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GenZ212, perturbations et exigences des réformes sociales

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Publié le 2025-10-03 01:21:00. Cinq jours de manifestations, initiées par un collectif de jeunes anonymes baptisé « Genz212 », ont secoué le Maroc, entraînant des heurts, des décès et de nombreuses arrestations. Les protestataires dénoncent le manque d’opportunités d’emploi, ainsi que les lacunes dans les systèmes de santé et d’éducation.

  • Trois personnes ont perdu la vie et plus de 400 ont été interpellées suite à des manifestations violentes au Maroc.
  • Le mouvement « Genz212 », né sur les réseaux sociaux, réclame des réformes structurelles et dénonce la corruption.
  • Les autorités promettent un dialogue tout en annonçant des poursuites judiciaires contre les responsables de violences.

Ce qui avait débuté comme des rassemblements pacifiques samedi dans plusieurs grandes villes du royaume, comme Rabat, Casablanca et Tanger, a rapidement dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre. Ces violences ont atteint leur paroxysme suite à une attaque contre un poste de gendarmerie à Laqliaa, dans le sud du pays, où trois personnes ont trouvé la mort dans des circonstances encore floues.

Le collectif « Genz212 » s’est auto-proclamé comme un groupe de jeunes de la « Génération Z », sans affiliation politique ni syndicale. Sa visibilité a explosé sur les plateformes comme Discord, TikTok et Instagram, le nom « Genz212 » faisant référence au préfixe téléphonique du Maroc (+212). Le nombre de membres sur leur serveur Discord a grimpé en flèche, passant de 3 000 à plus de 130 000 en l’espace d’une semaine, témoignant d’un mécontentement palpable au sein de la jeunesse face à la crise économique et aux inégalités.

Les revendications des manifestants sont claires : des réformes profondes dans les domaines de la santé et de l’éducation, une amélioration des perspectives d’emploi et des mesures concrètes de lutte contre la corruption. « Nous sommes là dans une manifestation pacifique pour exiger la réforme de l’éducation et de la santé, particulièrement dans les zones marginalisées », a confié à l’agence EFE Harhari, un étudiant de 24 ans.

Une critique particulièrement virulente porte sur les investissements consacrés à la Coupe du Monde 2030, les jeunes scandant des slogans tels que « Nous ne voulons pas de la Coupe du monde, d’abord la santé » ou encore « Il y a des stades, mais où sont les hôpitaux ? ».

Un manifestant est arrêté dans la ville marocaine de Salé.
Un manifestant est arrêté dans la ville marocaine de Salé. | Source: EFE

L’escalade de la violence a été particulièrement marquée mardi soir, avec des échauffourées rapportées dans plusieurs villes, notamment à Salé, Tanger, Taroudant et Kénitra. C’est à Laqliaa, près d’Agadir, que la situation a le plus dégénéré, avec le décès de trois personnes mercredi lors d’une tentative d’assaut sur un poste de gendarmerie. Selon les autorités locales, les forces de l’ordre ont dû faire usage de leurs armes en légitime défense face à une attaque menée par des individus armés de couteaux, qui ont incendié un véhicule et endommagé une partie du bâtiment.

Le ministère de l’Intérieur marocain a fait état de 409 arrestations recensées jusqu’à mardi, ainsi que de 354 blessés, dont 326 agents de sécurité. Parallèlement, 446 véhicules ont été détruits, parmi lesquels 271 appartenaient à la police. Des scènes de dégradation ont été observées dans plusieurs villes : à Salé, des vitres brisées et des poubelles renversées dans un centre commercial, et à Marrakech, des médias locaux ont rapporté l’incendie d’un poste de police.

« Le catalyseur de cette colère fut le décès de huit femmes dans un hôpital public à Agadir, un drame qui a mis en lumière les conditions sanitaires précaires. Un manifestant anonyme à Oujda a décrit l’hôpital local comme une « prison », où les patients seraient contraints de soudoyer pour recevoir des soins, selon BBC Newsday. »


Le parquet marocain a réagi en annonçant qu’il allait poursuivre 193 personnes pour « actes de violence, destruction et incitation », promettant des sanctions exemplaires. Ahmed Wali Alami, responsable du ministère de l’action publique, a souligné que ces actes ne relèvent pas de la liberté d’expression et constituent des crimes passibles de lourdes peines de prison, pouvant aller jusqu’à 30 ans, voire la perpétuité dans les cas aggravés.

Lors d’une réunion du Conseil gouvernemental, le chef du gouvernement, Aziz Ajanuch, a exprimé la disposition de son administration « à répondre aux demandes de la société et à engager un dialogue et un débat au sein des institutions et des espaces publics ». Il a toutefois déploré « l’escalade de la violence » qui a causé « des dommages aux propriétés publiques et privées et, malheureusement, trois morts ». Ces manifestations témoignent d’un malaise généralisé face aux inégalités et à la crise économique au Maroc, où le taux de chômage des jeunes atteint 35,8 %, selon des chiffres rapportés par Reuters.

Les installations d'une banque ont mis le feu lors de manifestations à Salé.
Les installations d’une banque ont été incendiées lors de manifestations à Salé. | Source: EFE

Malgré les incidents, le collectif « Genz212 » n’a pas cautionné les actes de violence et a maintenu l’appel à de nouvelles manifestations pacifiques ce jeudi, en précisant des horaires afin de garantir le bon déroulement des rassemblements. « Nous affirmons publiquement et auprès des autorités que nos manifestations seront totalement pacifiques et rejetteront toute forme de violence, de vandalisme ou de perturbations », a déclaré le groupe dans un communiqué diffusé sur Discord. À Rabat, un rassemblement pacifique dans le quartier d’Agdal a marqué les esprits en tant que première manifestation autorisée dans la capitale. Ce jeudi, les manifestants ont réclamé la démission du chef du gouvernement en scandant des slogans tels que « Nous voulons un bon hôpital pour les jeunes et les personnes âgées » et « Ajanuch, lâche, le peuple ne te baissera pas la tête ».

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