L’animateur vedette d’ABC, Jimmy Kimmel, devrait conserver son poste malgré une nouvelle polémique déclenchée par une plaisanterie visant Melania Trump. Cette affaire relance le débat sur les doubles standards de la liberté d’expression au sein de l’industrie du divertissement.
Tout commence par une boutade où Jimmy Kimmel qualifie la première dame de « future veuve » (expectant widow). Si l’humour est par nature provocateur, cette remarque a suscité la colère du couple Trump, qui a ouvertement exigé le licenciement de l’animateur. Cependant, Kimmel ne compte ni reculer ni s’excuser.
« Ce n’était pas,ً absolument pas… »
Jimmy Kimmel, via Fox News
Malgré la virulence des critiques, la chaîne ABC semble privilégier le contenu anti-Trump de son animateur plutôt que la bienséance, laissant présager que Kimmel restera en place.
Cette situation met en lumière ce que certains qualifient d’hypocrisie systémique à Hollywood. Alors que Kimmel bénéficie du soutien de son réseau, d’autres figures du spectacle ont été sanctionnées pour des propos jugés problématiques, sans jamais recevoir la défense de leurs pairs ou de l’industrie.
Le cas de Gina Carano est emblématique. La star de The Mandalorian a été licenciée par Disney après avoir partagé un message prônant l’empathie, en faisant un parallèle avec les débuts du régime nazi. Bien que le procédé ait pu être jugé inélégant, Disney a maintenu son licenciement. Ce n’est qu’après une action en justice soutenue par Elon Musk que les deux parties sont parvenues à un accord.
Le même schéma s’est appliqué à Roseanne Barr en 2018. Suite à un tweet jugé cruel et à connotation raciale envers Valerie Jarrett, ancienne conseillère de Barack Obama, ABC a licencié l’actrice, repris le contrôle de sa série et supprimé son personnage. Malgré les excuses de Barr et les témoignages, comme celui de l’humoriste Norm Macdonald soulignant sa volonté d’embaucher des femmes issues de minorités, seul Jerry Seinfeld s’était alors dressé pour défendre son droit de ne pas être licenciée.
D’autres exemples illustrent cette tendance à la « cancel culture » :
- Shane Gillis : Recruté en 2019 par Saturday Night Live (SNL), il a été évincé par Lorne Michaels après la résurgence de blagues sur les Asiatiques. SNL a néanmoins reconnu son erreur plus tard en l’invitant à présenter l’émission à deux reprises.
- TBS : En 2016, la chaîne a dû s’excuser après avoir publié une vidéo comparant le rire d’Hillary Clinton à celui d’une hyène. L’humoriste Samantha Bee avait alors réagi en suggérant à la chaîne de « supprimer son compte ».
- Tuffy Gessling : Ce clown de rodéo a été banni à vie de sa discipline et attaqué par les médias après avoir porté un masque d’Obama et demandé à la foule si un taureau devait charger le président.
Cette liste s’allonge avec la démission forcée de Kevin Hart de la présentation des Oscars en raison de vieux sketchs sur les fils homosexuels, ou encore les pressions exercées pour faire taire Dave Chappelle après son spectacle Netflix de 2021, The Closer, centré sur l’humour transgenre.
Si licencier un humoriste pour une blague ratée ou offensante constitue un précédent dangereux, c’est surtout l’application sélective de ces sanctions qui soulève aujourd’hui la question de la cohérence des défenseurs de la liberté d’expression à Hollywood.