Publié le 15 février 2024 06:00:00. Le constructeur automobile Mercedes-Benz revoit ses ambitions en matière de véhicules électriques, pointant du doigt un ralentissement de la demande et des contraintes réglementaires européennes qui pourraient déstabiliser l’ensemble de l’industrie.
- Mercedes-Benz a revu à la baisse ses objectifs de ventes de véhicules 100 % électriques pour 2025 et 2030.
- Le PDG Ola Källenius salue la flexibilité législative de l’Union européenne concernant les normes d’émissions, mais met en garde contre des réglementations trop rigides.
- L’entreprise craint un afflux massif de véhicules d’occasion sur le marché, entraînant une baisse des prix et des difficultés financières pour de nombreux acteurs du secteur.
Il y a quatre ans, en 2022, l’électrification automobile semblait progresser à pas de géant. La plupart des constructeurs annonçaient l’abandon progressif des moteurs thermiques au profit de modèles entièrement électriques. Mercedes-Benz était alors l’un des principaux moteurs de cette transition. Aujourd’hui, une grande partie de ces plans sont remis en question.
Ola Källenius, PDG de Mercedes-Benz, avait initialement promis que 50 % des ventes du groupe seraient constituées de véhicules 100 % électriques d’ici 2025, et que cette proportion deviendrait majoritaire d’ici 2030. L’entreprise affirmait même viser une gamme entièrement « zéro émission » à l’horizon 2030. Face à l’évolution du marché, ces objectifs ont été revus à la baisse en 2025.
Dans une récente interview accordée à Der Spiegel, le PDG de Mercedes-Benz a exprimé sa satisfaction face à la flexibilité législative adoptée par la Commission européenne pour 2035. Cette marge de manœuvre, selon lui, pourrait s’avérer cruciale pour l’industrie automobile.
Malgré ce revirement, Ola Källenius réaffirme son engagement en faveur de la mobilité électrique, qu’il considère comme « l’avenir ». Il souligne que le groupe a massivement investi dans la décarbonisation et qu’il continue de le faire, même si la demande de véhicules électriques est moins forte que prévu par les responsables politiques et les entreprises.
« Aucune autre industrie n’a probablement investi autant que nous dans la décarbonisation. Et nous continuons à le faire, même si la demande de voitures électriques n’est pas aussi élevée que les politiciens et les entreprises le pensaient. Notre objectif commun est la neutralité climatique, mais nous ne sommes pas d’accord sur la méthode. »
Ola Källenius, PDG de Mercedes-Benz
Le PDG a confié s’être réjoui de l’ouverture à des options mécaniques multiples après l’annonce de la nouvelle législation européenne. Cependant, il a rapidement constaté que les modifications réglementaires ne correspondaient pas aux attentes initiales.
Ola Källenius met en garde contre une approche normative trop prescriptive, estimant que « dicter ce que les consommateurs devraient penser et vouloir à certains moments ne générera pas de croissance, mais réduira le marché ». Il plaide pour une discussion ouverte au sein du Conseil européen, impliquant également les constructeurs automobiles.
L’une des propositions de l’UE concerne la loi sur les flottes automobiles, qui prévoit que celles-ci soient en grande partie composées de véhicules électriques d’ici 2030. Or, les flottes ont généralement une durée de vie d’environ deux ans. Selon le PDG de Mercedes-Benz, cela entraînera un surplus important de véhicules d’occasion sur le marché, provoquant une baisse des prix résiduels, une offre pléthorique et une diminution de la demande pour les véhicules neufs.
« Cela a des conséquences dramatiques pour l’industrie », avertit-il. Si ses prévisions se confirment, de nombreuses entreprises de taille moyenne pourraient se retrouver en difficulté financière, voire faire faillite, le temps que le marché se redresse. « Et ce n’est qu’un exemple d’un problème fondamental. »
En conclusion, Ola Källenius appelle l’Union européenne à faire preuve de davantage de flexibilité et à laisser le marché et les consommateurs choisir les véhicules qui conviennent le mieux à leurs besoins. Selon lui, une législation trop rigide, axée sur les obligations et les sanctions, risque de compromettre la compétitivité économique de l’Europe et, paradoxalement, de retarder la transition vers une mobilité plus durable.