Publié le 2025-10-30 11:15:14. À 39 ans, Philippe, un ingénieur, voit sa vie basculer avec le diagnostic d’un gliome. Après une chirurgie cérébrale éveillée et le recours à un nouveau traitement expérimental, il témoigne de son combat et de son optimisme retrouvé, partageant son histoire dans un podcast dédié à la lutte contre le cancer.
À 45 ans, Philippe, père d’une fille de onze ans et ingénieur en mécanique, mène une vie qui pourrait sembler ordinaire. Pourtant, cette apparente normalité cache une bataille acharnée contre un gliome, une tumeur cérébrale diagnostiquée il y a six ans. Malgré les séquelles, telles que des troubles de la mémoire et une dépendance à des médicaments à vie, Philippe exprime un profond sentiment de bonheur : « Je suis vraiment l’homme le plus heureux du monde », affirme-t-il, plaçant la vie au sommet de ses priorités.
Son histoire, racontée dans le nouvel épisode du podcast « Avant, pendant, après. Prévenir, affronter et vaincre le cancer », une série du Corriere della Sera en collaboration avec l’Association italienne d’oncologie médicale (AIOM), met en lumière les avancées de la recherche scientifique et le rôle crucial de la confiance envers les médecins et la science.
Tout a commencé en 2019, à l’âge de 39 ans, lorsque Philippe a été frappé par une crise d’épilepsie d’une intensité rare pendant son sommeil. Malgré son réticence initiale, son épouse, Caterina, a insisté pour qu’il soit hospitalisé. Les examens d’imagerie, une tomographie computérisée et une IRM, ont révélé une tumeur cérébrale de 5,9 cm sur 6,7 cm.
Le diagnostic a révélé un gliome de bas grade, une tumeur cérébrale peu fréquente en Italie, touchant environ 1 500 personnes par an, souvent entre 30 et 40 ans. Ces tumeurs, généralement à croissance lente et non agressives, peuvent provoquer divers symptômes en raison de la pression exercée sur le cerveau. Le professeur Enrico Franceschi, directeur de l’oncologie et du système nerveux à l’Institut des sciences neurologiques de Bologne, explique que les signes précurseurs sont souvent génériques, allant de maux de tête et de troubles de la mémoire à des modifications comportementales, voire des crises d’épilepsie dans les cas les plus sévères.
Face à la nécessité d’une intervention chirurgicale, la famille a choisi de se rendre à Udine pour y rencontrer le chirurgien adéquat. Philippe a alors accepté une procédure de chirurgie cérébrale éveillée. Cette technique, souvent employée en neurochirurgie, permet au patient de rester conscient durant l’opération afin de coopérer avec l’équipe médicale. « Je ne sais pas comment j’ai fait », confie Philippe, décrivant une cicatrice qui s’étend de son front derrière son oreille. Il relate avec une pointe d’humour la dissociation linguistique vécue après l’intervention :
« Quand je suis entré, j’ai salué ma femme en italien, un italien parfait, quand je suis sorti, j’ai parlé en anglais : c’est quelque chose qui fait rire dans un certain sens, mais j’ai parlé en anglais convaincu que je parlais en italien, quelque chose avait été touché au plus profond de mon cerveau. »
L’opération, qui a duré 13 heures en décembre 2019, a été suivie par la prise d’un médicament antiépileptique. En outre, Philippe a pu bénéficier d’un traitement innovant dans le cadre d’un essai clinique.
Selon le professeur Franceschi, coordonnateur des directives de l’AIOM sur les tumeurs cérébrales, les stratégies thérapeutiques étaient auparavant limitées à une simple surveillance ou à une radiothérapie suivie d’une chimiothérapie, des traitements efficaces mais non dénués d’effets secondaires. L’approche adoptée par Philippe représente une troisième voie : l’utilisation d’un nouveau médicament avant même son approbation officielle par l’Agence italienne des médicaments. Cette avancée est rendue possible par la découverte, ces dernières années, d’altérations génétiques spécifiques comme la mutation des gènes IDH1 ou IDH2, joue un rôle clé dans le développement des gliomes de bas grade.
Ces nouveaux médicaments visent à inhiber l’activité de ces gènes, ralentissant ainsi la croissance tumorale et permettant de différer le recours aux thérapies plus lourdes. « Pour la première fois après 20 ans d’essais, un nouveau traitement est arrivé », souligne le professeur Franceschi, évoquant la recherche constante de stratégies thérapeutiques plus efficaces et moins invasives.
Après son opération, la tumeur de Philippe a continué à évoluer. En 2021, il a débuté le nouveau traitement, administré sous forme de comprimés à domicile. Un scanner réalisé en septembre 2023 a apporté une nouvelle décisive : la tumeur est stoppée. « Et nous espérons que cela continuera ainsi pour toujours », confie Philippe, soucieux de chaque cellule de son cerveau.
EN SAVOIR PLUS AVEC LE PODCAST