Publié le 2025-11-05 16:40:00. Le président indonésien Prabowo Subianto a appelé à une mobilisation régionale contre le fléau des jeux d’argent en ligne lors du sommet de l’APEC en Corée du Sud, soulignant ses graves conséquences économiques et sociales.
- Le jeu en ligne illégal représenterait une perte annuelle de 8 milliards de dollars pour l’Indonésie.
- Prabowo Subianto a plaidé pour une coopération accrue face à la criminalité transnationale.
- L’Indonésie intensifie ses efforts nationaux pour endiguer ce phénomène.
À l’occasion de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui s’est tenue samedi en Corée du Sud, le président indonésien Prabowo Subianto a lancé un appel retentissant. Il a exhorté les pays membres à unir leurs forces dans la lutte contre les jeux d’argent illégaux en ligne, qu’il a qualifiés de « problème très grave ». S’adressant à des dirigeants mondiaux de premier plan, dont les présidents chinois Xi Jinping et sud-coréen Lee Jae Myung, il a estimé que l’Indonésie perdait environ 8 milliards de dollars (équivalent à 133 000 milliards de roupies indonésiennes) chaque année à cause des flux financiers générés par ces activités illicites.
Au-delà des pertes financières substantielles, M. Prabowo a mis en garde contre les répercussions sociales et la menace que le jeu en ligne fait peser sur la stabilité de son pays. Il a ainsi plaidé pour une « solidarité mondiale » visant à renforcer la cybersécurité, à prévenir la cybercriminalité et le vol de données. Le président indonésien a également souligné la nécessité de soutenir le développement des capacités technologiques au sein de l’APEC, de renforcer les petites et moyennes entreprises et d’améliorer les systèmes de santé, en prévision du « bonus démographique » attendu par l’Indonésie.
Le sommet de l’APEC, qui s’est déroulé à Gyeongju en Corée du Sud sous le thème « Bâtir un avenir durable », a réuni les dirigeants de 21 nations, dont les États-Unis. Cet appel intervient alors que l’Indonésie a récemment durci ses mesures contre le jeu en ligne, illégal sur son territoire. En août, l’Autorité des services financiers indonésienne (OJK) a ordonné aux banques de geler près de 26 000 comptes liés à ces activités et de renforcer leur vigilance quant à l’identification des personnes potentiellement impliquées, en les comparant à la base de données nationale d’identité.
Le ministre indonésien des Affaires juridiques, des Droits de l’homme, de l’Immigration et des Affaires pénitentiaires, Yusril Ihza Mahendra, a récemment indiqué que les efforts de prévention et d’éradication du jeu en ligne « ne sont toujours pas optimaux ». Lors d’un événement à Jakarta consacré au renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent, il a insisté sur l’importance de s’attaquer au problème à la source, en ciblant les institutions financières plutôt que les seuls utilisateurs et plateformes. Cette approche permettrait, selon lui, de mieux suivre, geler et saisir les fonds illicites.
En parallèle, le gouvernement indonésien a invité le clergé à jouer un rôle plus actif dans l’éducation du public. Le ministre Mahendra a regretté le manque de sermons abordant spécifiquement les dangers du jeu en ligne, estimant que les prédicateurs devraient traiter davantage des problématiques concrètes auxquelles la population est confrontée.
Ces préoccupations résonnent avec des études internationales alarmantes. Une commission du journal The Lancet sur la santé publique a estimé que les plateformes numériques offraient des opportunités de jeu « sans précédent ». Louisa Degenhardt, professeure à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, a indiqué à CNBC que les préjudices liés au jeu pourraient toucher environ 72 millions de personnes dans le monde, un chiffre susceptible d’augmenter avec les stratégies marketing agressives des opérateurs.
Un rapport des Nations unies de 2024 a par ailleurs désigné l’Asie du Sud-Est comme un épicentre de la cybercriminalité, incluant le jeu en ligne illégal et les « fermes frauduleuses ». Ce rapport souligne la « professionnalisation et l’innovation » croissantes des entreprises illicites, faisant des groupes criminels transnationaux de la région des acteurs majeurs sur le marché mondial de l’économie illicite.