Trump : un espoir de trêve russo-ukrainienne et ses ondes de choc sur les marchés
Les marchés financiers réagissent à l’optimisme prudent sur le front ukrainien, à l’évolution des politiques monétaires et aux tensions commerciales. Le franc suisse reste sous pression.
Les développements de la semaine dernière ont été marqués par une accélération rapide sur trois fronts majeurs : les tarifs douaniers, la géopolitique et la Réserve fédérale américaine (Fed). L’Inde se retrouve au cœur des échanges, confrontée à une augmentation des droits de douane à 50 % en réponse à ses liens économiques avec la Russie. La décision de la Reserve Bank of India (RBI) de maintenir son taux directeur semble indiquer une volonté de stabilité monétaire, dans l’espoir d’une désescalade des tensions commerciales.
Le niveau de 88,0 pour la roupie indienne est considéré comme une ligne de défense cruciale. Si la RBI venait à laisser ce seuil être franchi, une accélération du rallye de la devise pourrait être observée à court terme. Parallèlement, la situation commerciale de la Suisse ne s’améliore guère, comme nous le détaillons dans la section dédiée à l’euro, et le franc suisse (CHF) se retrouve de nouveau sous pression.
Un élément encourageant qui contribue à cette rotation hors du franc est la perspective de plus en plus tangible d’une trêve entre la Russie et l’Ukraine. Donald Trump aurait prévu des rencontres avec le président russe Vladimir Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky dès la semaine prochaine, affirmant avoir réalisé « de grands progrès » dans les pourparlers avec la Russie. Concernant le conflit en Ukraine, le dollar américain conserve son statut de valeur refuge face aux risques géopolitiques, notamment en raison de son lien avec les prix de l’énergie. Le pétrole brut et le dollar ont d’ailleurs tous deux subi des pressions hier.
Enfin, la saga de la succession à la Fed occupe également le devant de la scène. Selon des informations médiatiques, Donald Trump aurait été conseillé de nommer un fonctionnaire par intérim pour remplacer la membre démissionnaire du FOMC (Federal Open Market Committee), Adriana Kugler, jusqu’en janvier, attendant ainsi le moment opportun pour annoncer son choix pour la présidence de la Fed. Une décision devrait être prise rapidement, car la démission de Mme Kugler prend effet demain. Nous pensons que la nomination de Kevin Hassett, considéré comme le favori, constituerait un événement négatif pour le dollar, en raison de ses opinions jugées « hawkish » et d’une exposition perçue plus importante à l’influence de Donald Trump par rapport à un autre candidat potentiel, Kevin Warsh.
Le dollar s’est affaibli hier, influencé par l’optimisme entourant une potentielle trêve ukraino-russe et un alignement avec des taux de swap à terme inférieurs. Trois responsables de la Fed (Mary Daly, Lisa Cook et Neel Kashkari) ont exprimé des préoccupations quant à la détérioration du marché de l’emploi. Lisa Cook a spécifiquement qualifié les révisions de juillet de « typiques des points d’inflexion », et Mary Daly a indiqué que les risques étaient désormais biaisés à la hausse pour cette année.
Nous attendons aujourd’hui la prise de parole du président de la Fed d’Atlanta, Raphael Bostic (neutre, non votant). L’ambiance semble évoluer vers une communication du FOMC plus orientée vers une baisse des taux après la réunion, potentiellement en prélude à un virage plus officiel à Jackson Hole (21-23 août), à moins que les données d’inflation de la semaine prochaine ne réservent des surprises. Notre nouvelle prévision pour la Fed est désormais de trois baisses de taux d’ici la fin de l’année.
Nous anticipons une stabilisation du dollar après la correction d’hier, dans un contexte d’un calendrier de données économiques américaines relativement allégé. Cependant, notre biais à court terme pour l’USD reste baissier.
L’euro porté par l’espoir d’une trêve en Ukraine
L’optimisme de Donald Trump quant à une trêve entre l’Ukraine et la Russie devrait soutenir la vigueur de l’euro, qui évolue à l’opposé du dollar sur ce dossier. Si une trêve devient une perspective plus concrète, elle devrait servir de principal levier d’appréciation pour la monnaie unique européenne.
Comme mentionné précédemment, le franc suisse continue de souffrir de la détérioration des relations commerciales entre les États-Unis et la Suisse. Le président suisse est revenu hier d’une visite à Washington sans avoir obtenu d’amélioration des conditions commerciales, réduisant ainsi la probabilité d’un accord imminent. Néanmoins, le prix de la Banque Nationale Suisse (BNS) reste ancré, avec une probabilité implicite inférieure à 50 % d’une nouvelle baisse de taux après le rebond inattendu axé sur les tarifs douaniers en juillet. Un déclencheur potentiel pour un réalignement des anticipations de la BNS – et une nouvelle faiblesse du CHF – pourrait être l’imposition de tarifs douaniers américains supplémentaires sur les produits pharmaceutiques, actuellement exclus des 39 % appliqués à la Suisse mais dont l’annonce est prévue la semaine prochaine.
Concernant la paire EUR/USD, notre prévision pour aujourd’hui est neutre, mais l’équilibre des risques reste orienté à la hausse, même au-delà de 1,170.
La Banque d’Angleterre devrait baisser ses taux
La Banque d’Angleterre (BoE) devrait suivre sa tendance récente de baisses trimestrielles et réduire son taux directeur de 25 points de base à 4,0 % aujourd’hui.
La réaction du marché sera principalement dictée par la divergence des votes au sein du comité de politique monétaire. Il faut s’attendre à des dissensions des deux côtés. Au moins un membre (Catherine Mann) devrait voter pour un maintien des taux, potentiellement rejoint par deux autres (Huw Pill et Megan Greene), bien que cela ne soit pas notre scénario de base. L’archétype des « colombes » (dovish), Swati Dhingra, devrait voter pour une baisse de 50 points de base, avec la possibilité que son homologue dove, Alan Taylor, la rejoigne.
Cependant, il ne faudrait pas accorder trop d’importance à cette division des votes, qui a peu de pouvoir prédictif pour les décisions futures. Les orientations politiques devraient rester prudentes, signalant toujours une approche « graduelle » et « prudente » pour les mois à venir. Les marchés anticipent déjà la prochaine baisse de taux en novembre ou décembre. Bien que les risques penchent vers une posture plus accommodante, il n’existe pas suffisamment de preuves d’une détérioration alarmante du marché de l’emploi, ni d’un ralentissement significatif de l’inflation dans les services. Nous ne pensons pas que la BoE fournira aujourd’hui de raisons de réviser substantiellement les attentes du marché en faveur d’un discours plus offensif.
La livre sterling (GBP) pourrait se stabiliser autour de 0,87 face à l’euro à court terme, tandis que les décisions budgétaires à venir du gouvernement britannique en août continueront de limiter la probabilité de corrections significatives. Notre perspective pour la livre sterling face au dollar est plus positive, et le risque géopolitique potentiel en Europe est désormais bien intégré dans le prix de la paire GBP/USD (cable). Celle-ci pourrait retrouver le chemin des 1,35 au quatrième trimestre.