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Il est payant pour les immigrants de changer de nom pour obtenir un emploi

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Mis à jour le jeudi 6 novembre à 09h58. Changer de nom peut améliorer significativement les perspectives professionnelles des immigrés en Norvège, selon un nouveau rapport. Bien que rares soient ceux qui optent pour cette démarche afin d’éviter la discrimination, ceux qui le font constatent une amélioration de leurs salaires et de leurs chances d’obtenir un emploi.

  • La discrimination à l’embauche est une réalité persistante pour les immigrés et leurs descendants en Norvège.
  • Changer de nom pour un prénom d’apparence plus norvégienne peut entraîner une hausse de salaire de 30 à 40 % et une augmentation de 7 % des chances d’être employé.
  • Les immigrés adoptent diverses stratégies pour masquer leur origine et leur religion afin de contourner les stéréotypes négatifs lors de candidatures.

Un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) met en lumière une réalité souvent méconnue du marché du travail norvégien : la discrimination systémique subie par les personnes issues de l’immigration. Face à ces obstacles, de nombreux immigrés ne restent pas passifs et développent des stratégies pour améliorer leurs chances d’intégration professionnelle. Cette constatation fait écho à des témoignages déjà relayés par le journal VG, notamment sur la pratique du changement de nom par de jeunes générations.

« La discrimination dans la recherche d’emploi est un phénomène stable depuis plusieurs décennies, tant au niveau international qu’en Norvège. Il s’agit d’un obstacle aussi important pour les descendants d’immigrés que pour ceux qui ont eux-mêmes immigré. »

Julia Orupabo, Chercheur au Département de recherche sociale

Julia Orupabo, chercheuse spécialisée dans l’inclusion et l’exclusion sur le marché du travail, précise que les candidats issus de milieux musulmans sont particulièrement exposés à cette discrimination. Le rapport, issu du projet NAVIGATE, souligne que si les réactions spectaculaires comme les signalements pour discrimination retiennent l’attention, les minorités déploient également des tactiques plus subtiles.

Ces stratégies « cachées » visent à éviter que le recruteur ne soit directement confronté à la discrimination. L’une des mesures les plus marquantes étudiées est le changement de prénom. Bien que peu fréquent – seulement 0,4 % des immigrés et de leurs descendants déclarent avoir adopté un nom plus « norvégien », avec un pic à 0,5 % pour ceux d’origine du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, d’Asie et d’Amérique du Sud – son impact est notable.

Le rapport révèle qu’un tel changement est associé à une augmentation significative des salaires, comprise entre 30 et 40 %, et à une amélioration de 7 % de la probabilité d’obtenir un emploi. Cet effet est particulièrement prononcé pour les personnes originaires de pays extérieurs à l’Europe occidentale et à l’Amérique du Nord. L’augmentation salariale semble principalement provenir d’une transition vers des postes plus stables et mieux rémunérés, plutôt que d’une revalorisation au sein de la même entreprise.

« Cela suggère que le changement de nom affecte principalement les opportunités d’emploi dans de nouveaux postes, plutôt que d’améliorer le niveau de salaire dans les emplois existants », conclut le rapport.

Au-delà du changement de nom, les candidats issus de l’immigration déploient d’autres stratégies pour « norvégiciser » leur profil. Ils s’assurent d’une orthographe et d’une grammaire irréprochables dans leurs candidatures et n’hésitent pas à passer des appels téléphoniques aux recruteurs. Certains omettent volontairement des engagements dans des organisations religieuses ou des activités de lutte contre le racisme, jugées potentiellement sensibles. Pour prouver leur intégration culturelle, d’autres mettent en avant des loisirs et des modes de vie considérés comme typiquement norvégiens.

Une pratique étonnamment répandue, mentionnée dans le rapport, est l’ajout d’une photographie d’identité sur les candidatures. L’objectif est de contrer les stéréotypes négatifs. Pour les hommes, il s’agit d’éviter une image de masculinité menaçante en choisissant des tenues professionnelles et, parfois, des lunettes. Pour les femmes, la démarche est double : certaines modifient leur coiffure pour atténuer les traits jugés trop « africains », tandis que d’autres cherchent à équilibrer le port d’un voile religieux en adoptant des vêtements plus « occidentaux ».

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