Publié le 9 février 2026 à 06h00. Les affirmations du secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., sur la toxicité intrinsèque des « produits chimiques dérivés du pétrole » sont contredites par les bases de la chimie : ces molécules ne sont pas dangereuses en raison de leur origine, mais de leurs propriétés spécifiques.
- Des molécules essentielles à la vie, comme l’éthylène, l’isoprène, le squalène et le β-carotène, sont produites naturellement par les organismes vivants.
- L’assimilation systématique des hydrocarbures à des substances toxiques relève d’une simplification excessive et d’une méconnaissance des principes chimiques fondamentaux.
- La distinction entre une molécule produite à partir du pétrole et une molécule identique d’origine naturelle est scientifiquement infondée.
Robert F. Kennedy Jr. a récemment déclaré : « Pendant trop longtemps, certains producteurs alimentaires ont nourri les Américains de produits chimiques à base de pétrole à leur insu et sans leur consentement. Ces composés toxiques n’offrent aucun avantage nutritionnel et posent des dangers réels et mesurables pour la santé et le développement de nos enfants. Cette époque touche à sa fin. »
« Non, ce n’est pas le cas. »
Josh Bloom, chimiste
Cette affirmation, largement diffusée, est remise en question par la communauté scientifique. En réalité, la vie sur Terre, telle que nous la connaissons, serait impossible sans les hydrocarbures, souvent qualifiés de « pétroliers ». Loin d’être des ennemis, ces composés sont des éléments constitutifs essentiels de la matière vivante.
L’éthylène (C2H4), par exemple, est le produit chimique le plus volatil issu des matières premières pétrolières, se gazéifiant à -155oF (-104oC). Cependant, il est également produit par les plantes et joue un rôle crucial dans la maturation des fruits, contrôlant leur détérioration et leur vieillissement. Sans éthylène, l’offre de fruits et légumes serait considérablement réduite, et l’alimentation végétalienne, en particulier, serait compromise.
Il est important de souligner que l’éthylène d’origine pétrolière et l’éthylène d’origine végétale sont chimiquement identiques. Tenter de les distinguer sur la base de leur provenance relève d’une simplification abusive, voire d’une erreur fondamentale. Comme le souligne Josh Bloom, cette distinction n’a aucun sens d’un point de vue scientifique.
Le squalène, un hydrocarbure complexe composé de 30 atomes de carbone, est un autre exemple frappant. Initialement isolé de l’huile de foie de requin, il est un précurseur indispensable du cholestérol, essentiel à la stabilité des membranes cellulaires animales. Sans squalène, et donc sans cholestérol, la vie animale serait tout simplement impossible. Bien que présent en traces dans le pétrole brut, son origine n’altère en rien son rôle biologique fondamental.
L’isoprène, un hydrocarbure simple, est également un élément clé de la chimie de la vie. Produit naturellement par de nombreux arbres et plantes, il est rejeté dans l’atmosphère en grandes quantités et constitue l’un des hydrocarbures biologiques les plus abondants sur Terre. Il est à la base des terpènes, une vaste famille de composés responsables des arômes caractéristiques de nombreuses plantes, comme le pin et les agrumes. L’isoprène est également un élément constitutif du squalène et, par conséquent, du cholestérol.
Enfin, le β-carotène, pigment orange présent dans les carottes, les patates douces et les citrouilles, est un autre hydrocarbure essentiel. Il s’agit d’une provitamine A, c’est-à-dire que l’organisme le convertit en vitamine A, indispensable à la vision, au système immunitaire et à la survie. Un apport insuffisant en β-carotène peut entraîner la cécité, des maladies et, à terme, la mort.
En conclusion, ces quatre exemples – éthylène, squalène, isoprène et β-carotène – illustrent parfaitement que les hydrocarbures, qu’ils proviennent du pétrole ou d’organismes vivants, ne sont pas intrinsèquement nocifs. Au contraire, ils sont essentiels à la vie végétale, animale et humaine. Lorsque des acteurs politiques ou des militants utilisent le terme « pétrochimiques » pour désigner des substances toxiques, ils font preuve soit d’ignorance, soit de mauvaise foi. Comprendre cette réalité fondamentale n’est pas si compliqué, même pour les fans des Eagles.