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José Rubén Zamora : trois ans de prison, entre récompenses internationales et labyrinthes juridiques

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Le journaliste guatémaltèque José Rubén Zamora, figure de proue de la lutte anticorruption dans son pays et détenu depuis près de trois ans, s’est vu décerner le prestigieux prix Albies par la Fondation Clooney pour la justice. Cette distinction, remise par l’actrice Meryl Streep, souligne le combat incessant de Zamora contre la corruption, un combat qui l’a conduit derrière les barreaux.

« Pays après pays, on peut voir à quel point les journalistes sont persécutés simplement parce qu’ils font leur travail », a déclaré Meryl Streep lors de la cérémonie, rendant hommage à l’engagement de Zamora. « Nous ne devons jamais permettre que le journalisme soit criminalisé. Enquêter, écrire et parler n’est pas un crime. José Rubén Zamora devrait être libre aujourd’hui et, plus important encore, il devrait pouvoir poursuivre le travail qui l’a conduit en prison. » Le fils aîné du journaliste, José Carlos Zamora, a accepté cette reconnaissance à Londres, marquant un contraste saisissant entre l’hommage international et la réalité judiciaire complexe qui accable son père au Guatemala.

Alors que Zamora reçoit une reconnaissance internationale soutenue par des journalistes et des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent ce qu’ils considèrent comme la persécution d’un journaliste dérangeant, le système judiciaire guatémaltèque continue d’enchaîner les obstacles. Le 22 septembre dernier, la Chambre pénale de la Cour suprême de justice (CSJ) du Guatemala a partiellement accepté un recours de la défense, ordonnant une nouvelle analyse de la peine de six ans de prison prononcée en 2023 pour blanchiment d’argent.

Cependant, cette nouvelle avancée judiciaire est loin d’être une victoire complète. « Tout est encore compliqué et loin d’être résolu », prévient José Carlos Zamora. « Mon père est également engagé dans une autre affaire où l’audience est retardée de 30 mois. Tant que cette situation ne sera pas réglée, il restera en détention préventive, même si le dossier principal était résolu. »

La décision de la CSJ implique que le dossier de blanchiment d’argent doit être renvoyé devant la Deuxième Chambre de la Cour d’appel. Cette dernière pourrait annuler la peine et ordonner un nouveau procès. Le risque, selon Milena Klimberg van Marrewijk, avocate du Centre Cyrus R. Vance spécialisée en droits humains, réside dans le fait que cette même Chambre avait précédemment révoqué les mesures alternatives, renvoyant Zamora en prison. La perspective d’une nouvelle procédure devant cette instance soulève donc des inquiétudes quant à l’équité du processus.

L’affaire remonte à juillet 2022, date de l’arrestation de José Rubén Zamora, initialement accusé de blanchiment d’argent, de chantage et de complot en vue de blanchir de l’argent. Un an plus tard, il était condamné pour blanchiment d’argent, les autres chefs d’accusation étant rejetés. Les appels de l’accusation, demandant des peines supplémentaires, ainsi que celui de la défense, dénonçant le refus de présenter des arguments d’innocence, avaient été archivés. Ce n’est que début septembre que la Chambre pénale a accepté les arguments du journaliste, annulant le procès et en ordonnant la reprise, une décision qui devra toutefois être confirmée par une Chambre d’appel.

Parallèlement à l’affaire de blanchiment, le parquet a engagé une autre procédure pour entrave à la justice et usage de faux documents. Après avoir bénéficié d’une mesure de substitution et d’un retour à domicile, José Rubén Zamora n’y est resté que cinq mois, avant d’être renvoyé en détention. « La détention provisoire prolonge son incertitude juridique, retarde la résolution de son cas et peut conduire à la répétition d’un processus où il n’a pas pu se défendre correctement », explique Milena Klimberg van Marrewijk.

Depuis sa capture, José Rubén Zamora clame son innocence, s’estimant victime d’une persécution politique orchestrée par le gouvernement de l’ancien président Alejandro Giammattei. Fondateur et président du média disparu elPeriódico, Zamora est connu pour ses enquêtes approfondies révélant la corruption au plus haut niveau de l’État guatémaltèque.

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