Publié le 10 février 2026. Le magnat des médias hongkongais Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison pour conspiration et publication de matériel séditieux, une sentence qui suscite une vague de critiques internationales et met en lumière les tensions autour de la liberté d’expression à Hong Kong.
- Jimmy Lai, 78 ans, a été reconnu coupable de conspiration avec des forces étrangères et de publication de matériel séditieux.
- La peine prononcée, 20 ans de prison, est considérée comme particulièrement sévère, équivalant à une condamnation à perpétuité pour un homme de son âge.
- La condamnation intervient dans un contexte de répression croissante à Hong Kong et suscite de vives réactions de la communauté internationale.
La Haute Cour de Hong Kong a infligé lundi une peine de 20 ans de prison à Jimmy Lai, figure emblématique de la presse pro-démocratie, après un procès controversé mené sans jury, invoquant des raisons de sécurité nationale. Huit autres accusés, dont six anciens responsables du journal Apple Daily et deux militants, ont également été condamnés à des peines allant de six à dix ans d’emprisonnement.
Le procès, qui a débuté en décembre 2023 et s’est étalé sur 156 jours d’audience, a été marqué par des accusations de détérioration physique et d’isolement de la part de la défense. Le bureau du procureur a, quant à lui, affirmé que M. Lai avait lui-même sollicité un régime spécifique et que ses soins de santé en prison étaient adéquats. Selon les estimations, la première date possible de libération conditionnelle, sans réduction de peine, serait en 2044.
L’accusation a présenté Jimmy Lai comme l’instigateur de campagnes internationales visant à obtenir des sanctions contre la Chine et Hong Kong, en s’appuyant sur la ligne éditoriale et la structure de l’entreprise Apple Daily, qui a été contraint à la fermeture en 2021 suite à une perquisition et au gel de ses avoirs. La défense a rétorqué que le journal incarnait des opinions légitimes dans le débat public, protégées par la liberté d’expression, et qu’il n’y avait aucune preuve d’instruction directe aux militants ou d’incitation à la sédition.
Le chef de l’exécutif de Hong Kong, John Lee, a défendu cette condamnation, la qualifiant d’« étape importante » dans la sauvegarde de la sécurité nationale et dénonçant les actions de l’homme d’affaires comme étant « atroces ».
Condamnation internationale
La sentence prononcée contre Jimmy Lai a provoqué une onde de choc au niveau international. Amnesty International a dénoncé une « attaque impitoyable contre la liberté d’expression », soulignant le démantèlement progressif des droits qui caractérisaient autrefois Hong Kong. Amnesty International a publié un communiqué dans lequel elle exprime sa consternation.
« La peine de prison prononcée contre Jimmy Lai constitue une attaque impitoyable contre la liberté d’expression, illustrant parfaitement le démantèlement systématique des droits qui caractérisaient autrefois Hong Kong. »
Amnesty International
Human Rights Watch a qualifié la lourde peine de 20 ans de prison, pour un homme de 78 ans, d’« équivalant à une condamnation à mort ». Human Rights Watch a également exprimé son inquiétude.
Le Royaume-Uni, dont Jimmy Lai possède la nationalité britannique, a dénoncé le caractère « politique » du procès. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé avoir soulevé cette question lors de sa visite en Chine fin janvier, lors de ses entretiens avec le président chinois Xi Jinping. La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a réagi à la condamnation en promettant d’« intervenir davantage et sans délai » auprès de Pékin. Déclaration de Yvette Cooper sur Twitter. Elle a ajouté : « Nous soutenons le peuple de Hong Kong. »
Le gouvernement de Pékin a, pour sa part, jugé la condamnation « légitime » et a rejeté toute ingérence étrangère. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré lors d’une conférence de presse régulière que les organes judiciaires de Hong Kong « exercent leurs fonctions conformément à la loi (…) C’est raisonnable, légitime et légal, et il n’y a pas de place pour la discussion. »
L’Union européenne a exigé la libération immédiate de Jimmy Lai, estimant que « les poursuites pour raisons politiques contre Jimmy Lai et d’anciens dirigeants et journalistes du journal Apple Daily portent atteinte à la réputation de Hong Kong », selon les déclarations de la porte-parole Anitta Hipper.