Home Économie Ils compteront l’ancienneté d’une nouvelle manière. Des millions de Polonais sont confrontés à un changement révolutionnaire. Qui perdra et qui gagnera

Ils compteront l’ancienneté d’une nouvelle manière. Des millions de Polonais sont confrontés à un changement révolutionnaire. Qui perdra et qui gagnera

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Publié le 23 octobre 2025, 13:19:00. Une réforme majeure entrera en vigueur début 2026 en Pologne, visant à corriger une iniquité persistante sur le marché du travail. Cette mesure promet de reconnaître des années de service jusqu’alors ignorées, bénéficiant potentiellement à près de 5 millions de travailleurs.

  • Les années de travail effectuées en tant qu’entrepreneur individuel ou sous contrat de droit civil seront désormais prises en compte pour le calcul de l’ancienneté.
  • Cette reconnaissance permettra à de nombreux Polonais d’atteindre des seuils clés pour l’obtention de droits, tels que des congés annuels étendus et des indemnités de départ.
  • Les entreprises devront anticiper ces changements, notamment en adaptant leurs systèmes RH et leurs processus de recrutement.

Des années durant, une partie importante de la population active polonaise a vu ses efforts professionnels rester lettres mortes en termes d’ancienneté officielle. Qu’il s’agisse de chefs d’entreprise individuelle ou de personnes travaillant sous contrat de droit civil, leurs années de labeur n’étaient pas reconnues, les privant de nombreux avantages sociaux et professionnels. Cette situation, qualifiée d’absurdité par certains, touche des millions de personnes. La nouvelle réglementation, attendue pour le 1er janvier 2026, entend mettre fin à cette disparité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude du ministère des Finances de 2019, les entreprises individuelles (JDG – Jednoosobowa Działalność Gospodarcza) représentaient plus de 80 % des 2,78 millions d’activités économiques enregistrées en Pologne. Parallèlement, fin septembre 2024, plus de 2,4 millions de personnes travaillaient sur la base de contrats de droit civil, dont près de la moitié exerçaient également une autre activité professionnelle. Ces chiffres illustrent l’ampleur du nombre de personnes concernées par cette future reconnaissance.

« La réforme, qui entrera en vigueur en janvier 2026, constitue une étape importante vers l’égalisation des droits des salariés quelle que soit la forme d’emploi. Pendant des années, les personnes travaillant sous contrat de droit civil ou dirigeant une entreprise individuelle ne bénéficiaient pas de nombreux privilèges, comme des congés plus longs ou le droit à des indemnités de départ. Désormais, elles pourront réellement « récupérer » des années de travail qui ne comptaient pas auparavant. »

Krzysztof Inglot, expert du marché du travail au Service du personnel.

L’impact de cette réforme s’annonce significatif. L’intégration des périodes d’exécution de contrats de droit civil et de gestion d’entreprise dans le calcul de l’ancienneté pourrait permettre à de nombreux travailleurs de dépasser le seuil des dix années d’expérience professionnelle. Ce jalon ouvre droit, notamment, à 26 jours de congés annuels. De plus, cette nouvelle ancienneté pourra se traduire par des délais de préavis plus longs en cas de licenciement et donner accès à des indemnités de départ, que ce soit lors d’un licenciement individuel ou collectif.

Au-delà des avantages directs, cette mesure offre des perspectives de développement professionnel accrues. Pour les personnes n’ayant pas encore cumulé l’expérience formelle requise pour accéder à certains postes dans la fonction publique ou les institutions étatiques, la possibilité de valoriser leurs périodes de travail antérieures, même hors du cadre d’un emploi salarié traditionnel, deviendra un véritable atout. Les processus de recrutement, jusqu’alors réservés aux détenteurs d’une expérience à temps plein documentée, s’ouvriront ainsi à un plus grand nombre de candidats.

Pour les employeurs, cette « révolution réglementaire » implique une adaptation organisationnelle. Les services des ressources humaines devront procéder à un audit de la documentation historique afin d’identifier les salariés éligibles à l’intégration de leurs anciennes périodes d’activité. La préparation des systèmes de paie et des RH à l’intégration de ces nouvelles données, ainsi que la mise en place de procédures de vérification, s’avéreront cruciales. La formation des équipes chargées du calcul des indemnités et la communication interne seront également des étapes clés.

Certains secteurs économiques pourraient manifester des réserves face à cette évolution. Outre l’augmentation potentielle des jours de congés et des indemnités de départ, les entreprises devront allouer du temps et des ressources pour traiter les demandes d’intégration d’ancienneté. Le calcul de la rémunération et la définition des niveaux de poste, potentiellement impactés par cette nouvelle reconnaissance, pourraient nécessiter une redéfinition des normes opérationnelles existantes dans de nombreuses organisations.

« Du point de vue des employeurs, nous vivons une époque de changements et de défis majeurs, principalement d’ordre organisationnel. Une préparation précoce sera cruciale pour éviter le chaos dans les premiers mois de l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation. Il convient de considérer ces changements comme une opportunité, non seulement pour les salariés, mais aussi pour les entreprises, d’organiser les processus, d’accroître la transparence et de construire une culture d’emploi plus forte. »

Krzysztof Inglot, expert du marché du travail.

Malgré les défis organisationnels, l’expert souligne que cette réforme représente une chance pour les entreprises d’optimiser leurs processus, d’améliorer la transparence et de renforcer leur culture d’entreprise, en faisant de ces changements une opportunité plutôt qu’une simple contrainte.

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