Publié le 13 février 2024 02:56:00. La crise du système de santé colombien s’aggrave avec la fermeture d’une clinique à Palmira, laissant des milliers de patients sans soins, tandis qu’une étude révèle une augmentation inquiétante de la mortalité parmi les membres d’une assurance maladie dans la région du Valle del Cauca.
- La clinique Gesencro à Palmira (Valle del Cauca) a suspendu ses activités, affectant près de 5 000 patients.
- Une étude révèle une augmentation de 14,1 % de la mortalité chez les membres de Nueva EPS dans le Valle del Cauca, contre 9,6 % pour le reste du système.
- Les difficultés financières des EPS, liées à un financement insuffisant de l’État, sont pointées du doigt comme cause principale de cette crise.
La Colombie est confrontée à une détérioration continue de son système de santé, illustrée par la récente suspension d’activité de l’Institution prestataire de services de santé (IPS) Gesencro, située à Palmira, dans le département du Valle del Cauca. Cette fermeture laisse près de 5 000 patients, majoritairement affiliés à l’Entité promotrice de santé (EPS) Emssanar, dans une situation précaire, contraints de rechercher d’autres prestataires pour assurer la continuité de leurs traitements.
Les habitants d’El Cerrito, Buenaventura, Buga, Palmira et Candelaria, qui bénéficiaient des services de Gesencro, se retrouvent particulièrement vulnérables. La clinique jouait un rôle crucial dans la prise en charge des maladies chroniques invalidantes et répandues, telles que le diabète sucré, l’hypertension artérielle, les dyslipidémies, les affections pulmonaires et les maladies rénales chroniques.
Selon le Secrétariat départemental de la Santé, cette fermeture n’est pas un cas isolé, mais une conséquence directe de la crise structurelle qui traverse le système de santé à l’échelle nationale. Cette crise est principalement imputée à l’insuffisance des ressources financières allouées aux EPS par l’État, via l’Unité de paiement par capitation (UPC). La Cour constitutionnelle a d’ailleurs reconnu cette situation.
« Ce n’est pas un problème spécifique à Gesencro ou au Valle del Cauca, c’est un problème national. »
María Cristian Lesmes, Secrétaire départementale de la Santé
María Cristian Lesmes a également exprimé son regret face à la fermeture de ces petites structures, aux conséquences sociales et économiques importantes : perte d’emplois pour le personnel de Gesencro et incertitude pour les patients qui appréciaient la qualité des soins prodigués.
Elle a insisté sur le fait que cette situation est « une goutte d’eau de plus qui fait déborder le vase », soulignant les difficultés financières persistantes du secteur et leur impact direct sur la population.
Hausse de la mortalité chez Nueva EPS
Une étude récente, menée par le gouvernement départemental et dirigée par María Cristian Lesmes, a analysé l’évolution de la mortalité des membres de Nueva EPS depuis juillet 2023, en la comparant aux taux observés dans le reste du système de santé du Valle del Cauca. Les résultats sont alarmants : une augmentation significative du nombre de décès chez les affiliés à cette EPS a été constatée.
L’étude révèle une association temporelle claire entre l’aggravation de la crise administrative de Nueva EPS et une hausse de la mortalité, qui atteint 14,1 % sur la période analysée, contre 9,6 % pour l’ensemble du système. Cette différence de 4,5 points de pourcentage est significative et représente une augmentation de 47 % de la mortalité chez les membres de Nueva EPS par rapport aux autres assurances opérant dans la région.
Les chercheurs ont utilisé les données du Registre unique des affiliés – Naissances et décès (RUAF-ND), traitées par le Secrétariat départemental de la Santé. L’analyse porte sur 97 095 décès non fœtaux de résidents de la région, en excluant les causes externes telles que les accidents de la route, les homicides ou les blessures, en raison de l’absence d’informations sur l’affiliation EPS dans ces cas.
L’étude, publiée par le portail Consultor en Salud, émet l’hypothèse que les défaillances systémiques – refus d’autorisations, pénurie de médicaments, interruptions de traitement, difficultés d’accès aux spécialistes – pourraient être liées à une augmentation des décès évitables. L’objectif était de déterminer si ces problèmes administratifs avaient un impact direct sur les résultats cliniques des patients.
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