Le Dr Pratiksha Gandhi, cardiologue préventive de renom, souligne l’importance cruciale de la technologie dans l’évolution des soins de santé, plaidant pour une approche hybride où le numérique soutient les actions préventives et le suivi des maladies chroniques.
Dans une récente interview accordée à l’équipe de HCIExpert, le Dr Pratiksha Gandhi, spécialiste en cardiologie préventive, a partagé sa vision sur l’impact des technologies numériques dans le domaine de la santé. Alors que l’Inde fait face à un fardeau croissant des maladies non transmissibles (MNT), l’adoption de solutions innovantes devient une nécessité.
« Les soins de santé préventifs ne peuvent réussir qu’avec le soutien des interventions technologiques », a affirmé le Dr Gandhi. « Nous sommes à l’ère du suivi numérique des comportements sains, des appareils portables et des applications pour surveiller diverses maladies chroniques. » Ses réflexions, recueillies dans un échange par e-mail avec Anusha Ashwin, rédactrice conseil pour le blog HCI Expertexp, abordent aussi bien les promesses que les défis de cette transformation.
Le poids des maladies non transmissibles en Inde
L’Inde est confrontée à une augmentation alarmante des maladies non transmissibles (MNT), qui représentent un défi majeur pour sa croissance économique et sociale. Selon les données, ces affections sont responsables d’environ 5,87 millions de décès par an, soit 60 % de la mortalité totale dans le pays. Les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires chroniques, les cancers et le diabète sont les principaux coupables, totalisant environ 82 % des décès liés aux MNT (Organisation Mondiale de la Santé – OMS, 2014).
Une particularité préoccupante en Inde est l’âge d’apparition plus précoce de ces maladies. Alors qu’elles touchent généralement des individus de 55 ans et plus dans les pays développés, en Inde, elles surviennent souvent une décennie plus tôt, dès 45 ans. Cette tendance a des répercussions économiques considérables. Une étude menée par David Bloom et Elizabeth Cafiero de la Harvard School of Public Health, en collaboration avec le Forum économique mondial, estime que les MNT coûteront à l’Inde 126 000 milliards de roupies (environ 2 300 milliards de dollars américains) d’ici 2030. Ce montant représente 1,5 fois le revenu annuel global de l’Inde et près de 35 fois ses dépenses annuelles totales en santé.
Les soins préventifs, un pilier essentiel
Le Dr Gandhi, une fervente défenseure des soins de santé préventifs, souligne l’importance de rendre ces connaissances accessibles au grand public. Elle rappelle l’objectif de l’OMS : placer la santé entre les mains des individus. Pour cela, il est impératif que chaque citoyen indien ait accès aux soins et participe activement à son propre bien-être. Les centres de soins primaires constituent la pierre angulaire des services de santé publique gratuits en Inde et doivent être renforcés. Le rôle des agents de santé villageois et des travailleurs Anganwadi est particulièrement vital pour diffuser les messages de prévention.
« La technologie numérique peut aider à surmonter de nombreux obstacles et rendre l’accès aux soins de santé plus facile et plus rapide », explique le Dr Gandhi. Elle voit dans le numérique un allié puissant pour une meilleure diffusion de l’information et un suivi plus efficace.
La révolution numérique dans la prestation des soins
La pandémie de COVID-19 a agi comme un catalyseur inattendu pour l’adoption des technologies numériques en santé. Si la télémédecine était discutée depuis des décennies, son adoption par les professionnels et les patients restait limitée, l’interaction physique étant privilégiée. Cependant, la crise sanitaire a forcé un changement de paradigme. « Cette pandémie a provoqué quelque chose d’incroyable qui a révolutionné les soins de santé de façon permanente », constate le Dr Gandhi. « En raison de l’adoption forcée, les gens se sont ouverts à la technologie numérique et les programmes virtuels et les visites chez le médecin ont commencé à connaître du succès. »
Au-delà de la télémédecine, elle met en avant l’essor des appareils portables et des applications pour le suivi des maladies chroniques. L’application Arogya Setu, lancée durant la pandémie, est citée comme une innovation remarquable en matière de santé publique.
Malgré ces avancées, des défis subsistent. « Nos citoyens doivent prendre leur santé au sérieux et utiliser ces technologies », insiste le Dr Gandhi. Pour les médecins, la monétisation des services numériques reste une préoccupation, beaucoup étant habitués au paiement en espèces. Néanmoins, le paiement en ligne s’ancre progressivement dans les habitudes. Malgré les obstacles, la pandémie a clairement orienté le secteur vers une intégration poussée du numérique dans les soins.
Accès aux soins dans les zones reculées et enjeux financiers
L’Inde, avec son vaste territoire et ses disparités régionales, fait face à un défi majeur en matière d’accès aux soins, particulièrement dans les zones semi-urbaines, rurales et isolées. Le Dr Gandhi se montre optimiste quant aux progrès réalisés ces dernières années, notamment avec le développement d’un portail santé national. Bien que certaines régions manquent encore d’infrastructures de base, le réseau de télécommunications s’étend rapidement. Elle suggère que des partenariats public-privé, combinés aux outils technologiques, peuvent permettre de fournir des soins de santé même dans les zones les plus reculées.
Concernant les coûts, le Dr Gandhi reconnaît que les technologies numériques peuvent contribuer à les réduire pour les patients, notamment en limitant les déplacements et en optimisant les ressources. Les pharmacies en ligne en sont un exemple, offrant souvent des réductions attractives. Cependant, elle met en garde contre les risques potentiels, notamment une possible dégradation de la qualité des services si les réglementations ne sont pas adéquates. Les entreprises numériques, souvent soutenues par des fonds de capital-risque, sont sous pression pour générer des profits rapides, ce qui pourrait menacer le bien-être des patients.
Elle souligne l’importance de l’équilibre entre l’efficacité technologique et l’aspect humain des soins. « Les patients sont des êtres humains et l’aspect émotionnel du lien est également très critique dans une relation médecin-patient », rappelle-t-elle. L’empathie doit rester au cœur de l’utilisation de la technologie.
Équilibrer le confort du soignant et du patient
Le Dr Gandhi reconnaît que la technologie numérique peut aider à équilibrer les besoins des médecins et des patients. Elle salue le professionnalisme des médecins indiens, qui travaillent souvent dans des conditions difficiles par rapport à leurs homologues occidentaux. Elle plaide pour une meilleure reconnaissance de leur travail afin de limiter la fuite des cerveaux. La technologie peut également contribuer à réduire le stress des soignants, qui sont souvent soumis à une pression excessive.
Leçons de la pandémie et préparation future
La pandémie de COVID-19 a enseigné au secteur de la santé une leçon inestimable. « Nous serons beaucoup mieux préparés et prêts pour l’avenir grâce aux leçons apprises », assure le Dr Gandhi. Elle met en avant la rapidité du développement de kits de diagnostic et de vaccins, ainsi que la solidarité dont a fait preuve la communauté médicale face à la crise. La pandémie a révélé à la fois le meilleur et le pire du comportement humain, avec des héros et des figures moins reluisantes.
La valeur des données patients à l’ère numérique
Les données patients sont devenues une ressource précieuse, au même titre que l’or ou le pétrole, expliquant en partie la valorisation élevée de nombreuses entreprises numériques. Le Dr Gandhi observe une tendance à la collecte massive de données, souvent facilitée par la mise à disposition de plateformes gratuites. Cependant, elle exprime des doutes quant à la préservation de la vie privée et du caractère sacré de ces informations en Inde, pointant du doigt un système judiciaire parfois perçu comme faible. L’absence de garanties solides inquiète quant à la protection des droits des citoyens.
Malgré ces préoccupations, la transformation numérique est une nécessité pour les hôpitaux, petits et grands, afin d’améliorer la qualité des soins. Le Dr Gandhi conclut en soulignant qu’un cadre réglementaire clair est indispensable pour protéger les intérêts de toutes les parties prenantes dans ce domaine en pleine évolution.