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La comédie noire de Karim Aïnouz est une émeute de mauvais goût

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Publié le 15 février 2024. Présenté en compétition à la Berlinale, Taille du rosier, le nouveau film de Karim Aïnouz, est une œuvre provocatrice et dérangeante qui explore les dynamiques familiales complexes et les pulsions les plus sombres avec une audace rare.

  • Le film met en scène une famille dysfonctionnelle expatriée de New York en Catalogne, confrontée à la mort de la mère et à des désirs incestueux.
  • Avec un casting jeune et audacieux, dont Callum Turner, Riley Keough et Pamela Anderson, Taille du rosier aborde des thèmes tabous avec une esthétique provocante.
  • Inspiré du film italien Les poings dans la poche (1965), le film se concentre sur la quête de liberté d’un des fils, Jack, au sein d’un environnement familial étouffant.

Taille du rosier, présenté à la 74e Berlinale, ne laisse personne indifférent. Le film, co-scénarisé par Efthimis Filippou, connu pour ses collaborations avec Yorgos Lanthimos, se présente comme une œuvre délibérément choquante, où les frontières entre l’amour, le sexe et la perversion s’estompent. L’atmosphère est immédiatement posée par une référence à la chanson des Pet Shop Boys, « Paninaro » (1986), perçue comme un manifeste de l’époque.

L’histoire débute sur une plage espagnole, où Edward (Callum Turner) initie George, un nouvel ami rencontré quelques jours auparavant, aux subtilités de la mode. George, un homme d’âge mûr en vacances à Athènes, manque cruellement de sophistication, mais Edward semble apprécier son authenticité. Le film ne tarde pas à plonger dans une sexualisation omniprésente, où chaque interaction est chargée d’une tension érotique palpable. Comme le souligne la voix off, « C’est le genre de gars que j’aimerais voir nu », annonçant le ton direct et sans concession du film.

La famille, récemment installée en Catalogne suite à un déménagement de New York orchestré par la mère (Pamela Anderson), est plongée dans le deuil après la mort de celle-ci, décédée dans des circonstances pour le moins inhabituelles – dévorée par des loups, selon les dires. Le père, désormais aveugle (Tracy Letts), se retrouve seul avec ses quatre enfants : Edward, Jack (Jamie Bell), Robert (Lucas Gage) et Anna (Riley Keough). Une atmosphère d’inceste latent plane sur les relations familiales, exacerbée par l’arrivée de Martha (Elle Fanning), la nouvelle petite amie de Jack, qui perturbe l’équilibre précaire de la famille.

Edward, qui se décrit comme superficiel (« Je n’écris pas, je ne lis pas »), incarne l’attitude désinvolte de sa famille, qu’il qualifie avec une affection ironique de « paresseuse » et de « superficielle ». Leur obsession pour la mode est omniprésente, chaque vêtement devenant un élément narratif à part entière. L’arrivée de Martha, avec ses tenues modestes et son style démodé, provoque l’indignation générale. « Vous ne pouvez qu’imaginer à quel point elle s’habille mal, papa ! », s’exclame Anna, déterminée à saboter la relation.

Si Anna, interprétée avec une intensité remarquable par Riley Keough, aurait pu être le personnage central d’un autre film, Taille du rosier se révèle être une œuvre d’ensemble, où chaque personnage a l’occasion de briller, qu’il s’agisse du père et de son rituel de brossage de dents avec de l’eau de Javel, ou de Robert et… une scène troublante suggérant une tentative d’automutilation. Tout au long du film, le visage horrifié d’Elle Fanning témoigne du malaise croissant face à cette galerie de personnages excentriques et dérangés.

Bien que le film s’inspire du film de Marco Bellocchio, Les poings dans la poche (1965), Karim Aïnouz et Efthimis Filippou s’éloignent de l’intrigue originale pour se concentrer sur la quête de Jack pour échapper à l’emprise de sa famille, une famille à la fois fascinante et répugnante. Le film, qui dépasse en audace et en décadence le précédent long métrage d’Aïnouz, Destination Motel (2024), est une invitation à explorer les limites du tabou et de la transgression. Taille du rosier est une œuvre qui ne laissera pas les spectateurs indifférents.

Titre: Taille du rosier
Festival: Berlin (Concours)
Réalisateur: Karim Aïnouz
Scénaristes : Karim Aïnouz et Efthimis Filippou, inspirés du film de Marco Bellochio de 1965 Les poings dans la poche
Distribution: Callum Turner, Riley Keough, Jamie Bell, Lukas Gage, Elena Anaya avec Tracy Letts, Elle Fanning et Pamela Anderson
Distributeur: Mauvais
Durée de fonctionnement : 1h35

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