Publié le 11 février 2026 18h14. Une modification de dernière minute à la réforme du travail argentine ravive les critiques, accusée de rétablir des cotisations obligatoires aux chambres de commerce sans transparence ni contrôle public.
- Le secteur de gros dénonce une modification « frappante et contradictoire » de l’article 128 de la réforme du travail.
- La Chambre argentine des distributeurs et des libre-services de gros (CADAM) met en garde contre un système de collecte de fonds opaque, estimé à plus de 30 milliards de dollars par an.
- Des conflits d’intérêts sont pointés du doigt, impliquant la Chambre de Commerce Argentine (CAC) et la Confédération argentine des moyennes entreprises (CAME).
Une vive polémique agite le monde des affaires argentin suite à une modification de dernière minute apportée à la réforme du travail actuellement examinée par le Congrès. Le secteur de gros exprime son rejet catégorique de cette modification de l’article 128, la qualifiant de « frappante et contradictoire ». Selon les opposants, cette modification rétablit le caractère obligatoire des cotisations aux chambres de commerce, perpétuant ainsi un système de collecte de fonds sans contrôle public adéquat.
La Chambre argentine des distributeurs et des libre-services de gros (CADAM) explique que la version initiale de l’article prévoyait un caractère volontaire pour ces contributions. Cependant, la modification introduite, selon la CADAM, garantit la poursuite de la collecte de « fonds millionnaires » sans mécanismes de responsabilisation clairs ni accès public à l’information.
Un conflit d’intérêts évident est également souligné. La Chambre de Commerce Argentine (CAC) et la Confédération argentine des moyennes entreprises (CAME) participent à une table commune de négociation tout en étant bénéficiaires des cotisations obligatoires, gérées par l’Institut argentin de formation professionnelle et technologique pour le commerce (INACAP).
Le système de cotisation obligatoire à l’INACAP impose aux employeurs d’allouer 0,5 % du salaire de la catégorie « Maestranza A » (soit plus de 1,2 million de travailleurs du secteur du commerce) à cet institut. Ces fonds sont ensuite redistribués en grande partie à la CAC et à la CAME, officiellement pour financer la formation et le renforcement institutionnel. La CADAM avertit que toute augmentation de salaire entraîne automatiquement une augmentation des fonds collectés par ces entités, exacerbant ainsi le conflit d’intérêts.
En 2025, le ministre de la Déréglementation et de la transformation de l’État, Federico Sturzenegger, avait rendu ces contributions volontaires via le Décret 149/2025. Toutefois, une mesure de précaution promue par l’INACAP elle-même a annulé ce décret, arguant que l’institut était « indépendant ». Lors de cette procédure judiciaire, l’INACAP a reconnu collecter plus de 30 milliards de dollars par an, sans préciser la part réellement allouée à la formation ni le montant destiné au soutien des chambres de commerce, aux frais de déplacement ou aux activités politiques. Les entreprises dénoncent également le manque de traçabilité de ces fonds et l’existence de chambres de représentation dont la réalité est douteuse.
Ces critiques ont été exposées devant le Congrès national depuis l’année dernière par diverses entités, notamment la Confédération fédérale des PME, l’Union des kiosques de la République Argentine, le Centre commercial Victoria, la Fédération Économique de Mendoza et la Chambre des Parfumeries d’Argentine. Des secteurs industriels tels que l’Association des usines argentines de composants (AFAC) et la Chambre de Petite et Moyenne Industrie Métallurgique (CAMIMA), confrontés à des régimes de cotisations obligatoires similaires, soutiennent également le projet gouvernemental de les rendre volontaires.
Par ailleurs, la continuité de la contribution de solidarité pour le COVID-19 au travail social SENTIMENT, en vigueur depuis avril 2021, est également critiquée. Cette contribution continue d’être facturée à chaque employé, même lorsque celui-ci n’est pas affilié à cette œuvre sociale. Les opposants préviennent que « la réforme du travail continue de générer des coûts cachés dans les entreprises, augmentant les coûts du travail et affectant la création d’emplois formels ».
Le texte initial de la réforme prévoyait que les cotisations patronales spéciales ne pourraient excéder 0,5 % des salaires et qu’elles deviendraient strictement volontaires à partir du 1er janvier 2028, sans possibilité d’imposition par voie de conventions collectives. La modification de dernière minute maintient cependant l’obligation, suscitant l’indignation de larges secteurs du monde des affaires, qui considèrent que cette mesure consolide un système de collecte opaque, sans contrôles et entaché de forts conflits d’intérêts.
En parallèle, une importante opération de sécurité a été déployée autour du Congrès en prévision des manifestations contre la réforme du travail. Une image illustre le dispositif de sécurité mis en place.
Cette mobilisation intervient dans un contexte de fort rejet de la réforme par les syndicats et les organisations sociales, qui ont déjà mené de nombreuses manifestations ces derniers mois. La Confédération générale du travail (CGT) et d’autres centrales syndicales ont exprimé leur rejet, qualifiant le projet de « menace pour les droits du travail acquis » et de source de « précarité de l’emploi ». Le projet comprend des mesures controversées telles que la réduction des cotisations patronales, la modification des rémunérations et une plus grande flexibilité du temps de travail, ainsi que la limitation de la portée des conventions collectives et du droit de grève dans les secteurs essentiels. Certaines organisations syndicales envisagent même des actions pour bloquer l’approbation de la réforme.
Les manifestations passées ont été marquées par des affrontements avec la police, des arrestations et des plaintes pour violences institutionnelles, suscitant l’inquiétude des secteurs des droits de l’homme et des partis d’opposition.