Publié le 12 février 2026 à 01h03. L’écrivaine vénézuélienne Karina Sainz Borgo, dont le nouveau roman explore les fractures familiales, se montre sceptique quant à une véritable transition politique au Venezuela après la capture de Nicolás Maduro, estimant que le régime, bien que décapité, conserve ses fondations.
- Karina Sainz Borgo critique l’intervention américaine au Venezuela, la jugeant une ingérence étrangère plutôt qu’une véritable justice.
- Elle remet en question la sincérité d’une transition politique impliquant Delcy Rodríguez, la considérant comme une continuité du chavisme.
- Son nouveau roman, Nazaréen, explore les thèmes de la folie, de la violence et du deuil à travers l’histoire d’une famille vénézuélienne à la fin du XIXe siècle.
L’écrivaine et journaliste vénézuélienne Karina Sainz Borgo, installée en Espagne depuis 2006, revient sur son pays natal à travers une œuvre poignante. Son nouveau roman, Nazaréen (Alfaguara), plonge au cœur d’une famille désintégrée par la folie et la violence, un récit inspiré d’une histoire familiale réelle. Parallèlement, la première adaptation cinématographique de son premier roman, La fille de la femme espagnole, intitulée Il fait encore nuit à Caracas, est présentée en avant-première latino-américaine, un film produit par Edgar Ramírez qui aborde le deuil d’une mère et celui d’un pays ravagé par la violence.
Sainz Borgo se montre peu optimiste quant à l’avenir politique du Venezuela suite à l’intervention militaire américaine et à la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier. Elle estime que, si le président vénézuélien a été « décapité », comme elle le souligne,
« Trump a décapité le régime, mais le squelette du monstre reste intact. »
Karina Sainz Borgo, écrivaine et journaliste
Elle considère que toute transition impliquant Delcy Rodríguez, actuelle présidente par intérim, ne serait qu’une continuation du chavisme. Selon elle, Jorge Rodríguez, président du Parlement, est tout aussi responsable que Maduro. Elle exprime également son scepticisme quant aux motivations américaines, estimant qu’il s’agit principalement d’un agenda économique plutôt que politique.
Concernant les libérations de prisonniers « politiques », Sainz Borgo se montre prudente, soulignant l’absence de garanties et de libertés réelles. Elle prend l’exemple de Juan Pablo Guanipa, soumis à assignation à domicile après sa libération, pour illustrer ces restrictions.
L’écrivaine n’hésite pas à critiquer ouvertement l’intervention américaine, qu’elle juge « offensante et terrible ». Elle reconnaît que la capture de Maduro peut être perçue comme une forme de réparation, mais elle insiste sur le fait qu’il s’agit d’une intervention étrangère et non d’une véritable justice. Elle déclare :
« Je ne crois pas du tout au programme démocratique de Trump. Quand j’ai vu ma ville bombardée par les États-Unis, il m’a semblé offensant et terrible. »
Karina Sainz Borgo, écrivaine et journaliste
Une saga familiale et une fin de cycle
Nazaréen s’inscrit dans un cycle de romans initié avec La fille de la femme espagnole et poursuivi avec Le pays tiers. L’écrivaine le décrit comme une « préquelle », explorant les racines de la folie et de la violence qui hantent sa famille. L’histoire se déroule dans une maison familiale où huit sœurs vivent sous l’ombre d’une mère dévastée par une perte. Nazaréen, la septième sœur, passe son temps à balayer le patio, cherchant à chasser les malheurs.
Sainz Borgo voit dans cette saga familiale une métaphore de la situation politique actuelle au Venezuela :
« Au fond, ils sont huit sœurs se disputent une maison, ce qui est une métaphore politique actuelle. »
Karina Sainz Borgo, écrivaine et journaliste
Son écriture est influencée par des auteurs tels que William Faulkner, Juan Rulfo et Federico García Lorca, et se caractérise par un narrateur peu fiable et des personnages confrontés à des problèmes mentaux, des « gens blessés et incapables de comprendre le monde ». Elle cite également Isabelle Allende (La maison des esprits) comme une source d’inspiration, ainsi que des auteurs contemporains comme Samanta Schweblin et Mariana Enriquez. Source
Le style de Sainz Borgo est sombre, violent et parfois cauchemardesque, reflétant, selon elle, ses propres expériences de vie. Elle se concentre sur des personnages féminins complexes, souvent des mères ou des filles défaillantes, des « mauvais héritiers ». Elle conclut :
« La violence fait partie de ma façon de comprendre et de voir le monde. »
Karina Sainz Borgo, écrivaine et journaliste