà envisagé de lancer des plateformes dédiées aux enfants par le passé. En 2021, l’entreprise a abandonné ses plans de créer une version d’ Instagram pour les enfants de moins de 13 ans, suite aux critiques de groupes de défense des droits des enfants. En 2017, l’entreprise avait également étudié la possibilité de créer une version de Facebook pour les enfants, mais avait finalement renoncé à ce projet après avoir reçu des commentaires négatifs des parents.
L’Australie a récemment adopté une loi interdisant aux enfants de moins de 16 ans d’utiliser les médias sociaux.