Publié le 23 février 2026 à 07h02. Deux ans après son lancement, le système irlandais de consigne pour les emballages (Re-Turn) suscite des critiques, notamment de la part de petits producteurs qui dénoncent des coûts excessifs et une gestion des dépôts non réclamés jugée opaque.
- Bob Coggins, dirigeant de la brasserie White Hag, critique le système de consigne pour son impact financier sur les petits producteurs.
- Le système Re-Turn a permis d’augmenter significativement le taux de recyclage des bouteilles et canettes en Irlande, mais soulève des questions sur la gestion des dépôts non réclamés.
- Des problèmes logistiques et des préoccupations concernant la collecte des dépôts dans les zones urbaines ont également été soulevés.
Le système de retour des dépôts (DRS), mis en place en Irlande il y a deux ans, est au cœur d’un débat croissant. L’objectif principal de ce dispositif, imposé par la directive européenne sur les plastiques à usage unique, est d’atteindre un taux de recyclage de 90 % d’ici 2029. Avant sa mise en œuvre, le taux de recyclage des bouteilles et canettes « à emporter » ne s’élevait qu’à 23 %. Avec environ cinq millions d’emballages jetables consommés quotidiennement, le défi est de taille.
Bob Coggins, fondateur de la brasserie White Hag à Ballymote, dans le comté de Sligo, exprime son mécontentement :
« Ils sont assis sur une pile de dépôts non réclamés et nous sommes laissés pour compte. »
Bob Coggins, dirigeant de la brasserie White Hag
Il dénonce les coûts que le système impose aux petits producteurs. Selon lui, une poignée de petites entreprises a déjà fait part de ses inquiétudes à Re-Turn concernant la pérennité de la charge de travail et l’inéquité de devoir supporter des coûts ponctuels.
Le fonctionnement du système est simple : une consigne de 15 centimes (0,15 €) est ajoutée au prix d’achat pour les emballages d’une capacité inférieure ou égale à 500 ml, et de 25 centimes (0,25 €) pour les plus grands. Ces sommes sont remboursées lorsque l’emballage est déposé dans l’une des 2 500 machines Re-Turn installées à travers le pays.
Si le système a indéniablement incité les consommateurs à recycler davantage, des problèmes subsistent. Chris Furey, qui dirige huit supermarchés Eurospar, estime que les problèmes initiaux ont été largement résolus grâce à la technologie et à la communication directe entre les machines et les caisses enregistreuses. Il salue l’initiative comme un moyen de sensibiliser à la nécessité du recyclage et de développer une économie circulaire.
Cependant, la question des dépôts non réclamés reste préoccupante. En 2024, Re-Turn détenait 66,7 millions d’euros de dépôts non remboursés. Selon les chiffres les plus récents, ce montant pourrait dépasser les 120 millions d’euros après deux ans d’exploitation. Le ministre d’État Alan Dillon a indiqué que le ministère du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement suit de près la situation et rencontre Re-Turn chaque mois pour évaluer les progrès.
Parallèlement, des problèmes de collecte des dépôts ont été signalés, notamment dans les centres-villes où des personnes fouillent dans les poubelles pour récupérer les emballages et réclamer les consignes. Le Conseil municipal de Dublin a mis en place des dispositifs de collecte spécifiques et interdit aux entreprises de laisser des sacs poubelles dans les rues pour limiter ce phénomène.
Re-Turn se dit ouvert au dialogue avec toutes les parties prenantes et affirme que le taux de recyclage des bouteilles et canettes a augmenté de 49 % à plus de 90 % depuis le lancement du programme. L’entreprise souligne que les fonds sont réinvestis dans le fonctionnement du système et dans des projets d’économie circulaire.
D’autres pays s’inspirent du modèle irlandais. L’Espagne devrait introduire un système similaire en novembre, avec une consigne de 0,10 € par emballage, tandis que le Royaume-Uni prévoit de le mettre en place en octobre 2027.