Publié le 11 février 2026 05h15. L’industrie automobile explore de nouvelles sources de revenus en proposant des fonctionnalités autrefois incluses dans le prix d’achat sous forme d’abonnements, suscitant l’indignation des consommateurs et des inquiétudes quant à l’avenir du marché de l’occasion.
- BMW avait initialement introduit un abonnement mensuel pour l’utilisation des sièges chauffants, avant de revenir sur sa décision face à la controverse.
- Tesla propose désormais ses fonctionnalités de conduite assistée « complète » (99 $ (84 €) par mois) sous forme d’abonnement, suivant une tendance plus large dans l’industrie.
- Un brevet déposé par Ford révèle la possibilité pour les constructeurs de reprendre possession à distance des véhicules en cas de défaut de paiement.
La simple idée de devoir payer un abonnement pour un confort autrefois considéré comme acquis, comme un siège chauffant, a provoqué une vive réaction. En 2022, BMW avait annoncé que les sièges chauffants ne seraient plus inclus par défaut dans ses véhicules, mais seraient proposés via un abonnement mensuel accessible via l’écran tactile central. Cette décision, qualifiée de « Netflix pour les fesses réchauffées » par certains observateurs, visait à maximiser les profits en équipant toutes les voitures avec le matériel nécessaire, puis en facturant un supplément pour l’activer.
Face à l’indignation générale, BMW a finalement fait marche arrière, promettant de ne plus facturer d’abonnements continus pour des fonctionnalités telles que les sièges chauffants, tout en laissant la possibilité d’activer certaines options via des paiements ponctuels. L’argument selon lequel les clients pourraient préférer payer pour les sièges chauffants uniquement pendant les mois d’hiver n’a pas convaincu.
Cette tentative de diversification des revenus s’inscrit dans une stratégie plus large de l’industrie automobile, qui cherche à s’inspirer des modèles économiques des services de streaming et des fabricants de smartphones. L’idée de la « fonction à la demande » (FoD), selon laquelle les conducteurs ne paient que pour les fonctionnalités qu’ils utilisent, est présentée comme une réponse aux attentes des consommateurs, selon un rapport de Frost & Sullivan. Cependant, certains experts estiment que cette approche est davantage motivée par les impératifs financiers des constructeurs.
L’introduction de la FoD pourrait avoir des conséquences importantes sur le marché de l’occasion. Actuellement, il est possible de trouver des véhicules d’occasion bien équipés à des prix avantageux, car les anciens propriétaires ont déjà payé pour les options supplémentaires. Avec la FoD, une voiture serait en quelque sorte « réinitialisée » lors de son échange, obligeant le nouveau propriétaire à payer à nouveau pour les mêmes fonctionnalités.
Tesla, sans surprise, a récemment rejoint cette tendance en transformant son logiciel de « conduite entièrement autonome » (qui n’est ni entièrement autonome, ni complet) en un abonnement mensuel à partir de 99 $ (84 €), avec la promesse d’augmentations de prix en fonction de l’évolution des fonctionnalités, selon Elon Musk. Cette décision intervient alors que les bénéfices de Tesla ont chuté de 61 % l’année dernière, ce qui suggère une volonté de trouver de nouvelles sources de revenus.
Alors que certains constructeurs explorent ces nouvelles voies, d’autres semblent prendre le contrepied. Audi, confrontée à des difficultés financières, a récemment dévoilé un concept de voiture de sport avec un design attrayant et, surtout, un retour aux commandes physiques, abandonnant les écrans tactiles omniprésents. Le nouveau responsable du design d’Audi, Massimo Frascella, a déclaré que la technologie de l’écran tactile était une « mauvaise idée », proposant un écran qui se rétracte dans le tableau de bord lorsqu’il n’est pas utilisé.
Cependant, l’avenir de la voiture connectée pourrait être encore plus préoccupant. Un brevet déposé par Ford révèle la possibilité pour les constructeurs de reprendre possession à distance des véhicules en cas de défaut de paiement. Le système enverrait d’abord des rappels, puis désactiverait progressivement des fonctionnalités essentielles, comme la climatisation ou les sièges chauffants, avant d’immobiliser complètement le véhicule. Dans certains cas, la voiture pourrait même rentrer seule chez le concessionnaire, voire à la casse.
Ce scénario, plus courant aux États-Unis qu’en Europe, soulève des questions sur la protection des consommateurs et le contrôle qu’ils ont sur leurs propres véhicules. Il illustre également la vision d’un avenir où les voitures ne seraient plus de simples biens, mais des services soumis à des conditions d’utilisation strictes et à des abonnements permanents.
Comme le disait mon père, face à chaque nouvelle technologie automobile, « c’est juste une autre chose qui peut mal tourner ». Il aurait été horrifié de découvrir une technologie capable non seulement de tomber en panne, mais aussi de vous soutirer de l’argent avant de le faire.