Publié le 24 septembre 2025. La poétesse espagnole María Victoria Atencia, à 93 ans, a été récompensée par le Prix National de Littérature Espagnole 2025 pour l’ensemble de son œuvre, saluée par le jury pour sa capacité à capturer l’essence vibrante de la vie à travers une poésie d’une rare profondeur.
- María Victoria Atencia a reçu le Prix National de Littérature Espagnole 2025.
- Le jury a salué sa création poétique pour sa capacité à transmettre des moments de transcendance et l’essence de la vie.
- L’œuvre de la poétesse, d’une grande discrétion mais d’une profondeur considérable, dialogue avec différentes époques et arts.
C’est un hommage mérité pour María Victoria Atencia, poétesse originaire de Málaga, qui, à 93 ans, voit son œuvre couronnée par le prestigieux Prix National de Littérature Espagnole 2025. Le jury a particulièrement mis en avant « une création poétique qui possède et recrée l’essence de la vie », soulignant comment ses vers « se justifient par leur capacité à transmettre des moments de transcendance passionnants ». La beauté, qu’elle soit visible ou invisible, canonique ou périphérique, bruyante ou discrète, est au cœur de son écriture, célébrant la vie dans ses interactions silencieuses et omniprésentes.
Les mots de María Victoria Atencia « semblent jaillir d’un ‘printemps serein’ », a commenté le jury, louant une « pureté perçante » et une « recherche de perfection sans ambiguïté ». Sa poétique, comparée à une tapisserie où chaque fil contribue à l’ensemble, crée un sens démultiplié et un impact esthétique singulier. L’écrivaine, qui a dédié sa vie à la poésie depuis 1955, est également une personnalité aux multiples facettes. Pilote d’aviation diplômée en 1971, elle a également étudié le piano, nourri sa passion pour les beaux-arts et traduit des œuvres en anglais. Son travail est aujourd’hui reconnu et traduit dans une dizaine de langues, dont le français, le portugais, l’arabe et l’hébreu.

Malgré une reconnaissance internationale grandissante, María Victoria Atencia demeure une figure discrète dans le paysage littéraire. Le jury a souligné qu’elle est « lue par peu de gens, mais d’une grande profondeur et transcendance ». Son parcours, qualifié de « qualité écrasante », lui permet d’ajouter « de nouvelles perspectives qui donnent plus de présence et de profondeur à sa lecture », faisant d’elle une « voix essentielle en elle-même, sans avoir besoin d’appartenir à aucune génération canonique, sauf celle de son engagement éternel en tant que femme créatrice ». Comme le soulignait Winston Manrique Sabogal dans El País en 2014, sa poésie s’écrit « à tout moment, quand ils arrivent, et avec tout ce qu’il a sous la main », dialoguant avec le classique, le traditionnel et le moderne du quotidien, des émotions et des rêves, empreints d’une beauté douce et émouvante.
« Quelqu’un tourne mes pages, parce que je dois me perdre dans la racine sombre de mon bosquet. Peut écoute le gémissement du silence, et je suis déjà juste un effleurement sur ses lèvres, même si l’écrivain des vers, c’est juste quelqu’un qui parle de choses qu’il ne comprend pas… »
María Victoria Atencia
Liée dès ses débuts au groupe Caracola, María Victoria Atencia est considérée comme une représentante de la génération des années 50. Cependant, elle a privilégié les « essences de la vie » plutôt que les questions sociales qui marquaient alors la production littéraire. Son œuvre, riche de près d’une douzaine de recueils publiés entre 1953 et 2005, dont Sol húmedo, Cuatro sonetos, Les rêves et Des pertes et des adieux, témoigne de son attachement aux autres arts. Diplômée du Conservatoire en piano et composition, elle est également membre de l’Académie Royale des Beaux-Arts de San Telmo pour son goût pour l’illustration et la gravure.

Son parcours est jalonné de nombreuses distinctions, dont le Prix National de la Critique en 1997, le Prix Luis de Góngora de littérature andalouse en 2000, et le Prix de l’Académie Royale Espagnole de création littéraire en 2012 pour L’umbral. En 2014, elle recevait le XXIIIe Prix Reina Sofía de poésie ibéro-américaine, devenant ainsi la quatrième femme et la première Espagnole à être honorée par ce prix. Son œuvre, traversée par une quête constante de beauté et de sens, continue d’inspirer et de toucher ses lecteurs.
« … Je regarde dans l’ombre de tout en cette heure j’ai et je peux me donner ton repos : aussi ce monde est à moi : j’entrouvre la porte… »
María Victoria Atencia
Pour vous tenir informé de l’actualité culturelle, abonnez-vous gratuitement à la Newsletter WMagazine.
Soutenez un journalisme culturel indépendant et de qualité en devenant mécène de WMagazine via ce lien.
Découvrez WMagazín et ses sections en cliquant ici.
