Publié le 20 février 2026 à 00h38. Une quatrième grève générale a paralysé l’Argentine jeudi, marquée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, alors que le gouvernement de Javier Milei poursuit son offensive pour déréguler le marché du travail.
- Les transports, aériens et ferroviaires en particulier, ont été quasiment à l’arrêt, impactant fortement la vie quotidienne des Argentins.
- Des heurts ont éclaté à Buenos Aires entre la police et des groupes de manifestants, faisant une dizaine d’interpellations.
- Le projet de réforme du travail, clé de voûte du programme de l’ultralibéral Javier Milei, est actuellement examiné par la Chambre des députés.
La grève, organisée par la centrale syndicale CGT (Confédération Générale du Travail), a illustré la forte opposition à la politique économique du président Milei, quatre mois après son élection et un succès aux élections législatives de mi-mandat. La CGT affirme que l’activité économique a été réduite de 90%, une estimation contestée par le gouvernement.
Les scènes de chaos se sont concentrées autour du Parlement à Buenos Aires, où des milliers de personnes ont manifesté pacifiquement avant que des incidents n’éclatent. Des manifestants ont lancé des pierres et des bouteilles sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des balles en caoutchouc. Selon divers médias, dont l’AFP, une dizaine de personnes ont été arrêtées. Ces affrontements sont moins virulents que ceux survenus il y a huit jours, lors desquels des cocktails Molotov avaient été utilisés.
L’impact de la grève a été particulièrement visible sur le réseau de transport. Aerolíneas Argentinas a annoncé l’annulation de plus de 250 vols. Les gares ferroviaires et les stations de bus étaient désertes, et même si quelques lignes de bus ont maintenu un service réduit, de nombreux Argentins se sont retrouvés bloqués ou contraints de parcourir de longues distances à pied. Nora Benitez, infirmière de 46 ans, témoigne :
« Je vais travailler parce que j’ai peur de perdre mon emploi, mais je n’arrive pas à me déplacer, je vais devoir y aller à pied. »
Le chef de cabinet des ministres, Manuel Adorni, a dénoncé une grève « perverse » et une « extorsion », soulignant que même ceux qui souhaitent travailler sont empêchés de le faire en raison de la paralysie des transports. L’accumulation de déchets dans les rues, faute de ramassage, a également contribué à une atmosphère pesante dans la capitale.
La réforme du travail proposée par le gouvernement Milei vise à faciliter les licenciements, à réduire les indemnités, à autoriser des journées de travail plus longues (de 8 à 12 heures), à élargir la liste des services considérés comme « essentiels » en cas de grève et à permettre le fractionnement des congés. L’exécutif justifie ces mesures par la nécessité de « moderniser » le marché du travail et de stimuler l’embauche, en particulier dans un contexte où plus de 40% de la population active exerce un emploi informel. Il dénonce également une « industrie des procès » excessivement judiciarisée.
La CGT, pour sa part, dénonce une « précarisation » de l’emploi. Le projet de loi a été approuvé la semaine dernière au Sénat, mais avec quelques concessions de la part du gouvernement, notamment sur les cotisations patronales à la couverture santé. Le gouvernement espère obtenir un feu vert de la Chambre des députés jeudi soir, après avoir renoncé à des indemnités dégressives pour les longs arrêts maladie. Si le texte est adopté, il devra retourner au Sénat pour validation des modifications.
Javier Milei ambitionne de finaliser cette réforme emblématique avant son discours annuel au Parlement le 1er mars. Jeudi, il s’est cependant absenté des tensions internes pour assister au « Conseil de paix » organisé par son allié Donald Trump à Washington. Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2023, Milei a enregistré un succès macroéconomique en réduisant l’inflation (de plus de 150% à 32% en un an), mais cette politique d’austérité budgétaire et de coupes dans la fonction publique a eu un impact négatif sur la consommation et l’activité économique, entraînant la perte de près de 300 000 emplois au total.