Publié le 14 février 2026 à 15h07. Deux virus animaux, la grippe D et un coronavirus canin appelé CCoV-HuPn-2018, attirent l’attention des scientifiques en raison de leur potentiel, bien que faible pour l’instant, de franchir la barrière des espèces et d’infecter les humains. Une surveillance accrue et des tests améliorés sont préconisés pour anticiper d’éventuels risques sanitaires.
- La grippe D, fréquente chez les bovins, présente une capacité de réplication dans les voies respiratoires humaines en laboratoire et de transmission par voie aérienne chez les furets.
- Le CCoV-HuPn-2018 a été identifié chez des patients atteints de pneumonie en Malaisie et chez un voyageur de retour d’Haïti, mais ne semble pas encore adapté à une propagation facile entre les humains.
- Les experts insistent sur la nécessité d’améliorer les tests de dépistage, la surveillance aux interfaces entre animaux et humains, et une communication publique claire et rassurante.
Des chercheurs tirent la sonnette d’alarme concernant deux virus animaux peu connus, mais qui méritent, selon eux, une attention particulière. Il ne s’agit pas de menaces imminentes, mais plutôt d’indicateurs précoces à surveiller de près. La grippe D, un virus de la grippe lié au bétail, et le CCoV-HuPn-2018, un coronavirus canin, sont au centre de ces préoccupations.
L’alerte a été lancée en janvier 2026 dans la revue Maladies infectieuses émergentes du CDC (lien vers l’article) par un groupe de spécialistes de la grippe et des coronavirus. Ils soulignent que les capacités de test et de surveillance actuelles sont insuffisantes pour suivre l’évolution de ces virus et leur potentiel de transmission interspécifique. Une équipe de l’Université de Floride (communiqué de l’université) a fait écho à ce message, appelant à une surveillance proactive et à l’établissement de diagnostics précis, sans pour autant semer la panique.
Il est important de souligner que ces observations ne signifient pas qu’une épidémie est en cours ou imminente. Elles mettent plutôt en évidence une lacune bien connue en matière de santé publique : la détection tardive des agents pathogènes, souvent parce que la surveillance n’est pas orientée vers les bons endroits ou les bonnes populations. Les virus « testent » constamment de nouveaux hôtes, mais la plupart de ces tentatives échouent. Le rôle des scientifiques est d’identifier les rares cas où un virus parvient à s’adapter à un nouvel hôte et à évaluer le risque potentiel.
La grippe D : un cousin discret de la grippe saisonnière
La grippe D est un virus de la grippe lié au bétail, apparenté à la grippe C. Contrairement aux virus de la grippe A et B, elle utilise une seule protéine de surface, appelée HEF (protocole scientifique), pour s’attacher aux cellules et y pénétrer. Le bétail est son principal réservoir, mais elle peut infecter une large gamme d’animaux. La grippe D peut être considérée comme un parent éloigné des virus de la grippe saisonnière, partageant certaines caractéristiques, mais suffisamment différente pour que les vaccins et l’immunité existants ne soient pas directement efficaces.
Des études ont révélé une exposition significative à la grippe D chez les personnes travaillant avec le bétail. Des taux d’exposition passée allant jusqu’à 94 à 97 % ont été observés dans une cohorte en Floride (étude sur l’exposition sérologique). Des analyses de lavages nasaux ont également détecté du matériel génétique de la grippe D chez les deux tiers des travailleurs laitiers américains au moins une fois par semaine (données des CDC). Ces résultats témoignent d’une exposition fréquente, mais pas nécessairement d’une maladie.
Des recherches récentes ont montré qu’une souche bovine moderne de la grippe D peut se propager par voie aérienne entre les furets et se répliquer dans les cellules des voies respiratoires humaines (article scientifique). Une étude a également révélé une séropositivité communautaire élevée dans certaines régions du nord-est de la Chine. Ces signaux doivent être surveillés, mais ne constituent pas une preuve de maladie humaine.
CCoV-HuPn-2018 : un coronavirus canin sous surveillance
Le CCoV-HuPn-2018 a été isolé chez un enfant atteint de pneumonie en Malaisie et chez un voyageur revenant d’Haïti. Des études en laboratoire suggèrent que le virus n’est pas encore adapté à une propagation facile d’une personne à l’autre, mais le manque de tests généralisés rend difficile l’évaluation précise de la situation. Des analyses détaillées de la façon dont le virus pénètre dans les cellules indiquent qu’il utilise le récepteur APN (CD13) des chiens, des chats et des porcs, mais pas sa version humaine (étude sur la biologie d’entrée). Les scientifiques peuvent modifier le récepteur humain en laboratoire pour permettre l’entrée, mais le virus ne semble pas encore bien adapté aux humains.
Ce coronavirus appartient au groupe Alphacoronavirus-1, où la recombinaison génétique est fréquente (article scientifique). Des études ont montré que des virus similaires apparaissent dans plusieurs endroits, ce qui suggère une transmission occasionnelle aux humains, généralement sans conséquences graves.
Recommandations et perspectives
Les experts recommandent d’ajouter la grippe D aux panels de tests de surveillance aux interfaces entre animaux et humains (abattoirs, laiteries, établissements vétérinaires) et de combiner les tests PCR et sanguins. Ils préconisent également le développement et la validation de tests PCR pour le CCoV-HuPn-2018 dans les régions à risque (Asie du Sud-Est, Caraïbes, cliniques pour voyageurs). Une communication claire et rassurante est essentielle, en soulignant que l’exposition ne signifie pas nécessairement la maladie.
La surveillance continue, les recherches sur la gamme d’hôtes et l’antigénicité de ces virus, ainsi que l’amélioration des tests de diagnostic sont des priorités pour anticiper d’éventuels risques sanitaires et éviter une réaction de panique injustifiée. Il s’agit d’un travail de fond, discret, mais essentiel pour protéger la santé publique.
En résumé, le CCoV-HuPn-2018 a été isolé dans deux cas humains non liés (Malaisie et Haïti) et ne semble pas encore adapté à une propagation interhumaine efficace. La réponse appropriée est une surveillance renforcée et de meilleurs tests, et non une alarme.