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« Ils m’ont tiré du travail quand j’ai été diagnostiqué »

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Au-delà de la maladie : Le combat physique et social des femmes atteintes de cancer du sein à Cordoue

L’Association espagnole contre le cancer (AECC) de Cordoue a mis en lumière les défis multiples auxquels sont confrontées les femmes guéries d’un cancer du sein, bien au-delà des traitements médicaux. Lors d’une rencontre émouvante, des patientes ont partagé leurs expériences de reconstruction, non seulement physique, mais aussi face aux stigmates sociaux et aux difficultés professionnelles persistantes.

Un diagnostic bouleversant, une double appréhension

Encarnación Ortiz, patiente et psychologue spécialisée en oncologie au sein de l’association, a décrit le choc de son propre diagnostic comme une sensation « double et vertigineuse ». Si son parcours professionnel lui avait déjà donné un aperçu des réalités de la maladie et l’avait incitée à réaliser des examens rapidement, elle n’en a pas moins ressenti une profonde appréhension face à « l’inconnu ».

« J’avais très peur de la façon dont j’allais me trouver, de ce que le résultat allait être », a-t-elle confié. Encarnación a distingué les effets secondaires passagers des séquelles durables, reconnaissant la difficulté de se voir dans le miroir après la perte de cheveux due à la chimiothérapie, une image qu’elle ne reconnaissait pas. Son expérience professionnelle l’a paradoxalement aidée à développer des stratégies pour gérer la maladie, en s’inspirant des « façons d’agir » de ses propres patients. Sur le plan intime, elle a souligné l’importance de la communication dans le couple, affirmant que « la sexualité couvre beaucoup de choses, de la tendresse à l’amour », même lorsque le désir physique est temporairement altéré.

Quand la guérison ne rime pas avec réintégration

La rencontre visait également à briser les tabous qui persistent autour du cancer du sein, même après le parcours de soins. Pilar Gutiérrez Jiménez, patiente atteinte d’un cancer du sein, a témoigné de son licenciement de son poste d’assistante en magasin, malgré avoir posé des jours de congés pour ses rendez-vous médicaux. « Depuis le début, cela m’a beaucoup coûté. Au début, ils m’ont soutenue, mais le moment de vérité est arrivé », a-t-elle raconté, précisant avoir tout fait pour éviter le licenciement. Aujourd’hui, sans emploi, elle redoute le moment de se reconstruire physiquement et psychologiquement, marquée par la cicatrice de sa reconstruction mammaire.

Un parcours similaire à celui d’Encarni Hens, bénévole et présidente locale de l’AECC à Fuente Palmera. Ancienne aide-soignante auprès de personnes âgées, elle se forme désormais dans la petite enfance. Elle a également été licenciée après 15 ans de service et attend son procès. Le cancer a laissé son bras gauche « physiquement affaibli », l’empêchant d’exercer certaines tâches professionnelles. La libération de ses émotions s’est produite lors de l’annonce de sa rémission : « À partir de là, tout a été larmes, et je suis dans un processus émotionnel compliqué, mais je ne suis pas du tout raisonnée ». Elle a affirmé avoir une perspective totalement différente de la maladie aujourd’hui, une empathie accrue et une vie bouleversée. Autrefois très exigeante envers elle-même, pensant pouvoir affronter seule la situation, elle a réalisé l’importance de l’aide. La perte de ses cheveux a été une épreuve qu’elle a vécue difficilement, la contraignant à dormir avec un turban.

L’enjeu économique et psychologique de la réintégration professionnelle

Samanta Gutiérrez Piñas, coordinatrice des soins aux patients et aux utilisateurs à l’AECC, a conclu la rencontre en rappelant que si chaque cancer est unique, les problématiques de réintégration professionnelle sont récurrentes et ont un impact économique majeur pour de nombreuses femmes. Selon les données de l’association, un patient sur quatre déclare des difficultés financières. Ces témoignages visent à rendre visible ce problème social qui affecte la vie économique et émotionnelle. Samanta Gutiérrez a souligné que même si certaines survivantes ne s’identifient plus au terme « patiente », beaucoup font état d’une mauvaise qualité de vie, attestant que le combat continue bien après la fin des traitements.

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