Publié le 13 octobre 2025. Les infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques représentent une menace croissante pour la santé mondiale, particulièrement préoccupante en Argentine où un patient sur deux en soins intensifs succombe à ces germes multirésistants. Ce constat alarmant découle d’une mise à jour des données sur la résistance aux antimicrobiens (RAM), soulignant une augmentation de 5 à 15 % par an de cette résistance depuis 2018.
- La résistance aux antibiotiques a augmenté de 5 à 15 % par an depuis 2018, selon un rapport de l’OMS.
- En Argentine, 50 % des patients en réanimation atteints d’infections graves décèdent des suites de germes multirésistants.
- L’utilisation inappropriée des antibiotiques et leur vente libre constituent des facteurs majeurs de cette crise sanitaire.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a récemment actualisé sa liste des 24 bactéries jugées critiques pour la santé publique internationale. Ces organismes, responsables d’infections sanguines, urinaires, gastro-intestinales ou respiratoires, développent une résistance accrue aux traitements disponibles. Le dernier rapport mondial met notamment en garde contre la gonorrhea, une infection sexuellement transmissible, dont la résistance aux antibiotiques évolue.
Pour la première fois, une étude internationale portant sur 100 pays a analysé la résistance de huit bactéries courantes (dont *Escherichia coli*, *Klebsiella pneumoniae* et *Staphylococcus aureus*) à 22 antibiotiques. Les résultats sont sans appel : la résistance a progressé de 5 % à 15 % chaque année depuis 2018. Cette situation met en péril l’efficacité des traitements antibiotiques, entraînant des complications plus fréquentes, un risque de décès triplé et des échecs thérapeutiques.
« C’est inquiétant. Nous manquons d’options et mettons des vies en danger », a déploré Yvan Hutin, directeur du Département de la résistance aux antimicrobiens de l’OMS, lors d’une conférence de presse.
L’Argentine participe activement au Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (Glass) de l’OMS depuis 2019, via l’Administration Nationale des Laboratoires et Instituts de Santé Dr Carlos Malbrán (Anlis Malbrán). La menace de la RAM avait d’ailleurs été identifiée comme l’une des quatre priorités sanitaires mondiales lors du sommet du G20 à Buenos Aires il y a six ans.
L’impact de cette résistance bactérienne est dramatique. Elle double le risque de complications et triple le risque de décès chez les patients infectés. La contamination de flacons de fentanyl par des bactéries multirésistantes (*Klebsiella pneumoniae* et *Ralstonia mannitolilytica*) en Argentine entre janvier et mai derniers a également illustré la gravité de la situation.
L’OMS a comparé l’ampleur des dégâts causés par la résistance aux antimicrobiens à ceux de la crise financière mondiale de 2008-2009, en raison de l’augmentation des dépenses de santé et des répercussions sur l’économie mondiale.
« Nous devons utiliser les antibiotiques de manière responsable et garantir que chacun ait accès aux médicaments appropriés, aux diagnostics et aux vaccins de qualité garantie. Notre avenir dépend également du renforcement des systèmes de prévention, de diagnostic et de traitement des infections, ainsi que de l’innovation avec les antibiotiques de nouvelle génération et les tests moléculaires rapides sur les lieux d’intervention », a souligné Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
« Les infections qui étaient auparavant faciles à traiter nécessitent désormais des options de plus en plus coûteuses et plus toxiques, ce qui entraîne une situation de risque plus élevé pour les patients qui ont besoin de ces médicaments », a ajouté Silvia Bertagnolio, cheffe de l’unité de surveillance, de tests et de renforcement des laboratoires de la Division de la résistance aux antimicrobiens de l’OMS, qualifiant la situation de « critique ».
L’Anlis Malbrán a récemment lancé un tableau de bord en ligne permettant aux professionnels de santé et aux autorités sanitaires de suivre l’évolution de la résistance des bactéries aux antibiotiques. Ces données, collectées par 90 laboratoires hospitaliers argentins depuis 2020, permettent de visualiser les tendances par espèce bactérienne, type d’antibiotique ou échantillon, et offrent une base solide pour la prise de décisions stratégiques.
« Il s’agit d’une avancée significative dans la surveillance de la RAM », a affirmé Claudia Perandones, directrice de l’Anlis Malbrán. Ce nouvel outil permet de transformer de grands volumes de données en informations concrètes et accessibles pour orienter les politiques de santé publique.
Ce tableau de bord permet également de suivre en temps réel les tendances de résistance aux antimicrobiens depuis 2020 dans toutes les régions du pays. Cette capacité d’analyse permet d’évaluer l’impact des mesures mises en place pour lutter contre la RAM. Par exemple, une diminution de la réponse de *Staphylococcus aureus* résistant à la méticilline aux antibiotiques, passant de 57 % à 34 %, témoigne de l’efficacité des stratégies adoptées.
C’est sur la base de ces données, et en collaboration avec la Société argentine d’infectologie (SADI), qu’il a été révélé en mai dernier que 50 % des patients admis en soins intensifs pour des infections graves en Argentine décèdent de germes multirésistants. Une proportion jugée « très élevée » par Alexandra Corso, cheffe du service antimicrobien de l’Anlis Malbrán, qui la compare à une moyenne de 10 à 20 % observée dans d’autres pays comme la France.
Cette étude, qui a porté sur des patients de plus de 18 ans dans 35 hôpitaux argentins, a été publiée dans la revue *Clinical Infectious Diseases*. Elle met en évidence une forte résistance aux céphalosporines de troisième génération et aux carbapénèmes chez des bactéries critiques telles que *Acinetobacter baumannii*, *E. coli*, *Klebsiella pneumoniae*, *Enterobacter cloacae* et *Pseudomonas aeruginosa*. Ces situations obligent à recourir à des traitements combinés, plus anciens et potentiellement toxiques, faute d’options thérapeutiques suffisantes.